Ce film se présenterait comme une sorte de sœur spirituelle du roman de George Orwell. Comment expliquer ce nouveau projet cinématographique ?

Le succès des récits dystopiques ne faiblit pas, ni en librairies, ni dans les séries télévisées, ni sur grand écran. Mais qu’en est-il de la dystopie SF et politique de référence qu’est 1984 ? Alors que le film originellement prévu pour 2019 est indéfiniment repoussé, le Hollywood Reporter a rapporté le 5 mai 2020 un étonnant projet qui vient d’être lancé par la Paramount : un film de science-fiction intitulé 2084. D’après le journal américain, il sera une « sœur spirituelle » du roman de George Orwell, comme une sorte de suite indirecte ou inspirée de l’œuvre originale.

D’après le Hollywood Reporter, le film aura un style à cheval entre Inception et Matrix. Il sera en tout cas écrit par Mattson Tomlin, étoile montante de la scénarisation. Tomlin est actuellement à l’œuvre comme co-auteur du très attendu The Batman, nouveau film dédié au justicier, et il est aussi chargé d’adapter le comics Fear Agent pour Amazon Prime Video ainsi que le jeu vidéo Mega Man.

1984 est l’une des plus cultes dystopies de l’histoire littéraire. // Source : Numerama

Le regain des thématiques orwelliennes

Les détails du script sont soigneusement gardés secrets par la Paramount, mais l’annonce ne s’inscrit pas dans n’importe quel contexte pop culturel. Les années 2010 ont été marquées par un retour en force de la dystopie, en librairies, au cinéma, dans les séries TV ou au rayon des comics. Côté écrans, cela s’est traduit par un flot d’adaptations d’œuvres littéraires, qu’elles soient young adult comme Hunger Games, Le Passeur, The 100, ou plus spécifiques, comme La Servante Écarlate, The Man in the High Castle. Même Fahrenheit 451 a eu droit à son téléfilm, sur HBO.

Le tournant dystopique représenté par Donald Trump

Dans ce continuum du retour en force de la dystopie, 2016 a été une année charnière aux États-Unis puis dans le monde : l’accession au pouvoir de Donald Trump et, par ce biais, la diffusion du principe des « faits alternatifs ». C’est à ce moment-là que les ventes du roman de George Orwell ont explosé jusqu’à se hisser en tête des ventes, plus de 60 ans après sa parution. Pour rappel, sur fond d’histoire d’amour impossible, 1984 est la dystopie d’un monde constamment biaisé par un pouvoir politique qui développe sa propre version de la réalité, à travers son faux récit historique,  sa novlangue qui dit tout et son contraire, ou encore sa répression de la liberté de penser par soi-même… sans oublier  la notion de surveillance technologique de masse, inquiétude au cœur des préoccupations éthiques actuelles.

Ces thèmes, dédiés à l’origine au totalitarisme, font donc écho à des pans de notre époque contemporaine. L’arrivée au pouvoir d’un Président livrant son propre récit politique fictif de la réalité a cristallisé le sujet. Le développement des informations volontairement mensongères ne faiblit d’ailleurs pas du côté de la Maison Blanche.

Il était logique que face à l’actualité du livre, Hollywood cherche, comme souvent dans ces cas-là, à se l’approprier sur grand écran. L’adaptation était déjà prévue depuis 2012, mais, après l’élection de Donald Trump, une réécriture nécessaire du script s’est amorcée en 2016. Mais l’équipe de production s’est confrontée à l’ impossibilité de réaliser une adaptation satisfaisante : le scénariste James Graham admettait à Deadline il y a peu, début 2020, que le projet était difficile, car le livre est « terriblement parfait », et son actualisation délicate : « Le monde de surveillance et les avancées de la tech avancent tellement vite, nous avons juste besoin d’avoir une vision plus large de tout cela ».

Le projet de la Paramount, annoncé à peine quelques semaines après ces déclarations d’une pause officielle dans l’adaptation, apparaît comme une astuce scénaristique pour réutiliser les idées d’Orwell sans se confronter à l’adaptation directe du roman. Et, puisque le projet s’appelle 2084, il parlera davantage de notre futur que de notre présent, ce qui offre évidemment plus de libertés. Reste à savoir si l’essence dystopique orwellienne survivra à la création de cette « sœur spirituelle », il ne faudrait pas que les idées du roman n’accouchent que d’un blockbuster survitaminé par exemple. Mais au-delà de ces risques, admettons que l’idée a du potentiel.

Crédit photo de la une : L'une des couvertures du livre 1984.

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