Notre critique de la saison 1 de Tribes of Europa, disponible ce 19 février 2021 sur Netflix.

Un blackout technologique et voilà que le Vieux continent se transforme en terres post-apocalyptiques divisées en grandes tribus qui se livrent, pour la plupart, une guerre sans merci. La première saison de Tribes of Europa, étrange série post-apocalyptique allemande se situant en 2070, est disponible sur Netflix depuis ce 19 février 2021.

Après l’énigmatique Dark, et après la première saison de Biohackers qui transformait un simple transfert USB en scène trépidante, il est clair que les productions allemandes de Netflix sortent du lot. La série Tribes of Europa cherche elle aussi à se distinguer, sans jamais y arriver pleinement. Ses défauts représentent un plafond de verre constant qui nous empêchent d’apprécier les qualités, dans un déséquilibre permanent où s’alternent 5 minutes captivantes puis 5 minutes gênantes.

Une Europe du futur divisée

C’est sur l’esthétique que Tribes of Europa accroche l’attention au début. De grands (et magnifiques) paysages forestiers sont constellés de bâtiments à l’architecture futuriste ou aux allures de cabanes dans les bois. Les décors reprennent la patte post-apocalyptique habituelle, mais y ajoutent des touches originales en jouant sur des formes d’anachronismes ; une combinaison de vieux et d’ancien, de technologie et de nature. À cela s’ajoute une valorisation des grands espaces, extérieurs ou intérieurs. Résultat, Tribes of Europa bénéficie d’une photographie assez grandiose lors de la plupart des plans.

Image extraite de la saison 1 de Tribes of Europa. // Source : Netflix

Le thème de la série est par ailleurs clairement identifiable dans la notion même de tribus. Celles-ci ne sont pas qu’un élément de mise en scène, mais centrales dans l’approche qu’essaye de proposer Tribes of Europa. Chaque tribu est associée à une certaine vision sociopolitique de la vie en communauté. Il en découle un propos narratif qui semble essayer de délivrer un message politique dédié à l’Europe, mais il faut bien avouer que ce propos reste encore timide, voire trop cliché, dans cette saison 1.

Cela dit, bâtir un monde post-apocalyptique dont les divisions entre groupes ennemis reposent sur autre chose que de simples conflits bêtes et méchants reste une proposition louable, si ce n’est pertinente. Dommage, donc, de ne rester qu’en surface avec un propos bien trop lisse.

Quand Mad Max rencontre The 100 et mille autres fictions post-apo et dystopiques

On peut d’ailleurs définir Tribes of Europa comme une véritable « proposition » créative. Elle provient d’une forme de « world-building » poussé, une recherche intense visant à construire un futur SF qui se distinguerait et apporterait sa pierre à l’édifice des récits post-apo. Paradoxalement, cette démarche conduit autant aux qualités qu’aux plus gros défauts de cette proposition.

Car, en dépit de ses originalités (tribus, esthétique anachronique…), la série peine à raconter quoi que ce soit de réellement nouveau. Tribes of Europa construit son identité sur la combinaison, trop évidente, d’éléments puisés ailleurs, en nombre. Il en résulte un « gloubi-boulga » très bizarre, sorte de série mutante issue de fictions post-apo comme Mad Max, The 100, The Rain et de dystopies comme Hunger Games, 3 %, etc.

Personnage de la tribu des Crows. C’est très Mad Max. Ou très The 100. // Source : Netflix

Cet enchevêtrement hasardeux n’est pas forcément déplaisant à suivre. De bons acteurs et actrices viennent servir un rythme intense, un mystère pesant plutôt intrigant et, puisque la photographie sert très bien ce rythme, l’écriture est entrainante. On n’en demeure pas moins parfois perplexes lors de dialogues et scènes terriblement déjà-vues, lourdes, voire franchement ridicules par leur artificialité (« Pourquoi elle te tire dessus, je croyais que vous étiez amis ? » ; «  On a une relation compliquée ! »).

Cette sensation advient notamment lors des scènes de violence, dont la brutalité rougeoyante est gratuite et sans aucun intérêt — mis à part nous montrer que la tribu des Crows est très méchante ou nous démontrer à tout prix que c’est une série très sérieuse et mature et ce n’est pas du teen drama car c’est violent, regardez, il y a des têtes coupées et de la torture. Autre bizarrerie, très exemplative d’un équilibre difficile dans cette saison : si la musique originale est une immense réussite, nous plongeant dans une atmosphère étrange à la Dark, la survenance soudaine de musiques pop ou rap est quelque peu déroutante dans un univers post-apo.

Ces défauts n’empêcheront peut-être pas Tribes of Europa de faire son petit effet. On aurait bien envie de voir une saison 2 qui, prenant son envol, s’émancipant de ses moult inspirations, puiserait dans tout ce potentiel pour devenir la proposition SF originale que cette série semble tant aspirer à devenir, quitte à devenir encore plus bizarre — mais en s’assumant comme tel, cette fois.

Tribes of Europa, saison 1, disponible sur Netflix.

En bref

Tribes of Europa, saison 1

Note indicative : 2/5

Tribes of Europa a le mérite d’être une vraie proposition créative, notamment avec un travail esthétique très pensé et cette volonté de retranscrire une Europe du futur divisée en tribus aux visions sociopolitiques variées. Cette proposition manque toutefois d’authenticité, et l’intégralité de la saison s’en retrouve presque immédiatement oubliable parmi les œuvres SF et post-apo. Le potentiel est pourtant bien là — esthétique, bon casting, rythme mystérieux bien géré — mais il faudra qu’une deuxième saison monte en puissance pour marquer les esprits.

Top

  • Une très belle photographie, entre technologie et nature
  • La musique originale
  • Beaucoup d'actrices et d'acteurs de talent

Bof

  • Des moments un peu ridicules, notamment les scènes de violence/combat
  • L'ajout de musiques pop et rap dans un monde post-apo
  • Trop d'inspirations évidentes, pas assez repensées
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