L'association des traducteurs/adaptateurs de l'audiovisuel critique vivement le sous-titrage français de Roma, le long-métrage d'Alfonso Cuaron distribué par Netflix.

L’association des traducteurs/adaptateurs de l’audiovisuel n’est vraiment pas contente. Dans un communiqué au vitriol publié le 20 février 2019,  l’ATAA critique vivement le sous-titrage français de Roma, le film d’Alfonso Cuarón distribué par Netflix, actuellement en lice pour l’Oscar du meilleur film.

« Le désastre est d’une telle ampleur que nous sommes obligés de procéder par listes », décrit Sylvestre Meininger, traducteur, dans le communiqué. Il explique que l’association aurait été alertée notamment sur les réseaux sociaux où « commence à bruisser un vent de mécontentement envers les traductions Netflix ».

Capture d’une critique de sous-titres par l’ATAA // Source : ATAA

Des problèmes de fond, de forme et de cohérence

L’ATAA formule plusieurs critiques, sur la forme (orthographe, grammaire, accords) mais aussi sur la ponctuation et la technique (tirets, manque d’harmonisation dans les italiques, mauvais calage et timing des sous-titres qui viendraient « constamment massacrer l’image et le montage »), ainsi que sur des cohérences de niveau de langue : « Le pire est réservé aux enfants, qui, dans les sous-titres, s’expriment tantôt dans un français digne du XIXe siècle (‘Qu’en est-il de ta voiture ?’), tantôt dans un argot contemporain improbable (‘Il se la pète’). »

ATAA

Pour l’ATAA, le problème des sous-titres français est gravissime, car ils « transforment Roma en une farce tragi-comique » pour quiconque ne parlerait pas espagnol ou le mixteco (langue parlée par les Mixtèques).

Alors que Netflix aurait dépensé jusqu’à 25 millions de dollars pour la promotion de son film (en plus des 15 millions qu’il a coûté), l’ATAA s’interroge sur ce qu’elle considère être le peu de moyens et d’attention accordée au sous-titrage français du long-métrage. L’association concède toutefois que des modifications sont effectuées régulièrement à chaque fois que des spectateurs signalent des erreurs.

Contacté, Netflix n’est pas encore revenu vers nous.

« La qualité des sous-titres varie beaucoup d’un programme à l’autre »

Ce n’est pas la première fois que la plateforme de vidéo à la demande (SVOD), qui compte des milliers de contenus en France, est critiquée pour ses sous-titres de qualité relative. En avril 2017, Télérama avait rapporté que Netflix avait lancé une grande campagne de recrutement de traducteurs et traductrices via une plateforme en ligne. Cela pouvait se passer uniquement sur internet, via un test de deux heures, dont la correction était automatisée. La multinationale sous-traite également l’encadrement de certains de ces traducteurs à des partenaires externes, mentionnés sur son site.

« Si vous regardez régulièrement les séries proposées par Netflix, vous voyez que la qualité des sous-titres varie beaucoup d’un programme à l’autre », déclarait à Télérama la présidente de l’ATAA, Juliette de la Cruz. « À son lancement, la traduction chez Netflix était low cost. Cela devait être le moins cher possible. En France en tout cas, la chaîne commence à s’en rendre compte, les téléspectateurs n’acceptent pas n’importe quels sous-titres. Donc Netflix essaie de changer la donne, de les améliorer. »

Comme le faisait remarquer un article de Slate en 2018, les traductions de contenus Netflix étant sous-traitées, le budget alloué peut aller du simple au triple, de la part de différentes entreprises.

Sur Twitter, il n’est pas rare que les internautes partagent les captures d’écran des sous-titres les plus approximatifs, voire comprenant des fautes.

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