Biohackers sur Netflix est un thriller technoscientifique aussi passionnant que frustrant. Voici notre critique de la saison 1, sans spoilers.

Oui, il y a une souris verte dans Biohackers, mais cela n’a rien à voir avec un conte pour enfants. L’animal est génétiquement modifié. C’est le thème de cette nouvelle série allemande sur Netflix : les biotechnologies, et l’étendue des possibilités, intéressantes ou malsaines, que permet cette ingénierie génétique. Disponible depuis le 21 août 2020 sur Netflix, Biohackers a tout d’un polar SF réaliste de très grande qualité, déjà incontournable sur la plateforme. Sauf que la série reste beaucoup trop courte, ce qui gâche quelque peu son potentiel.

Biohackers suit Mia, étudiante en médecine qui rejoint l’une des plus prestigieuses universités du pays. Dans cet établissement, le piratage du corps humain (implants, expériences corporelles en tout genre…) et l’utilisation des hautes technologies est monnaie courante. Cela dit, Mia est surtout là pour rencontrer quelqu’un : la professeure Tanja Lorenz, brillante et étrange biologiste qui n’hésite pas à sortir des clous de l’éthique pour accomplir sa vision soi-disant « futuriste » de la médecine. Mia est liée à cette femme, on ne peut évidemment pas vous dire pourquoi.

L’intrigue est passionnante

La série allemande fait le choix de se comporter comme un polar. Cette saison 1 ne développe pas outre-mesure de contexte politique et social, et n’approfondit pas ses enjeux au-delà d’une intrigue individuelle — celle de Mia. C’est avant-tout une enquête, à la différence qu’elle implique les sciences et technologies. Souvent, ce choix de raconter un récit dépouillé est assez bénéfique pour une série. Cela permet d’éviter les temps morts ou les histoires parallèles trop accessoires, en racontant une intrigue forte, unique. Pour Biohackers, c’est à double tranchant.

Tanja Lorenz est une scientifique charismatique, mais loin d’être irréprochable. // Source : Netflix

L’intrigue sur laquelle repose l’enquête de Mia est passionnante de bout en bout, tant et si bien que la série réussit à nous mettre dans tous nos états de stress en délivrant un suspense insoutenable pendant un simple transfert sur une clé USB. Ce ne sont pas les seules scènes où Biohackers réussit à créer de l’action trépidante en jouant sur des ressorts très techniques, comme la conception rapide d’un sérum ou… l’impression de documents (oui, vous nous croirez quand vous le verrez).

Si on ajoute à cette maîtrise du rythme les thématiques originales autour de l’ingénierie génétique ; ses personnages aux multiples facettes ; l’héroïne qui nous accroche en quelques minutes ; les décors à l’atmosphère légèrement futuriste, mais pas trop ; Biohackers a déjà sa place parmi les séries Netflix qui méritent d’être regardées.

Le potentiel doit se déployer davantage

Pourtant, malgré toutes ces qualités, l’empreinte laissée par cette saison 1 reste bizarrement faible. Elle est tout bonnement frustrante. Biohackers est une série excessivement courte dans son format actuel par rapport à ce qu’elle doit raconter : six épisodes seulement, souvent de courte durée — par exemple un épisode 40 minutes… dont 10 minutes de crédits de fin ( !). Tout va très vite, trop vite. C’est trépidant, et on y prend plaisir, sauf qu’on ne peut pas s’empêcher d’avoir la sensation de passer à côté d’innombrables questions passionnantes que la série semble frôler sans jamais s’y engouffrer.

Biohackers démarre avec un flash forward : une mystérieuse épidémie qui démarre dans le wagon d’un train, et où Mia se trouve. // Source : Netflix

Cela concerne d’abord les thématiques originales de la série : on voudrait que Biohackers aille plus loin dans sa présentation de ce qu’est le biohacking. Une souris verte, ok, des implants sous-cutanés, ok, mais quelle philosophie de société cela implique-t-il vraiment ? Quel est l’état de la médecine dans ce futur proche ? Quels sont les enjeux derrière cette intrigue ? Les discours et dialogues abordent ce canevas, mais on aurait besoin de plus de matière, plus de scènes. Ensuite, il y a le traitement humain de la série : les liens entre les personnages se créent en un claquement de doigt, les histoires personnelles ne sont pas développées. On troquerait volontiers les longuettes séquences « soirée étudiante alcoolisée » assez clichées contre ces approfondissements plus originaux.

Clairement, Biohackers méritait mieux que six petits épisodes, des thèmes parfois trop survolés et un season finale coupé en pleine action. Espérons que ce format permettra au moins que la série soit suffisamment regardée pour convaincre Netflix de produire une saison 2 plus fournie, plus libre dans sa narration, ce qui permettrait de révéler pleinement son potentiel.

Biohackers, saison 1, sur Netflix

En bref

Biohackers, saison 1

Note indicative : 3/5

La saison 1 de Biohackers réussit avec un certain brio à créer de l’action à partir de ressorts scientifiques et technologiques. C’est bien la raison pour laquelle la série allemande est si frustrante : en seulement six épisodes, le scénario semble survoler tout ce qui fait son originalité dans le paysage des séries actuelles. Si on passe un moment trépidant, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’on passe à côté de points déterminants de l’aventure de Mia. Il faut donc espérer de tout cœur une saison 2 plus riche, qui révélerait tout ce potentiel.

Malgré tout, aussi excessivement courte soit-elle, Biohackers reste une série incontournable.

Top

  • De l'action basée sur des ressorts technologiques et scientifiques
  • Les décors très légèrement futuristes
  • La musique, tout bonnement excellente
  • L'intrigue sur l'enquête de Mia est passionnante

Bof

  • Tout va trop vite
  • On reste trop en surface
  • La fin est sèche

Crédit photo de la une : Netflix

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