Après trois ans d'abonnement au plus grand service de SVoD de la planète, il est temps de faire une petite rétrospective. Le service de SVOD américain était attendu comme le Messie : a-t-il tenu ses promesses sur la durée ?

Cela fait à peu près trois ans que je suis abonné à Netflix, avec un compte familial partagé qui me revient à environ 4 euros par mois contre une dizaine d’euros pour un compte standard individuel. Avant que Netflix arrive en France, je me souviens encore à quel point on considérait cela comme le Saint Graal du contenu légal au niveau des films et des séries. Des amis avaient même monté un petit TumblR qui a fini par être cité dans le rapport Lescure, J’voulais pas pirater, et je me souviens très nettement de nos discussions autour du problème de l’offre légale française. Grosso modo, on pouvait résumer tous les griefs en quelques points :

  • La diffusion des séries US très en retard
  • L’absence de VO
  • Le prix exorbitant des contenus légaux
  • La qualité qui ne dépassait pas la HD à l’époque (et encore, il fallait payer plus)
  • Les séries incomplètes (on pouvait avoir la saison 2 d’un show sur une plateforme, mais pas la saison 1)
  • Les interfaces complètement dépassées et insupportables à utiliser
  • Au milieu de tout cela, de vraies arnaques qui ont pu aller jusqu’à recevoir le fameux label PUR du gouvernement

Alors Netflix, on imaginait que c’était la solution à tous nos problèmes et que la France allait enfin entrer dans l’ère de la culture numérique avec son arrivée sur nos terres. Après un an d’utilisation, on s’était retrouvé face à un service surprenant, loin du Popcorn time payant qu’on imaginait à l’époque. Mais alors, après 3 ans de ronronnement et de soirée à chiller, après que Netflix soit entré très nettement dans le paysage, quel est notre sentiment sur le service ?

Popcorn time payant

Ce qu’on espérait dans nos petits cœurs idéalistes, à vrai dire, c’était de pouvoir payer pour PopCorn Time. Un service où on trouverait tout, films et séries, vite, sur une plateforme ergonomique qui nous laisserait choisir notre qualité d’affichage, notre bande-son, nos sous-titres et l’écran sur lequel on diffuserait nos contenus. Pour cela, c’est clair et net qu’on aurait payé et peut-être même plus que le tarif actuel de Netflix.

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Alors la déconvenue initiale n’a pas manqué. Je me souviens de la première fois où j’ai ouvert Netflix et où je découvrais un mélange de films nuls ou de seconde zone, des séries coupées au milieu comme sur les services français, des dessins animés inintéressants et du contenu Netflix manquant parce que les chaînes françaises n’avaient pas manqué d’acheter les droits. Ajoutez à cela des documentaires que même NRJ 12 ne voudrait pas à 14h un dimanche, et vous avez le cocktail parfait qui m’a fait arrêter mon abonnement juste après le mois d’essai. La sanction du consommateur qui ne trouvait ni les films récents qu’il voulait voir peinard chez lui, ni les séries qu’il aime vraiment.

Et tout cela, c’est parce que Netflix a débarqué en France avec le cul entre deux chaises. Ce n’était ni un bon catalogue comme peut l’être celui d’un service VOD, ni un bon fournisseur de contenu exclusif et pas même un bon outil de recommandation. Je me souviens avoir passé de trop longues soirées sur l’interface à passer de case en case, à regarder des débuts de films nuls que j’arrêtais au bout de 15 minutes — chose que je ne fais habituellement jamais. C’en était d’ailleurs devenu une blague avec des potes : on ne disait plus qu’on allait regarder Netflix, mais qu’on allait faire une soirée « choisir un film sur Netflix ». Pas très chill tout ça.

L’utopie d’un Popcorn Time payant n’existe pas et n’existera pas

Alors on a compris et on a arrêté d’espérer. Non, Popcorn Time payant n’existe pas et n’existera pas, les règles de diffusion d’une œuvre cinématographique étant trop complexes et contraignantes (à tort ou à raison, notez) pour qu’une utopie pareille puisse voir le jour. Mais tout cela ne signifie pas que Netflix a échoué, bien au contraire.

Car si on fait une avance rapide vers septembre 2017 et qu’on zoom sur mon salon grâce à un satellite caméra de la NSA, on doit s’apercevoir que cela fait plus de 2 ans et 8 mois que Netflix est devenu l’élément central de toutes mes soirées à la maison, en alternance ponctuelle avec iTunes pour les films. Par quel miracle ?

Changement de stratégie

Si le Netflix idéalisé n’existe pas, et malgré tous les griefs déjà cités, Netflix a quand même réussi à me garder devant un écran pendant une centaine de soirées et de matinées avec une recette qui n’a rien de révolutionnaire : me donner à regarder du contenu de grande qualité. Alors certes, ce n’est pas toujours excellent.

Netflix n’a plus le label d’excellence qu’il pouvait revendiquer à l’époque où il produisait uniquement un House of Cards. On trouve sur le service de SVoD des daubes sans nom (Marseille), de la téléréalité, des shows insipides, des séries qui n’auront qu’une saison et on comprend pourquoi, du documentaire cheap à mourir, le pire de Marvel… bref, la production Netflix a son lot mensuel de mauvaises choses.

