Après un an d'abonnement, il est temps de faire une retrospective de l'année Netflix écoulée. Le service de SVOD américain était attendu comme le Messie mais a-t-il tenu ses promesses ?

Cela fait à peu près un an que je suis abonné à Netflix, avec un compte familial partagé qui me revient à environ 4 euros par mois contre une dizaine d’euros pour un compte standard individuel. Avant que Netflix arrive en France, je me souviens encore à quel point on considérait cela comme le Saint Graal du contenu légal au niveau des films et des séries. Des amis avaient même monté un petit TumblR qui a fini par être cité dans le rapport Lescure, J’voulais pas pirater, et je me souviens très nettement de nos discussions autour du problème de l’offre légale française. Grosso-modo, on pouvait résumer tous les griefs en quelques points :

  • La diffusion des séries US très en retard
  • L’absence de VO
  • Le prix exorbitant des contenus légaux
  • La qualité qui ne dépassait pas la HD à l’époque (et encore, il fallait payer plus)
  • Les séries incomplètes (on pouvait avoir la saison 2 d’un show sur une plateforme, mais pas la saison 1)
  • Les interfaces complètement dépassées et insupportables à utiliser
  • Au milieu de tout cela, de vraies arnaques qui ont pu aller jusqu’à recevoir le fameux label PUR du gouvernement

Alors Netflix, on imaginait que c’était la solution à tous nos problèmes et que la France allait enfin entrer dans l’ère de la culture numérique avec son arrivée sur nos terres. Après cette année d’utilisation, l’heure est venue de faire un bilan du petit nouveau qui n’a finalement pas grand chose à voir avec ce qu’on imaginait — ce qui n’est pas forcément mauvais.

Popcorn time payant

Parce que ce qu’on espérait dans nos petits cœurs idéalistes, à vrai dire, c’était de pouvoir payer pour PopCorn Time. Un service où on trouverait tout, films et séries, vite, sur une plateforme ergonomique qui nous laisserait choisir notre qualité d’affichage, notre bande son, nos sous-titres et l’écran sur lequel on diffuserait nos contenus. Pour cela, c’est clair et net qu’on aurait payé et peut-être même plus que le tarif actuel de Netflix.

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Alors la déconvenue initiale n’a pas manqué. Je me souviens de la première fois où j’ai ouvert Netflix et où je découvrais un mélange de films nuls ou de seconde zone, des séries coupées au milieu comme sur les services français, des dessins-animés inintéressants et du contenu Netflix manquant parce que les chaînes françaises n’avaient pas manqué d’acheter les droits. Ajoutez à cela des documentaires que même NRJ 12 ne voudrait pas à 14h un dimanche, et vous avez le cocktail parfait qui m’a fait arrêter mon abonnement juste après le mois d’essai. La sanction du consommateur qui ne trouvait ni les films récents qu’il voulait voir peinard chez lui, ni les séries qu’il aime vraiment.

Et tout cela, c’est parce que Netflix a débarqué en France avec le cul entre deux chaises. Ce n’était ni un bon catalogue comme peut l’être celui d’un service VOD, ni un bon fournisseur de contenu exclusif et pas même un bon outil de recommandation. Je me souviens avoir passé de trop longues soirées sur l’interface à passer de case en case, à regarder des débuts de films nuls que j’arrêtais au bout de 15 minutes — chose que je ne fais habituellement jamais. C’en était d’ailleurs devenu une blague avec des potes : on ne disait plus qu’on allait regarder Netflix, mais qu’on allait faire une soirée « choisir un film sur Netflix ». Pas très chill tout ça.

L’utopie d’un Popcorn Time payant n’existe pas et n’existera pas

Alors on a compris et on a arrêté d’espérer. Non, Popcorn Time payant n’existe pas et n’existera pas, les règles de diffusion d’une œuvre cinématographique étant trop complexes et contraignantes (à tort ou à raison, notez) pour qu’une utopie pareille puisse voir le jour. Mais tout cela ne signifie pas que Netflix a échoué, bien au contraire.

Car si on fait une avance rapide vers décembre 2015 et qu’on zoom sur mon salon grâce à un satellite caméra de la NSA, on doit s’apercevoir que cela fait plus de 8 mois que Netflix est devenu l’élément central de toutes mes soirées à la maison, en alternance ponctuelle avec iTunes pour les films. Par quel miracle ?

changement de stratégie

Si le Netflix idéalisé n’existe pas, et malgré tous les griefs déjà cités, Netflix a quand même réussi à me garder devant un écran pendant une centaine de soirées et de matinées avec une recette qui n’a rien de révolutionnaire : me donner à regarder du contenu de grande qualité. La stratégie de Netflix pour les années à venir qui consiste à troquer le contenu loué aux autres productions pour se concentrer sur les productions maison a payé dans un pays comme la France qui n’a jamais connu le « Netflix catalogue » américain.

