Du haut de ses 20 ans de métier, Jill Soloway n'est plus une débutante de la télévision. Et pourtant, elle a longtemps été sous-estimée. Féministe, douée pour les lettres comme pour la caméra, Soloway s'est cherchée... avant de se trouver avec Transparent et Amazon. Le géant lui fait confiance pour une nouvelle série, I Love Dick.

Transparent est, sans aucun doute, la meilleure série réalisée par Amazon à ce jour. Dépassant de loin les autres projets originaux du géant du e-commerce, ce drame au sujet pourtant singulier a réuni des millions de téléspectateurs à travers le monde.

Encensée par la critique et auréolée de récompense, la série sera finalement rachetée par de nombreux diffuseurs, permettant à Amazon de largement rentabiliser cet investissement coup de cœur. 

Un investissement que l’on fait comme on gage sur le retour d’une vieille gloire, car lorsque Jill Soloway propose au géant son pitch, elle n’est déjà plus l’étoile montante de HBO qui assurait à Six Feet Under son mordant.

Elle a pris du recul sur le monde de la télévision et semble esquiver les gros projets depuis sa relation difficile avec United States of Tara. Alors qu’elle profite de cette retraite anticipée pour s’investir dans son militantisme féministe et ses œuvres littéraires, son histoire personnelle lui inspire l’idée d’un show sur sa famille.

Elle qui a déjà la plume et le tact nécessaires pour traiter ces sujets qu’elle maîtrise aussi bien en librairie (Tiny Ladies in Shiny Pants, roman autobiographique) qu’à l’écran sur ses productions dramatiques, se lance dans le projet fou d’adapter — sans voyeurisme — le coming out trans de son propre paternel. Ainsi est né Transparent.

Amazon dispose alors d’un budget pour financer ses futures séries SVoD et, coup de chance, le géant est rapidement séduit par le projet de Solloway. Le chèque, presque en blanc, de Jeff Bezos est signé et en 2014, Transparent crève l’écran, emballe la critique et assure à Amazon une place de choix aux Emmy. Une belle success story.

Mais Amazon comme Jill semblent s’être bien trouvés : l’audace de l’une assure la confiance de l’autre. Et là où les chaînes ont pu épuiser et frustrer la réalisatrice, le service de streaming se montre conciliant et généreux. Transparent enchaîne ainsi les saisons sans accroc, sans baisse de budget et la qualité reste au rendez-vous. En somme, c’est un duo qui marche.

Dick et bovarysme

Qui marche au point d’appeler à des récidives avec I Love Dick, prochaine série Amazon de Jill Soloway. Or si le titre vous effraie, brisons le secret rapidement, sa traduction française n’est pas j’aime la bite mais J’aime Dick. Graveleux, mais efficace.

Le show met en scène un couple qui déménage pour s’installer dans les zones obscures du Texas afin d’y suivre les travaux artistiques d’un étonnant et mystérieux professeur dont le nom n’est autre que Dick. Ce Dick, avec son allure de redneck sorti de Walker Texas, est interprété par un Kevin Bacon charismatique et vénéneux.

À nouveau à cheval entre l’autobiographie et la fiction, cette nouvelle série écrite par Soloway ne cache pas son jeu : Chris est une réalisatrice de film indé vivant dans l’ombre de son mari, Sylvère, aux succès académiques nombreux — toutes ressemblances avec la vie de Jill sont (presque) fortuites — jusqu’au jour où l’amour sous sa forme la plus oppressante, l’obsession, éblouit notre héroïne jusqu’à créer un triangle amoureux aux contours très psychologiques.

Librement adapté du monument féministe de Chris Kraus  (publié chez Flammarion), la série ambitionne de poser, à la manière du roman, la question de la place de la femme dans le couple moderne face à ses ambitions, ses désirs et sa liberté. Un bovarysme moderne, cynique et puissant alors ? Début de réponse en mai.

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