Alors que la place du streaming à Hollywood ne fait que croître, des réalisateurs donnent de la voix pour rappeler que le cinéma n'est pas qu'un lieu, c'est également un format. Durant la CinemaCon, Christopher Nolan et Sofia Coppola ont tout deux rappelé à leurs fans que leurs longs métrages étaient taillés pour les salles obscures.

Amazon et Netflix étendent leurs ombres sur les collines hollywodiennes, raflant gros contrats, récompenses et casting de renom. Pourtant, une poignée de célébrités résiste à la ruée vers l’or du streaming, au nom d’un idéal artistique.

Sofia Coppola et Christopher Nolan présentaient à la CinemaCon leurs deux prochains films, et chacun, grâce à la tribune qui leur était donnée durant la conférence, ont exhorté leurs fans d’aller les voir au cinéma plutôt qu’en streaming chez eux. Nolan précise qu’il aimerait que son public voit son film « là où il est censé être vu » estimant qu’il y a un lien sacré entre la création de son œuvre et sa distribution en salles.

Toujours à propos de Dunkirk, son prochain long métrage, le réalisateur ajoute : « C’est une histoire qui a besoin de vous conduire dans des situations à fort suspense et vous permettre une immersion dans l’œuvre, et la seule manière d’y parvenir est grâce à une distribution en salles.  »

Comme beaucoup de ses contemporains, le réalisateur d’Inception défend encore un cinéma qui serait autant un lieu, qu’un format et une communauté. Une vision noble mais remise profondément en cause par les nouvelles technologies : que celles-ci permettent le téléchargement illégale des œuvres ou tout simplement qu’elles permettent aux consommateurs de se doter d’un dispositif multimédia de grande qualité, elles encouragent toutes à une réflexion sur le cinéma en tant que lieu de l’art.

Salle de cinéma

Sofia Coppola, réalisatrice star du mouvement indépendant des années 2000 a également appuyé, presque mot pour mot, les propos de son illustre confrère. Lors de la présentation de The Beguiled son prochain film, elle a en effet ajouté comme conclusion : « J’espère que les gens iront voir le film en salles, nous l’avons créé pour qu’il y soit vu.  »

Or si cette position a longtemps été défendue par les studios, ces derniers semblent aujourd’hui se détacher de leurs artistes pour aller, eux aussi, vers une refonte de la chronologie des médias aux États-Unis. Ainsi, la Warner, qui produit et diffuse le dernier Nolan, est très engagée dans les négociations qui devront aboutir à des sorties en vidéo à la demande accélérées, même lorsque les films sont encore à l’affiche.

Sue Kroll, présidente du marketing et de la distribution du studio de Nolan, estimait par exemple, quelques heures avant l’intervention du réalisateur, que le streaming était une opportunité pour l’industrie. Elle ajoutait : « Le goût des consommateurs change et cela modifie notre manière de travailler. Ce que nos clients nous disent est précisément qu’ils veulent plus de choix pour regarder où et quand ils veulent nos contenus.  » Un réalisme économique qui froisse encore les artistes…

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