Cela a mis un peu de temps avant de se mettre en marche, mais Netflix a réussi à décoder mes attentes en termes de divertissement à la maison. Ne pas me servir du vieux. Ne pas me donner des restes que la télé ne veut pas. Ne pas me donner toujours les mêmes choses à voir (les zombies, les journalistes des années 1950 et les Irlandais avec des capes et des épées). Au contraire, être innovant, inventif, en rupture avec ses habitudes, soutenir la création et accompagner la naissance d’un nouveau genre de cinéma, sur petit écran.

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Car Netflix, ce n’est pas vraiment de la télé. Ce qui fait l’une des forces du service, c’est la distribution de tous les épisodes d’un show en même temps, conçu non plus comme des épisodes à mettre bout à bout qui imposent une division dans la réalisation, mais des chapitres d’une histoire que le spectateur regarde à son rythme. Plus besoin de cliffhanger artificiel pour faire revenir le spectateur la semaine d’après ou de scènes tournées pour accueillir une coupure pub.

Les productions Netflix ont toutes un petit côté très long film dans lequel on aurait laissé à un réalisateur le temps qu’il souhaite pour développer ses intrigues et ses personnages. C’est une des choses que m’avait confié en mars dernier Todd Yellin, responsable de l’innovation chez Netflix : avec ce format la société souhaite attirer les réalisateurs, scénaristes et acteurs qui regardaient encore, à tort, la télévision et les séries de haut.

Et du coup, depuis que Netflix diffuse ses propres contenus et s’est concentré sur la qualité maison et côté contenu piqué chez les autres que sur la quantité de malbouffe visuelle, le service de streaming est devenu une excellente affaire avec des shows qui vont du très bon divertissement au chef d’œuvre. En particulier, ce sont ces titres qui m’ont retenu pendant de longues soirées en 2015.

Chef’s Table

Eh oui, je ne commence pas avec une série de fiction, mais avec une série documentaire. Si j’avais un classement « contenu visuel toutes catégories confondues » à faire pour 2015, Chef’s Table serait indéniablement dans le Top 3. Netflix voulait montrer à ses spectateurs qu’il savait faire des documentaires à la fois sensibles, humains, informés et divinement bien réalisés : Chef’s Table coche toutes ces cases sans forcer. Même si vous n’aimez pas manger, vous devriez y jeter un œil. Et a priori, vous ne lâcherez pas avant le dernier épisode.

Bloodline

Les Keys, la Floride, une famille nombreuse déchirée et des personnages aux passés troubles. Tout est en nuances de gris dans Bloodline et aucun des protagonistes n’est ce qu’il paraît être de prime abord. La série aurait pu de nombreuses fois devenir particulièrement pénible, par sa lenteur, mais les scénaristes ont su créer des personnages suffisamment attachants et repoussants pour qu’on ne puisse pas décrocher avant la fin. Et on attend la suite !

Jessica Jones

En signant avec Marvel, Netflix a sûrement gagné beaucoup de spectateurs. Jessica Jones est la deuxième série après Daredevil à être adaptée à l’écran par le service de SVOD. On y suit une détective traumatisée par un homme qui détient le pouvoir ultime : contrôler l’esprit des gens pour leur faire faire ce qu’il désire. Interprété par un David Tennant qu’on regrette de ne pas voir suffisamment, le fameux Kilgrave reste tout de même un méchant qui sait nous tenir en haleine du début à la fin. Et si on s’attache autant à Jessica, c’est autant pour ses failles que pour sa lutte : regarder la série sans y remarquer le traitement subtil du traumatisme psychologique serait passer à côté d’une partie de l’histoire.

Daredevil

La première série Marvel sortie sur Netflix est aussi d’excellente facture. Le super-héros aveugle et complètement badass nous montre sa transformation d’avocat à justicier masqué, le tout bercé par un tiraillement entre morale chrétienne et application du droit. Une excellente série sur le concept de justice qui a permis à Netflix d’expérimenter une narration géniallissime pour ses clients aveugles, qui mériterait presque un nouveau run de la série en audiodescription.

