Un rapport publié le 22 février — pour l’heure hypothétique — signé Citrini Research, esquisse un tableau noir pour 2028 : et si l’IA était « trop » performante ?
Dans ce scénario que dresse Citrini, le succès technologique tant espéré serait paradoxalement une terrible nouvelle pour l’économie réelle. Une menace prise très au sérieux, qui trouve un écho particulier au vu des dernières séances de Wall Street dans le rouge.
La crise mondiale de l’intelligence en juin 2028
Au-delà des nombreuses questions éthiques que pose l’usage de plus en plus démocratisé de l’intelligence artificielle dans de nombreux secteurs, le consensus économique restait jusqu’ici rassurant : l’histoire nous a appris que chaque avancée technologique finissait globalement par être prolifique pour l’économie. On se pensait donc à l’abri d’une crise majeure dont l’IA serait le vecteur direct, malgré son fort appétit pour certains composants.
C’est ce confort intellectuel que Citrini Research est venu bousculer dans son rapport rapidement devenu viral – au point même de faire vaciller quelques actions au passage, comme le rapporte ZoneBourse.
Dans une note d’analyse purement fictive, le cabinet s’est livré à un exercice de projection en se projetant directement en juin 2028. Loin des promesses d’abondance, ces quelques pages dépeignent une réalité économique où l’intelligence artificielle a tellement tenu ses promesses qu’elle devient dangereuse pour l’économie.
Nous sommes le 30 juin 2028. C’est par cette date que Citrini Research entame son rapport, posant d’emblée une ambiance bien anxiogène :
« Le taux de chômage s’est établi ce matin à 10,2 %, soit une surprise positive de 0,3 %. Le marché a reculé de 2 % suite à cette annonce, portant le repli cumulé du S&P 500 à 38 % par rapport à ses sommets d’octobre 2026. »

Bref, l’économie va mal, très mal et la désillusion trouve ses racines dans les progrès faramineux de l’intelligence artificielle selon Citrini. En 2028, tout le monde utilise l’IA et les principales entreprises ont globalement toutes passé le cap de l’automatisation — avec, imaginons, des agents OpenClaw-like encore plus puissants. Mais voilà, tout fonctionne bien, voire trop bien.
Le PIB Fantôme : le scénario catastrophe sur les progrès de l’IA
Le mécanisme mis en exergue par Citrini est assez simple : c’est l’histoire du serpent qui se mord la queue.
D’abord, les entreprises remplacent leurs employés les plus coûteux (avocats, codeurs, chefs de projet) par des IA. Les coûts s’effondrent, la productivité explose et les profits s’envolent. La bourse applaudit.
Le revers de la médaille vient après l’enthousiasme… Le problème, c’est que ces employés licenciés étaient aussi les principaux consommateurs que Citrini pointe comme étant les cols blancs.

En coupant les salaires de la classe moyenne, les entreprises ont, sans le voir, coupé leur propre chiffre d’affaires futur. C’est ce que Citrini appelle le « PIB Fantôme » (ou Ghost GDP) : une économie zombie où les machines produisent énormément de richesses et de services, mais où plus personne n’a d’argent pour les acheter. Les magasins sont pleins, les logiciels tournent à plein régime, mais les clients sont fauchés — une idée qui fait écho à la théorie de la « crise de la surproduction » de Karl Marx.
Dans le scénario, les seuls plus ou moins épargnés en 2028 sont, selon Citrini Research, les métiers dits plus exécutifs et difficilement automatisables.
« Les offres d’emploi pour les cols blancs s’effondraient tandis que celles pour les cols bleus restaient relativement stables (construction, santé, métiers manuels). » détaille Citrini Research dans son rapport.
Une théorie à remettre en perspective
Si la thèse vendue par Citrini a le mérite de poser les bonnes questions, elle reste volontairement alarmiste et surtout très précoce selon plusieurs analystes. En deux années seulement, rien ne garantit que les progrès promis seront au rendez-vous, tant les infrastructures dédiées peinent déjà à se développer.
À côté de ce scénario noir, beaucoup remettent aussi en cause cette théorie en invoquant un mécanisme vieux comme le monde : les évolutions technologiques ne détruisent pas le travail, elles le transforment.
C’est précisément l’avis de Sébastien Krier, responsable des politiques d’IA chez Google DeepMind. Dans une analyse publiée avant le billet de Citrini, il démonte l’idée d’une obsolescence humaine à cause de l’IA d’ici 2028.
Son argument tient en une image simple : celle du barman. Même si un robot peut théoriquement servir une bière plus vite et moins cher, la plupart des gens préféreront toujours l’interaction avec un humain. Pour Krier, l’économie ne cherche pas seulement l’efficacité pure à tout prix, mais aussi la confiance et le contact social que la machine ne peut pas offrir. De plus, le monde réel est lourd et lent à changer : entre les lois, les habitudes et la complexité des entreprises, l’IA ne va pas tout remplacer du jour au lendemain, mais plutôt nous aider à être « surproductifs » ce qui ouvre la voie à un autre débat.
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