Le cœur de métier de Yahoo passe sous l'égide de Verizon, l'un des principaux opérateurs de téléphonie mobile aux USA. Une acquisition qui survient après une série d'échecs et d'occasions manquées par l'entreprise web.

C’est désormais officiel. Yahoo cède son cœur de métier à Verizon pour 4,83 milliards de dollars. Confirmée ce lundi par l’opérateur de téléphonie américain, l’acquisition du portail web était déjà anticipée par tous dès le 22 juillet après la publication d’une dépêche de presse évoquant des négociations exclusives.

De fait, Verizon réalise avec Yahoo sa seconde acquisition d’importance réalisée en moins de deux ans. La première est survenue en mai 2015 avec la prise de contrôle d’AOL pour 4,4 milliards de dollars. Elle signe aussi l’échec de Marissa Mayer à la tête du groupe fondé par Jerry Yang et  David Filo en 1994.

Marissa Mayer Yahoo
La CEO de Yahoo, Marissa Mayer.

La CEO de Yahoo, qui réclamait ce printemps un délai supplémentaire de trois ans pour remettre l’entreprise sur les rails, devrait vraisemblablement quitter le groupe à la fin de l’opération, quand toute l’opération sera bouclée, suppose le New York Times. Un départ qui devrait s’accompagner d’un confortable parachute doré. Marissa Mayer est patronne de Yahoo depuis 2012.

Pour le pionnier du web, l’heure de vérité a donc sonné : son avenir se déroulera dorénavant sous l’égide de Verizon. Sans surprise, son PDG, Lowell McAdam, a fait savoir que les activités de Yahoo seront associées à celles d’AOL, ex-gloire des télécoms, dans une seule et même division.

AOL et Yahoo sont dans le même bateau

Mais il serait pour le moins injuste de faire porter sur les seules épaules de Marissa Mayer l’échec de Yahoo. En réalité, l’entreprise a tout au long de son histoire connu quelques loupés assez mémorables, certains survenant bien avant l’embauche de l’ancienne cadre de Google. Il est certes toujours facile de refaire l’histoire après coup, mais force est de reconnaître que le portail web n’a pas toujours eu le nez creux

Une chronologie de ces opportunités manquées, inspirée par Bugchazer, illustre bien les chemins potentiels que la firme américaine aurait pu emprunter pour le conduire — peut-être — vers un autre destin.

1998 : vision divergente avec Google

Google vient de naître dans un garage californien. Après un certain temps, Larry Page et Sergueï Brin cherchent à vendre leur technologie à différents moteurs de recherche déjà établis, dont Yahoo. Le montant évoqué pour la vente est alors d’environ un millions de dollars, mais Yahoo refuse parce que son approche est radicalement différente de celle suivie par les deux informaticiens.

« Le moteur de recherche de Google a été conçu pour donner aux gens des réponses rapides à leurs questions en les envoyant rapidement sur le site Web le plus pertinent. Les répertoires de Yahoo étaient pensés pour répondre à la fois aux questions des internautes et pour les garder sur le site Yahoo, dans lequel ils pouvaient acheter, voir des publicités, lire leurs mails, jouer à des jeux et dépenser du temps et de l’argent », raconte David A. Vise dans son livre sur l’histoire de Google.

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1999 : achat de GeoCities

Yahoo fait sensation en dépensant 3,57 milliards de dollars pour s’offrir GeoCities. Manque de chance, le portail web ne réussit pas à transformer le service d’hébergement gratuit à sa guise : la monétisation ne vient pas. Dans ces conditions, le portail web décide de procéder à la fermeture de la plateforme pratiquement partout dans le monde en 2009, hormis au Japon qui bénéficie d’un traitement de faveur.

2002 : des milliards pour Google

Quatre ans ont passé depuis 1998 et Google est devenu un acteur qui compte sur le web. Du côté de Yahoo, on commence à se rendre compte de l’erreur qui a été faite à l’époque et des contacts ont lieu entre les deux groupes : le PDG de Yahoo met sur la table 3 milliards de dollars pour acquérir Google. Les discussions finissent par évoquer un montant plus important, de l’ordre de 5 milliards. Yahoo trouve ça excessif.

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2004 : fâcherie autour d’Overture

En 2003, Yahoo achète Overture, un spécialiste des liens contextuels. Sauf qu’un an avant, Overture lance une action en justice contre Google.  La plainte reprochait à la firme de Mountain View d’avoir mis en place un système de vente de contenus contextuels à côté des résultats web (AdWords) qui violait le savoir-faire d’Overture. Un terrain d’entente a été trouvé en 2004, et Google en a largement profité. Pas Yahoo.

2006 : YouTube et le droit d’auteur

L’année de YouTube. Google, Microsoft et Yahoo sont sur les rangs pour acquérir le service d’hébergement de vidéos, qui est en plein essor. C’est Google qui remporte la mise, pour 1,65 milliard de dollars. Yahoo, lui, voulait des garanties sur la façon dont YouTube traiterait les problèmes de droits d’auteur, « des problèmes qui n’étaient aussi important aux yeux de Google ». L’affaire lui passe sous le nez.

2008 : Microsoft entre dans la danse

Menacé par la croissance de Google et incapable de rivaliser avec lui, Microsoft décide de sortir l’artillerie lourde pour préserver son avance. La firme alors dirigée par Steve Ballmer profite des difficultés de Yahoo pour lancer une OPA de 44,6 milliards de dollars. Dix jours plus tard, le conseil d’administration de Yahoo refuse l’offre de rachat par Microsoft, la jugeant insuffisante.

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2013 : Tumblr et les jeunes

Soucieux de dynamiser et de rajeunir son audience, Yahoo rachète Tumblr pour 1,1 milliard de dollars avec la promesse de ne pas foirer les choses. Le pari du portail web rate : le site est surévalué et l’entreprise ne parvient pas à le valoriser. Résultat des courses, Tumblr est saccagé. La valeur du service n’est plus que de 290 millions de dollars ; la faute à une série de dépréciations qui l’ont affecté.

2016 : Verizon siffle la fin de la récré

Le pionnier du web est acheté par Verizon pour 4,86 milliards de dollars. Le cœur de métier de l’entreprise sera rapproché d’AOL, une autre ex-gloire des années 90 et 2000 acquise l’an dernier par l’entreprise de télécommunication, dans une seule et même division.

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