Fargo 1 & 2

Ce n’est pas directement une production Netflix, mais les deux excellentes saisons de l’univers des frères Cohen sont disponibles sur le service. Difficile de raconter quoi que ce soit sans gâcher une partie de l’intrigue, mais l’une comme l’autre sont des expériences de polar dans l’Amérique profonde à ne pas manquer. Mention spéciale à l’excellente Kirsten Dunst de la saison 2 et au Martin Freeman aussi grandiose que détestable de la saison 1.

Unbreakable Kimmy Schmidt

Je suis très mauvais public quand il s’agit de rire devant un film ou une série, faisant plus partie de ces chieurs qui étouffent un sourire en soufflant. Unbreakable Kimmy Schmidt m’a tordu en deux de rire au moins une fois par épisode, à tel point que j’ai dû mettre le show en pause pour reprendre mon souffle. Une série à la fois humoristique et feel good dont le pitch semble sorti de nulle part : une femme retourne dans la société après une quinzaine d’années dans un bunker, enfermée par un gourou. Dit comme ça, ça n’a pas l’air drôle, mais promis, ça l’est. Damn it !

F is for Family

Un dessin-animé à l’humour grinçant, qui dépeint la situation de la classe moyenne américaine dans les années 1970. Le rêve américain n’existe plus : la mère fait de la vente en porte à porte et s’occupe de la maison et des gosses, terrorisée par un mari qui vit mal le fait d’être bagagiste à l’aéroport. On s’attendait à rire, mais on est surtout touché et mal à l’aise devant une série qui n’y va pas avec des pincettes pour parler de problèmes de sociétés graves dont les échos sont encore présents aujourd’hui.

Les autres documentaires

On ne va pas se mentir, il y a encore sur Netflix, tous les mois, tous les documentaires dont les chaînes françaises bas de gamme ne veulent même plus. Vous retrouverez donc dans le catalogue une trentaine de daubes tournées pour faire patienter les collégiens jusqu’à la fin des cours une veille de vacances.

Mais en creusant un peu, on trouve des pépites et notamment les merveilleux documentaires animaliers de David Attenborough que sont Life, Afrique Sauvage ou Au cœur des océans. On y trouve aussi l’excellent The Internet’s Own Boy qui retrace le destin tragique d’Aaron Swartz ou What Happened Miss Simone, sur le non moins tragique destin de la grande Nina Simone, encore une preuve que Netflix sait produire des documentaires justes. Les amateurs ne passeront pas non plus à côté des productions de Rakontur, Cocaine Cowboys ou Dawgfight, ou de Hot Girl Wanted, sur l’industrie du porno amateur. Bref, il y a de l’excellence pour tous les goûts.

Oggy & les cafards

Tout simplement l’un des meilleurs dessins-animés pour les enfants qui scotche également les adultes devant leurs écrans. Ce n’est pas du Netflix, mais c’est disponible — et génial.

A Very Murray Christmas

Quand Netflix se met à la tradition du christmas special, cela finit en un détournement du genre avec Bill Murray en personnage principal, interprété par lui-même. Cet excellent moyen-métrage qui occupera sans mal une heure de votre soirée de réveillon réussit, en plus d’être drôle et émouvant, une prouesse : rendre Miley Cyrus touchante et élégante en plus d’être bonne interprète, à contre courant total par rapport à ce que le marketing a malheureusement fait d’elle. Chapeau bas.

Tout cela, c’est sans compter les séries et documentaires que je n’ai pas vus (Orange is the New Black, Better Call Saul, Narcos), que j’ai moins appréciés (Marco PoloBojack Horseman, Sense8) ou prévus de voir (Beasts of No Nation, Making a Murderer, Utopia) et les quelques films et séries regardés par-ci par-là (Wall-EMoi moche & méchantKill Bill & Kill Bill 2, Black Mirror etc.).

En fin de compte, Netflix est loin d’être un catalogue infini et illimité comme on avait pu naïvement l’imaginer et n’est pas exempt de défauts, mais la qualité de ses séries maison et de certains bouts de son catalogue peuvent occuper très largement toutes vos soirées pendant plusieurs mois. Et avec la promesse faite par le service de mettre les bouchées doubles en 2016 sur ce type de contenu, gageons que l’année prochaine risque d’être aussi un excellent cru.

Ce n’est pas le service qu’on aurait voulu, mais en cette fin d’année 2015, Netflix vaut très largement ses quelques euros mensuels.

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