Tesla a fait savoir que les propriétaires qui opteront pour la conduite autonome n'auront pas le droit de louer ces services en dehors de sa propre plateforme de covoiturage ou de transports à la demande.

À l’avenir, vous ne serez plus tout à fait propriétaire de votre voiture, peu importe combien vous l’achetez. Après avoir annoncé que toutes ses voitures sorties d’usine seraient désormais équipées de tout le nécessaire pour en faire des voitures 100 % autonomes, Tesla a prévenu les acheteurs qu’ils ne pourraient pas faire ce qu’ils veulent de leur voiture, mais qu’ils resteront dépendants des bonnes volontés du constructeur, et des services qu’il lancera.

Ceux qui achètent une Tesla aujourd’hui pourront en effet activer une option « capacité de conduite entièrement autonome », en payant 4 500 € supplémentaires à la commande — une somme à relativiser sachant que l’entrée de gamme de la Model S coûte déjà 76 500 euros en l’achetant comptant. Mais pas question pour les taxis d’imaginer revendre leur licence pour devenir propriétaire d’une voiture autonome lucrative, qui irait chercher et déposer toute seule les clients. Pas question non plus de prendre un inconnu dans sa voiture et de partager la facture d’électricité, d’entretien ou d’autoroute.

Sur son site, Tesla prévient d’ores et déjà que «  l’utilisation de votre voiture en covoiturage ou en trajet à la demande est permise avec vos proches », mais que « en revanche toute activité de ce genre à des fins commerciales ne sera autorisée que sur le réseau Tesla ».

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Il faudra voir si les « fins commerciales » en question sont à comprendre dans un sens subjectif, du point de vue du propriétaire de la voiture, auquel cas l’utilisation d’un BlaBlaCar qui interdit de faire des bénéfices sur les trajets resterait autorisée, mais pas son utilisation dans le cadre d’une activité de VTC sur Uber. Ou s’il faut le comprendre de façon objective, auquel cas l’utilisation de voitures Tesla dans le cadre des activités commerciales de BlaBlaCar lui-même serait interdite. Tesla prévient qu’il livrera « plus d’informations à ce sujet l’an prochain ».

Le réseau Tesla en question est celui par lequel le constructeur entend mettre en œuvre son nouveau Master Plan d’ici les 10 prochaines années. Tesla souhaite que les « propriétaires » puissent mettre à disposition leur véhicule au sein du réseau, et être rémunérés lorsque leur voiture est appelée par quelqu’un qui a besoin de faire une course. La voiture sortirait toute seule de son parking, irait chercher la personne et l’emmènerait à destination avant de revenir se garer, dans le créneau horaire défini par le propriétaire de la Tesla.

S’il détecte qu’un client ne respecte pas son engagement, Tesla pourra désactiver à distance les fonctionnalités du véhicule

Le constructeur veut ainsi faire concurrence à Uber qui envisage le même système avec ses propres voitures autonomes en développement. Mais alors que l’on se doutait que les voitures Uber seraient réservées à Uber, on découvre que les voitures Tesla seront également réservées à Tesla, ce qui relève d’une logique industrielle évidente, mais pose de sérieuses difficultés pour les acheteurs.

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Cela implique en effet que Tesla pourra décider unilatéralement des sommes reversées aux membres de son « réseau Tesla », et que personne ne pourra aller voir ailleurs en cas de contestation. De même si l’utilisation du réseau est trop chère pour les clients et qu’ils préfèrent aller sur Uber (ou plus simplement si les Tesla en circulation ne sont pas suffisantes pour générer l’effet de réseau nécessaire), les propriétaires resteront coincés sans possibilité de mettre leur voiture au service d’un réseau concurrent ou même, au service de leur propre activité libérale sans intermédiaire.

Si Tesla détecte grâce aux données collectées en permanence qu’un client ne respecte pas son engagement et utilise son véhicule sur des trajets gérés par d’autres intermédiaires que lui, le constructeur aura la possibilité de désactiver à distance les fonctionnalités du véhicule.

Juridiquement, la construction du modèle économique de Tesla ne peut toutefois tenir que si les législateurs et les juges estiment que de tels contrats sont légitimes et légaux. Il faudra que ce débat ait lieu, puisqu’il est à craindre que le modèle s’impose dans toute l’industrie, chez tous les constructeurs.

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