Alors que son film de guerre Dunkerque est actuellement en salle, Christopher Nolan a livré son point de vue sur l'avenir de la distribution en salles, notamment face à la politique de Netflix de ne pas laisser ses films vivre au cinéma. Pour le réalisateur, c'est une stratégie « vaine » et « insensée ».

Dunkerque, le dernier film de Christopher Nolan, sort petit à petit dans les salles de cinéma du monde entier. Un long-métrage tourné à 75 % en format IMAX sur des pellicules de 70mm, bien loin des standards numériques aujourd’hui répandus dans toute l’industrie. Un parti pris artisanal qui cache un amour sans faille de la projection en salle de la part du metteur en scène britanno-américain.

Un amour qu’il n’hésite pas à communiquer à travers ses films mais également à travers ses propos en interview. Lors d’un échange avec le site IndieWire, le réalisateur de la trilogie The Dark Knight a été interrogé sur sa vision du modèle Netflix, et la possibilité pour lui d’y contribuer de ses œuvres. Sa réponse est sans appel : « Je ne travaillerai pas avec Netflix parce que leur stratégie cinéma est vaine. »

Une mauvaise stratégie pour le cinéma

Chris Nolan explique son point de vue : « Netflix a une étrange répugnance à soutenir les films en salle […] Ils ont cette politique insensée de rendre tout simultanément disponible en ligne lors de la sortie, ce qui est un modèle évidemment intenable pour des sorties au cinéma. Du coup, ils ne sont même pas dans le jeu [du cinéma], et je pense qu’ils ratent une énorme opportunité. »

Quelle solution prône le réalisateur d’Inception ? Peut-être celle qui pousserait Netflix à s’inspirer de la concurrence : « On peut voir qu’Amazon est très clairement heureux de ne pas faire la même erreur. […] Les cinémas ont une fenêtre de 90 jours. C’est un modèle parfaitement utilisable. C’est formidable.  »

Mélanger sortie en salle et diffusion en ligne quelques semaines plus tard semble quelque chose de parfaitement faisable pour le géant du streaming, d’autant plus que Nolan ne voit pas une réelle révolution dans le succès du modèle Netflix : « J’ai grandi dans les années 80, la naissance de la location vidéo. […] Le pire cauchemar d’un réalisateur dans les années 90 était que le studio débarque et dise ‘Tu sais quoi ? On va le sortir en vidéo plutôt qu’au cinéma.’ Ils faisaient ça tout le temps. Il n’y a rien de nouveau là dedans.  »

Les studios ont encore un rôle à jouer

Pourtant, cette logique n’a visiblement pas effrayé le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho — même si son film, Okja, sélectionné à Cannes, a souffert de cette non-sortie au cinéma — ni Martin Scorsese, qui prépare son prochain film, The Irishman, pour Netflix. La liberté créative semble bien plus grande chez le mastodonte du streaming que dans les puissants studios hollywoodiens, concentrés aujourd’hui sur leurs licences.

A son niveau, Chris Nolan n’a jamais quitté Warner Bros depuis la production de son deuxième long métrage, Insomnia, en 2002. Grâce à sa relation privilégiée avec les pontes du studio, le metteur en scène — qui est aussi scénariste et producteur — n’hésite pas à détailler son point de vue : « Réaliser un film pour un studio a toujours été une entreprise à haut risque parce que c’est vraiment là que l’art et le commerce se réunissent. […] Si vous pouvez trouver un moyen de travailler dans ce système, c’est une machine très puissante, avec beaucoup de ressources et d’excellents mécanismes de distribution.  »

Mais même les studios peuvent être attiré par la logique de Netflix, au vu de son incroyable développement et de ses 100 millions d’utilisateurs. Dans une présentation à la CinemaCon en mars dernier, Sue Kroll, président du marketing et de la distribution de Warner Bros à l’international, allait même jusqu’à noter que les « consommateurs nous disent vouloir plus de choix quant à la manière et l’endroit où ils regardent du contenu  ». Une présentation durant laquelle Nolan était présent, indiquant clairement que «  la seule plateforme dont je veux parler est le grand écran. »

Les fans de Nolan peuvent donc respirer : le réalisateur ne semble clairement pas vouloir abandonner les salle, à l’instar de Quentin Tarantino. On ne devrait donc pas le voir de si tôt sur une production originale Netflix, et l’on espère que la nouvelle politique de Warner ne l’empêchera pas de produire et réaliser son prochain film.

En attendant, Dunkerque est actuellement diffusé dans les salles de cinéma de l’Hexagone.

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