Quelques jours après la fuite de documents compromettants sur des cas de censure, l'application chinoise TikTok a annoncé qu'elle bannissait toutes les publicités politiques.

Fin septembre, le Guardian partageait des documents confidentiels sur TikTok. On y apprenait que l’application avait censuré des contenus politiques jugés négatifs pour le pouvoir chinois. L’entreprise a décidé d’aller plus loin. Ce jeudi 3 octobre, elle a annoncé qu’elle bannirait désormais toute publicité politique.

L’application de partage de courtes vidéos a expliqué cette décision dans un communiqué publié en ligne et repéré par Engadget. Elle fait savoir qu’elle «  n’autorise plus aucune publicité politique ». « Nous savons que nos utilisateurs vont sur TikTok parce que l’application est un environnement positif, rafraîchissant et créatif, justifie la firme. Notre priorité est d’offrir une expérience ludique pour notre communauté. »

Le logo de l’application TikTok. // Source : Tik Tok

Cela concerne les publicités payantes et sponsorisées qui «  promeuvent ou critiquent un candidat, dirigeant actuel, parti ou groupe politique », mais la mesure est plus large. Elle concerne ainsi les annonces liées aux élections fédérales, étatiques ou locales, ou celles liées à des mesures politiques.

Mieux vaut ne pas se fâcher avec les politiques

TikTok a déjà été au cœur de nombreuses controverses depuis son lancement : l’application a été accusée de mal protéger les données des enfants, puis de laisser des prédateurs sexuels entrer en contact avec ces derniers. Elle a également dû s’expliquer au sujet de contenus promouvant l’anorexie ou l’auto-mutilation sur sa plateforme. Tout ceci a failli lui coûter très cher. En Inde, la justice a par exemple décidé de bannir TikTok des magasins d’applications dans le pays — ceci a finalement été annulé quelques jours plus tard. D’autres gouvernements gardent un œil suspect sur l’application. Elle a été interdite au Bangladesh pour pornographie et les États-Unis l’ont condamnée à une amende au sujet des données personnelles.

L’application doit composer avec ce risque et préfère ne pas froisser les politiques. Fin septembre, le Guardian a révélé qu’elle avait demandé à ses modérateurs de rendre invisibles ou supprimer des contenus jugés trop sensibles… notamment envers le gouvernement en Chine, où elle est basée. Parmi les sujets, figuraient le massacre lors des manifestations de la place Tiananmen, de l’indépendance des Tibétains ou de certains groupes religieux réprimés et bannis du pays, comme le Falun Gong.

Des «  figures sensibles » étaient aussi bannies de la plateforme : Kim Jong-Il, Vladimir Poutine, Barack Obama ou encore Donald Trump. Le dirigeant de la Chine n’en faisait évidemment pas partie.

TikTok a expliqué après ces révélations que les règles édictées n’étaient plus en vigueur aujourd’hui et qu’il n’avait jamais été question de valoriser un parti politique plutôt qu’un autre.

Les réseaux sociaux ont globalement du mal à savoir comment gérer les contenus et publicités politiques. Facebook a été accusé d’avoir contribué à influencer, indirectement, le débat politique durant la présidentielle américaine de 2016. En France, Twitter s’est aussi montré hésitant en avril dernier. Le réseau social avait banni des publicités encourageant les jeunes à aller voter. Cela s’expliquait par le durcissement de ses règles en matière d’annonces politiques… paradoxalement, à la demande du gouvernement. Ce dernier s’était toutefois offusqué de la manière dont la plateforme appliquait ces règles. Twitter avait fini par revenir en arrière.

TikTok est encore bien moins politisé que Facebook ou Twitter. Rares sont les personnalités politiques à y avoir créé un compte. L’application ne souhaite visiblement pas que cela change.

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