Le célèbre éditeur Prima Games n’accompagnera plus les joueurs. Après 28 ans d’existence, il met la clef sous la porte. Le marché de la soluce a changé... tout comme celui du jeu vidéo

Quand je me suis retrouvé coincé au tout début de l’excellentissime Zelda : Breath of the Wild l’été dernier, je n’ai eu qu’un réflexe banal : chercher how to survive cold zelda dans Google. Là, entre les solutions des sites spécialisés, les guides sur Youtube et les wikis dédiés au jeu, j’ai eu la réponse à ma question en 2 secondes chrono et je suis reparti jouer.

Flashback. 1997, Tomb Raider 2 arrive sur PC et pour le jeune joueur que je suis, c’est un événement. Non pas que je sais ce que vaut le jeu, n’ayant ni la presse à un clic de souris, ni Youtubeur pour me faire des preview, mais parce que je vais acheter un nouveau jeu vidéo. Ou plutôt, me le faire offrir par mes parents, n’ayant pas vraiment l’âge de monter mon autoentreprise de recharge de trottinette. Et à ce rituel rare et précieux — les jeux vidéo coûtent cher —, s’ajoute un petit geste : acheter en plus le guide Prima du jeu.

Guide Prima Tomb Raider 2

Ce guide n’était clairement pas qu’une solution pour moi. C’était l’occasion de prolonger le temps de jeu autorisé — une heure par jour max — en découvrant toutes les facettes du titre, des petits trivia aux armes à débloquer, en passant par les secrets des niveaux. Ce n’était pas un outil utilisé quand j’étais bloqué, mais un vrai livre, que je lisais comme j’ai pu lire des encyclopédies jeunesse sur la Grèce antique ou la survie en forêt.

Plus tard, j’ai continué à acheter les guides Prima des jeux, pour le rituel, mais de manière plus utilitaire, histoire de ne pas passer trop de temps à buter sur une mécanique de gameplay un peu pétée, introduite par un développeur soucieux d’augmenter la note « durée de vie », si importante pour les tests de jeux vidéo de l’époque. J’ai aussi appris à ne pas me spoiler l’intégralité de l’histoire et la découverte des mondes virtuels, en ne lisant les chapitres qu’en progressant dans le jeu.

Internet killed the jeu vidéo star

Et puis tout s’est arrêté, probablement au début des années 2000, découvrant les soluces sur Internet. L’intérêt du guide Prima s’est évaporé du jour au lendemain, alors que la première box ADSL faisait son entrée à la maison. En novembre 2018, en apprenant la disparition de Prima Games, l’éditeur de ces guides, les souvenirs reviennent, mais la réalité prend le pas sur la nostalgie : cela doit faire presque 15 ans que je n’ai pas jeté un œil à un guide papier de jeu vidéo. Sans parler d’en acheter un.

Pour cause, au-delà de l’accessibilité de l’information, les jeux vidéo ne sont plus aussi statiques qu’avant : chaque mise à jour change des éléments fondamentaux et peut parfois complètement contredire une astuce ou une solution. Ce jeu dynamique a tué le guide papier, obsolète à la moindre mise à jour, faisant du web le seul support efficace pour trouver des astuces valables. Et si Prima Games a tenté de passer au numérique, la concurrence des sites spécialisés et surtout des wikis, mis à jour plus vite que l’éclair par une armée de joueurs bénévoles et passionnés, a tué le projet de reconversion de l’éditeur.

À quoi sert un guide papier pour un jeu comme Fortnite qui change tous les mois ?

Impossible, aujourd’hui, de regretter Prima Games tant l’offre qui remplace l’éditeur est abondante et de qualité. Impossible, également, de ne pas lâcher un soupir nostalgique en se rappelant d’une ère du jeu vidéo qui a définitivement disparu.

Partager sur les réseaux sociaux