La ministre de la culture Fleur Pellerin juge "légitime" de tenir compte de l'évolution des usages des Français en matière de télévision. Une déclaration qui ouvre la voie à une extension de la redevance TV aux autres écrans, au risque d'aller contre une promesse de François Hollande.

L'extension de la redevance audiovisuelle aux autres écrans refait parler d'elle. Lors de son passage dans les studios de RTL, la ministre de la culture Fleur Pellerin a confirmé que l'élargissement de cette contribution aux appareils capables de recevoir la télévision était l'une des deux pistes actuellement considérées par l'exécutif. L'autre principale hypothèse de travail consiste tout simplement à augmenter son montant.

Pour la ministre, il est tout à fait justifié de faire payer ceux qui regardent la télévision uniquement par la tablette, l'ordinateur ou le smartphone. "De plus en plus de concitoyens regardent les services de télévision par Internet et non plus par antenne râteau. Il est légitime de tenir compte de cette évolution des usages pour la collecte de la redevance", avance-t-elle.

Cette mesure, si elle était retenue, serait sans aucun doute accueillie avec satisfaction par France Télévisions. En effet, la nouvelle directrice du groupe audiovisuel, Delphine Ernotte, a expliqué cette semaine dans un entretien au Monde qu'asseoir ce prélèvement uniquement sur le téléviseur alors que les programmes sont vus de plus en plus sur d'autres supports "n'est pas idéal"…

Dans ce domaine, la ligne adoptée par Delphine Ernotte ne dévie pas d'un iota de la position de Rémy Pflimlin – son prédécesseur –, qui a défendu à plusieurs reprises une telle extension. Cela étant, d'autres réflexions existent au cas où cette voie ne serait pas retenue comme la monétisation renforcée des contenus de la chaîne et l'extension de la publicité sur les chaînes mais aussi en ligne.

Mais qu'il s'agisse de l'extension de la redevance audiovisuelle à tous les écrans ou de la hausse de son montant (qui est actuellement de 136 euros en France métropolitaine), le gouvernement se trouverait en porte-à-faux avec la récente promesse de François Hollande sur une baisse des impôts en 2016 en cas de progression de la croissance.

Dans le premier cas, les foyers n'ayant pas de téléviseur auraient désormais à une nouvelle dépense à prendre en compte. Dans le second, ceux ayant déjà un téléviseur – et payant donc la contribution à l'audiovisuel public – devraient payer davantage (même si, dans les faits, la redevance augmente chaque année en suivant plus ou moins l'inflation).

Mais peut-être le gouvernement pense-t-il que la première solution est la plus discrète ? Rappelons toutefois que François Hollande, lors de son discours devant le Conseil supérieur de l'audiovisuel, s'est dit favorable à l'extension à l'élargissement de la redevance audiovisuelle aux autres terminaux capables de recevoir la télévision.

Reste une réalité : le nombre de foyers français possédant au moins un téléviseur est déjà très élevé  (98,3 %, selon une statistique livrée par le syndicat national de la publicité télévisée pour 2013. Faire payer en plus les rares pourcents qui n'ont pas de téléviseur est-t-il vraiment la solution la plus adaptée pour assurer le financement pérenne de la télévision publique ? On peut légitimement en douter.

( photo : CC BY Patrick Janiceck )

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