Mais, et c’est peut-être là toute la subtilité de leur ligne éditoriale, Netflix a aussi du bon, du très bon et de l’excellent. Cela a mis un peu de temps avant de se mettre en marche, mais Netflix a réussi à décoder mes attentes en termes de divertissement à la maison. Ne pas me servir du vieux. Ne pas me donner des restes que la télé ne veut pas. Ne pas me donner toujours les mêmes choses à voir (les zombies, les journalistes des années 1950 et les Irlandais avec des capes et des épées). Au contraire, être innovant, inventif, en rupture avec ses habitudes, soutenir la création et accompagner la naissance d’un nouveau genre de cinéma, sur petit écran.

En quelques années, grâce à Netflix, j’ai l’impression d’avoir découvert des choses vraiment mirobolantes sur un petit écran. Des séries comme Master of None, la saison 1 de The Get Down, le controversé 13 Reasons Why, l’indescriptible The OA, l’incroyable Stranger Things, le monument Sense8, sans parler du bizarroïde Pieles, du doux Friends From College, du rigolo The Ranch, du déprimant Bojack, du sublime Okja, de Narcos, de Fargo, de Dear White People, d’Atypical, ou des Orphelins Baudelaire. Chaque mois, depuis 3 ans, Netflix m’a offert un moment de divertissement ou un moment de cinéma. Et la liste pourrait s’allonger avec les acquisitions (Rick & Morty, La vie d’Adèle, Divines…).

Se concentrer dans la production de contenu n’a pas été une erreur : tout ne peut pas être bon, mais il y a forcément quelque chose de bon à un moment ou à un autre. Et la chance d’être un service international permet en plus à Netflix de rentabiliser ses productions partout dans le monde : peut-être que le public japonais n’a pas les mêmes goûts que les abonnés hollandais du service. Qu’importe, il y aura quelque chose de plaisant pour chacun d’entre eux — au beau milieu des séries qui mettent tout le monde d’accord.

Cette stratégie ne va qu’en s’amplifiant : chaque mois, Netflix signe de nouveaux grands noms de la série ou du cinéma pour obtenir des exclusivités sur leurs prochaines productions. D’accord, on va perdre Disney et Marvel, mais on va gagner une série musicale de Damien Chazelle et un western anthologique des frères Coen. Il n’y a pas à tergiverser, rien qu’avec ça, je signe pour un an de plus.

La technologie au service de la vidéo

Contrairement à 2014 où l’offre était bien vide, 2017 est une année pleine pour la SVOD. Aujourd’hui, on peut compter au moins 3 grands services en France : Netflix, OCS qui a tout le catalogue de HBO et Amazon Prime Video qui est tout juste naissant. Les deux concurrents apportent leur lot de surprises et leurs catalogues sont d’une grande qualité. Cela dit, Netflix est déjà très loin au niveau technologique, qu’il s’agisse du backoffice où transitent les vidéos qu’au niveau de l’interface utilisateur.

Si vous n’avez jamais remarqué le travail accompli par Netflix au niveau de la compression des fichiers, réalisée en temps réel parfois simplement sur des portions d’une séquence ou selon le type de contenu à afficher, passez un instant sur un concurrent à Netflix. L’expérience générale sur l’un ou l’autre des services est catastrophique et on attend bien souvent une petite minute avant qu’un épisode soit à la bonne définition dans le bon format pour notre téléviseur… et ne parlons pas de 4K ou de HDR. Netflix, de son côté, est en avance sur tout le monde dans l’hyper haute qualité ou l’hyper compression — capable d’envoyer un flux le moins dégradé possible même sur des petites connexions.

Stranger Things

Même rengaine si l’on s’attarde sur l’interface : imaginez-vous que lancer un film ou une série pouvait être une étape complexe de votre vie de larve de canapé ? Nous non plus, avant d’avoir essayé OCS ou MyCanal, qui ont toutes les deux une ergonomie infernale, vous obligeant à multiplier les actions pour rien. Netflix, de son côté, a tout un tas de caractéristiques qui lui permettent de s’adapter à votre matériel, de retenir la position d’un épisode instantanément pendant la lecture ou encore, de changer les sous-titres et l’audio dans plusieurs combinaisons possibles — quand les concurrents ne proposent souvent qu’une alternative Français / VO sous-titré français. 

Utiliser Netflix, c’est devenir hyper exigeant en termes de confort d’utilisation et le service américain place la barre tellement haut que tous les concurrents semblent issus de la préhistoire du numérique. Il faut bien se rendre compte, par exemple, qu’OCS sur une Android TV ou une Apple TV n’a même pas de fenêtre de connexion et qu’il faut passer par un ordinateur pour l’autoriser depuis un navigateur… on en est là.

Narcos

Bilan

Aujourd’hui, c’est clair et net : personne à la rédaction n’abandonnera son abonnement Netflix en 2018. L’Américain reste le roi de la SVoD et pour la somme que vous payerez tous les mois, vous risquez de passer d’excellents moments.

Cela dit, la concurrence n’est plus à mettre de côté en 2017 : OCS possède le catalogue HBO et une pléthore de films français qui en font un service de choix incontournable et Amazon Prime Vidéo a dans ses rayons l’une des séries les plus bouleversantes de ces dernières années (Transparent). Dès lors, le budget commence à être serré pour qui souhaite profiter de l’offre légale ultime.

On ne peut que regretter que la tendance soit à la dispersion et qu’un Disney ou une Fox cherchent à se lancer dans des aventures qui pourraient être des flops. Parce que pendant que ces grands du divertissement regroupent leur flotte, Netflix prend les devants et signe leurs réalisateurs.

Retrouvez chaque mois sur Numerama le meilleur de la SVOD, nos sélections maison dans les programmes de Netflix, OCS et Amazon Vidéo. 

 

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