Deux pontes de SFR et Free se sont vus jeudi 10 janvier à Paris. Suffisant pour relancer les spéculations sur une consolidation du marché des télécoms en France.

C’est une rencontre discrète dont a eu vent Challenges et qui repose une fois encore la question du futur du marché français des télécoms : celui-ci continuera-t-il à compter quatre opérateurs dans les années à venir ? Le magazine économique a en effet relancé la perspective d’une consolidation prochaine dans ce secteur en faisant état d’un déjeuner entre deux pontes de SFR et Free.

Survenue le 10 janvier, cette rencontre dans un restaurant parisien a eu pour acteurs Thomas Reynaud, le directeur général d’Iliad, la maison-mère de Free, et Dexter Goei, le directeur général d’Altice Europe, dont SFR est l’un des actifs. Ont-ils parlé de la situation des télécoms ? Nul ne le sait : mais leurs responsabilités respectives dans deux grands groupes du secteur incitent à croire.

Certes, Challenges fait remarquer que les deux hommes se connaissaient déjà avant de rejoindre les télécommunications. Le magazine rappelle ainsi que les deux ont un parcours dans la banque d’affaires, JP Morgan puis  Morgan Stanley pour Dexter Goei, la Société Générale pour Thomas Reynaud. Mais est-ce vraiment leur trajectoire dans la banque qui a occupé le cœur de la discussion ?

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Altice, acteur d’une hypothétique nouvelle consolidation ?

Plusieurs scénarios possibles

On peut raisonnablement en douter. Certes, Thomas Reynaud a défendu il y a un mois encore en public un marché à quatre opérateurs : celui-ci « peut rester à quatre  ». Il a aussi assuré que « Free ne sera pas le déclencheur de cette consolidation » et que, dans cette perspective, son groupe a « vocation à rester indépendant ». Mais en privé, différents scénarios sont nécessairement étudiés.

L’un d’eux, qui permettrait a priori de ne pas faire mentir Thomas Reynaud, serait en fait de procéder à un rapprochement entre SFR et Bouygues Telecom et de céder des actifs à Free, afin de ne pas se heurter à un obstacle réglementaire — l’Autorité de la concurrence veillera nécessairement au bon équilibre du marché. Cela serait une opportunité pour Free, dont le réseau mobile est moins étoffé que les autres.

La rumeur d’une consolidation du secteur des télécoms reviennent sporadiquement depuis 2012, date à laquelle Free s’est lancé dans la téléphonie mobile. Il y a eu certes un mouvement en 2013, avec le rachat de SFR par Numericable, alors propriété d’Altice. Depuis, plus rien. Le seul dossier qui aurait pu aboutir date de 2016, avec un rendez-vous manqué entre Orange et Bouygues Telecom.

Le rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom n’a pas eu lieu.

La 5G accélérera-t-elle les discussions ?

Les opérateurs jugent tous qu’entre la guerre des prix qu’ils doivent se livrer pour conquérir des mobinautes et les investissements massifs qu’ils doivent engager pour déployer la fibre optique et les antennes-relais en 4G, l’équation est insoluble. Mais aucun ne veut apparaître comme le maillon faible qui se fera absorber ou dépecer par les autres.

Mais avec l’arrivée prochaine de la 5G, dont le mode d’attribution des fréquences doit être fixé cette année, les difficultés économiques vont peut-être avoir raison de l’un d’eux. Car cette nouvelle génération va nécessiter des moyens importants, dans le déploiement du réseau bien sûr, mais aussi dans l’acquisition des fréquences, si celles-ci sont mises aux enchères à prix d’or.

Avec une certaine prescience, il s’avère que Stéphane Richard, le patron d’Orange, a, au mois de novembre, anticipé une reprise des discussions en 2019. Le déjeuner entre les deux cadres de SFR et de Free tend à lui donner raison.

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