Iron Fist, dernier super-héros des Defenders de Netflix se dévoile ce vendredi au public. Nous avons pu voir les six premiers épisodes et rien n'indique qu'Iron Fist rattrapera les erreurs cumulées par Jones, Cage et Daredevil. A contrario, Fist semble plutôt le point de non retour, le crash industriel que l'on voyait venir mais auquel on ne souhaitait croire.

Il s’appelle Danny, a grandi comme un sauvage sur l’Himalaya, façon Mowgli mais version Jackie Chan (Kung-fu, série B, tout ça) et décide un beau jour de se pointer à New York où il est né.

Multimillionnaire malchanceux, Danny et ses parents sont pourtant censés être morts dans un accident d’avion : son retour surprend donc ses anciens proches qui ne lui font guère confiance. Le jeune et innocent Danny va donc devoir se battre pour reprendre la main sur l’entreprise familiale et vaincre par la même occasion les mafieux qui profitent de la situation.

Boucle d’or est en fait un richissime kung-fu kid

Voilà pour les fondements d’Iron Fist. Flirtant avec les synopsis improbables de The Arrow et une réalisation naturaliste à la Daredevil, ce nouveau Marvel ne donnait pas vraiment envie… mais nous l’avons regardé, péniblement.

Une histoire de partis pris

Que de chemin la télévision a parcouru depuis Smallville, la légendaire série sur l’adolescence de Superman. En une quinzaine d’années, le règne des super-héros en salles obscures s’est traduit par un perfectionnement et une multiplication de ces derniers au petit écran.

Chez ABC, Agents of SHIELD réunit les ados et leurs parents autour d’une série feel-good, bourrée de cascades, de super-méchants et de gentils adorables : ce n’est ni fin ni passionnant, mais cela semble être une traduction efficace des recettes cinématographiques de Marvel.

Néanmoins du côté de Netflix, des partis pris forts ont porté l’arrivée de l’univers Marvel en SVoD : dès Daredevil, la photo se faisait très sombre, l’environnement volontairement trop naturaliste et les effets spéciaux réduits au minimum syndical. Pour le géant du streaming, faire du Marvel impliquait une réflexion à la fois sur le genre des comics et leur capacité à trouver leur place sur le petit écran.

Iron Fist est la série de trop

Or, dès lors qu’il s’agit d’une série, Netflix a deux contraintes : la première est narrative — personne n’apprécie les trop longs films de super-héros car l’écriture n’est pas la force du genre — la seconde est financière : faire du Marvel sans le budget Disney, ça oblige à une certaine modestie. Donc pour s’en sortir en offrant une patte unique et une adaptation singulière, Netflix a misé sur des personnages forts, beaucoup de psychologie, de longs dialogues et une quête permanente de la vraisemblance. 

Marvel’s Iron Fist

En s’imposant un tel format, unifié et partagé entre tous les shows Marvel par Netflix, la société s’exposait à un risque évident : la lassitude. Avec la saison deux de Daredevil et Luke Cage, on sentait poindre déjà l’ennui, nous commencions à comprendre que la recette n’allait plus fonctionner longtemps. Pour Iron Fist, elle ne fonctionne même plus du tout. Des six épisodes que nous avons pu consulter, nous retenons un bilan très dur : Iron Fist est la série de trop.

Rien d’original à le dire, les grands titres d’Hollywood ont déjà assassiné la série et nos confrères francophones ne sont pas plus emballés. Vous ne trouverez donc pas chez nous le seul avis contradictoire pour une raison simple : la médiocrité de Fist est évidente. Elle se retrouve dans tous les détails, la réalisation, les dialogues et une construction narrative très lacunaire.

Où sont les personnages ?

L’inévitable problème d’Iron Fist est déjà son personnage principal, Danny, et ses poings de fer dont on ne saura jamais vraiment comment ils sont apparus.

Marvel’s Iron Fist

Ce dernier a pour seul relief son côté Un Indien dans la ville, marchant pieds nus dans les rues de Manhattan comme s’il s’agissait là d’un acte de révolte. Notre héros semble revenir d’un voyage-trip initiatique en Inde pour bourgeois dépressifs rêvant d’aventures. Et à l’instar de vos amis qui reviennent avec des diaporamas et « changé d’avoir vu la misère et le bonheur en même temps  », Danny sert une soupe humanisto-niaiseuse à qui veut bien l’entendre, du SDF forcément sympa que l’on croise au parc aux anciens camarades qui sont devenus, nécessairement, de vils businessmen.

Le profil psychologique de ce naïf jeune homme aux boucles d’or se griffonne sur le dos d’un mouchoir tant les dialogues, pourtant interminables, ne laissent transparaître aucune aspérité, aucune profondeur dans la figure du gentil kung-fu kid. 

Marvel’s Iron Fist

Jessica Jones était tiraillée, dévorée et consumée par les conséquences du viol, Cage était éveillé, vif et fier d’incarner les paradoxes qui traversent une minorité ethnique et Daredevil, lui, profitait de sa langue maternelle, le christianisme, pour tenter d’explorer les limites de sa morale ; Danny n’est qu’un fade homme blanc riche qui s’approprie la culture asiatique.

