Netflix sait comment rassurer Hollywood : en diffusant ses films événements dans certaines salles de cinéma outre-Atlantique. Le discours officiel de la plateforme concernant ses investissements « pour les abonnés » en prend forcément un coup.

Netflix est prêt à faire des sacrifices sur son image de marque pour gagner beaucoup de reconnaissance. La plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) a pour habitude d’affirmer qu’elle ne cherche à servir qu’une seule catégorie de personnes : ses 151 millions d’abonnés. C’est notamment l’argument mis en avant lorsqu’elle assure qu’il n’y aura jamais d’espaces publicitaires sur son interface.

La décision de Netflix de sortir certains de ses films dans les salles de cinéma aux États-Unis pose en cela un certain nombre de questionnements. Comme l’a repéré The Verge ce 27 août, la multinationale a sélectionné 10 de ses films originaux qui seront diffusés fin 2019 dans certaines salles de cinéma, jusqu’à un mois avant leur mise en ligne sur la plateforme de SVOD.

The Irishman, le prochain film très attendu de Martin Scorsese avec Robert de Niro et Al Pacino, sortira par exemple dans plusieurs cinémas outre-Atlantique le 1er novembre 2019, alors que sa mise en ligne n’aura lieu que le 27 novembre. Netflix vise clairement les Oscars de 2020 avec ce film-événement. Or pour pouvoir concourir, il faut qu’un film soit au moins sorti dans des salles de cinéma de Los Angeles pendant sept jours.

The IrishMan // Source : Netflix

Les abonnés avant tout ?

La multinationale américaine est donc prête à faire des compromis lorsqu’elle peut gagner en échange de la reconnaissance critique — ce qui, mécaniquement, fait augmenter sa popularité et donc peut lui permettre d’engranger plus d’abonnés.

Pourquoi alors Netflix n’a-t-il pas pris la même décision à Cannes, où la firme n’est pas présente depuis deux ans ? En France, la loi spécifique sur la chronologie des médias rend difficile le type de compromis mis en place aux US. Si un film sort en salles, alors mécaniquement il n’a plus le droit d’être mis à disposition sur une plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) pendant des années (cela varie de 15 à 36 mois). Or si Netflix est prêt à faire attendre ses clients un mois, il n’en est rien pour plusieurs années.

Reed Hastings et Ted Sarandos, respectivement CEO et chef des contenus de l’entreprise, répètent régulièrement qu’ils n’ont à répondre de leurs choix que devant leurs abonnés, qui sont à la fois leurs clients, mais aussi leur principale source de financement. Les films et séries que la plateforme peut produire proviennent des revenus des abonnements — sans oublier un fort endettement. Ce positionnement est donc parfois amendé lorsqu’il s’agit de gagner en succès critique.

À noter que ce genre de compromis est de plus en plus fréquent : Netflix avait déjà sorti quatre films originaux en salles outre-Atlantique en 2018, soit deux fois moins que cette fin d’année 2019 (le succès populaire Bird BoxThe Ballad of Buster Scruggs des frères Coen, Mowgli et évidemment Roma, qui a décroché trois Oscars l’an passé après une grosse campagne pour l’emporter).

Voici la liste des 10 films Netflix qui sortiront dans certaines salles américaines (première date) puis sur la plateforme (deuxième date)  :

  • The Laundromat​ (27 septembre — 18 octobre)
  • Dolemite Is My Name (4 octobre — 25 octobre)
  • The King (11 octobre — 1er novembre)
  • The Irishman​ (1er novembre — 27 novembre)
  • Earthquake Bird (1er novembre — 15 novembre)
  • Marriage Story (6 novembre — 6 décembre)
  • Klaus​ (8 novembre — 15 novembre)
  • I Lost My Body (15 novembre — 29 novembre)
  • Atlantics (15 novembre — 29 novembre)
  • The Two Popes (27 novembre — 20 décembre)

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