Danny n’est qu’un fade homme blanc riche qui s’approprie la culture asiatique

Finn Jones, l’acteur derrière le héros, est par ailleurs bien conscient que la proposition qu’il incarne est particulièrement faible, mais selon lui, notre regard sur son personnage a changé depuis l’élection de Donald Trump. Et en effet il explique : « Nous avons filmé la série bien longtemps avant l’élection de Trump, et il est intéressant de voir comment cette perception évolue. Maintenant que Trump est au pouvoir, il a rendu très difficile de s’attacher à quelqu’un qui bénéficie de certains privilèges blancs, cet archétype est devenu l’ennemi public numéro 1.   »

Marvel’s Iron Fist

Donc si nous n’aimons pas Danny, c’est à cause de Trump. Bon, en réalité, nous pensons que Jones va un peu vite en besogne, car si effectivement il a raison de souligner que son personnage est d’une banalité quasi-canonique, il oublie de préciser que les autres ne sont guère mieux servis.

Seule rescapée : sa side-kick, Colleen, une nippo-américaine charismatique, maligne et gracieuse. Cette dernière a eu la chance, ou le privilège, de ne pas avoir à supporter les pires dialogues du show et de bénéficier d’un rôle vraiment intéressant, mais elle ne suffit pas à sauver l’ensemble, d’autant qu’elle est bien souvent reléguée au second voire troisième plan.

Colleen, la vraie tête d’affiche d’Iron Fist

Enfin, et cela a son importance, Iron Fist n’a pas de vrai grand méchant ambigu et paradoxal comme on a pu en voir dans Daredevil où l’on avait fini par préférer le méchant à l’aveugle tourmenté, ou dans Luke Cage où l’incroyable — et oscarisé — Mahershala Ali campait un affreux jojo magnifique.

Pourquoi ?

Les enfants ont une terrible habitude : ils demandent toujours aux adultes pourquoi. Comme s’il fallait qu’il y ait toujours une raison derrière chaque événement, une machinerie bien huilée qui déclencherait chaque chose et ainsi donnerait un sens à nos vies, au monde et à l’univers — une réponse qui ne se résumerait pas à 42. En grandissant, l’humain découvre que la vie n’est que frustrations et absurdités et l’on apprend à se taire et à arrêter de demander pourquoi.

Netflix a oublié qu’il y a eu Avengers parce qu’il y avait eu Iron Man et non l’inverse

Toutefois, ici, la question aurait dû être posée par les créateurs d’Iron Fist. Pourquoi faisons-nous cette série ? Car la seule réponse que donnent les six premiers épisodes est la suivante : parce qu’il faut lancer The Defenders.

C’est à notre sens prendre le problème tout à fait à l’envers : si Avengers est un indiscutable succès, ce n’est pas parce que c’est un projet génial, mais bien parce que son line-up est alléchant. En 2012, nous étions déjà attachés à Iron ManCaptain America, et dans une moindre mesure Hulk et Thor, malgré un premier film qui atteignait des sommets d’ennui. Or Netflix, en voulant à tout prix sa grosse affiche qui claque — quatre super-super-héros réunis ! — a oublié qu’il y a eu Avengers parce qu’il y avait eu Iron Man et non l’inverse.

Iron Fist concluant le cycle de présentation des différents super-héros, nous connaissons désormais chaque membre de la future super-équipe. Seulement, le show vient confirmer au public déjà lassé que non, Netflix n’a pas son Tony Stark. De fait, l’affiche Defenders est aussi excitante que celle de Justice League — comprenez donc qu’elle ne l’est pas du tout.

Pourquoi Netflix aurait dû faire Iron Fist  ? Non pas pour compléter un catalogue déjà branlant, mais pour arriver, enfin, à dépasser les limites dont souffre son traitement de l’univers Marvel, à savoir des longueurs aberrantes, un manque de spectaculaire et des personnages peu attachants.

Le pas vraiment méchant

Malheureusement pour nous, Iron Fist reprend toutes les fausses notes des séries précédentes et ne parvient même pas à trouver le surplus d’âme qui rendait Cage, Jones et Daredevil comestibles. Et alors que FX commence à triompher grâce à Legion, Netflix passe pour le mauvais élève de Marvel. Un comble.

En bref

Iron Fist

Note indicative : 2/5

On s'ennuie devant Iron Fist. Les dialogues sont d'une vacuité embarrassante, les personnages mettent plus de quatre épisodes pour s'épaissir légèrement et aucun arc narratif ne se dégage d'une intrigue faiblarde. Le super-héros n'est ni intéressant, ni attachant, et le scénario semble le souligner à chaque épisode où les questions qu'il se pose sont sans intérêt : « Suis-je fou ou seulement rescapé d'un crash d'avion ? »

Enfin, visuellement, Iron Fist reprend le code photographique des précédentes séries Marvel, à savoir beaucoup d'obscurité, un travail sur les demi-teintes et un imaginaire très urbain. Mais en plantant son décor à Manhattan, la série ne réjouit pas par de belles scènes dans un Hell's Kitchen fumeux et sordide, et perd les coloris très polar de Daredevil ou Jones. Ici les plans de coupe pourraient être ceux de Gossip Girl -- nous n'y verrions aucune différence. 

Top

  • Colleen est un bon personnage
  • Finn Jones ne fait pas d'erreur
  • La bande-son est correcte

Bof

  • L'intrigue commence au cinquième épisode
  • Pourquoi ?
  • Où est la personnalité de Danny ?

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