Bill Gates résume bien les soucis actuels de la voiture électrique, même si elle permettra selon lui de résoudre bien des problèmes environnementaux. Mais le fait qu'il roule en Taycan ne plaît pas à Elon Musk.

Dans un entretien accordé au YouTubeur américain MKBHD pour parler de la tech en 2020, Bill Gates a passé de longues minutes à discuter des véhicules électriques. Comme à chaque fois que le fondateur de Microsoft prend la parole ces dernières années, les propos sont mesurés et plutôt clairvoyants. Avoir été un pionnier du monde d’aujourd’hui et passer des années ensuite à construire le monde de demain fait prendre de la hauteur. L’extrait commence à 4 minutes et 30 secondes.

Des images de la Taycan 4S // Source : Porsche

Les soucis de la voiture électrique, selon Gates

Bill Gates conclut cette séquence en affirmant que la voiture électrique est pour lui l’option qui lui donne le plus d’espoir pour préparer un futur propre pour nos déplacements — en creux, il disqualifie les autres manières de rouler dans des véhicules à quatre roues. Pourtant, en Américain, Gates pointe du doigt l’un des problèmes qui entre toujours dans les discussions autour de la voiture électrique : l’autonomie. Aujourd’hui, Tesla possède tous les records grand public et les modèles « Grande Autonomie » peuvent théoriquement encaisser plus de 500 km en une charge — un peu moins en pratique.

Mais pour une personne roulant aux États-Unis, c’est encore faible : les distances sont incomparables avec celles que l’on connaît en Europe et, entre les villes, les kilomètres se multiplient. Le road trip, somme toute mineur, que nous faisons de Los Angeles à Las Vegas quand nous couvrons le CES nous le rappelle : l’autoroute américaine est longue, droite et ne croise que rarement des petites villes.

Dans ces conditions, on comprend la deuxième critique du milliardaire : recharger une voiture électrique est trop long. Pointant du doigt la « densité  » de carburant de l’essence, bien supérieure à celle des batteries au lithium-ion, Gates affirme que nous ne sommes pas encore arrivés au moment où la recharge est transparente pour l’utilisateur. Nos différents essais de véhicules électriques, Tesla compris, nous font abonder en ce sens : pour les longs trajets, il faut prendre de longues pauses. Et sur ce sujet Tesla a pris une sérieuse avance avec ses Superchargeurs, qui proposent une charge rapide et sont installés dans des lieux où l’on peut prendre un café en attendant.

La Taycan de la discorde

Ce n’est pourtant pas une Tesla que Gates a choisi pour sa première voiture électrique. « J’ai récemment acheté une Taycan, c’est une voiture électrique plutôt cool  », lance-t-il dans l’interview. La sportive de Porsche n’est pas connue pour tenir longtemps la route, l’Allemand ayant misé sur les performances afin de satisfaire ses clients amateurs de sensations au volant. La version Turbo ne dépasse même pas les 320 km d’autonomie selon les tests de L’Environmental Protection Agency américaine.

Interrogé sur l’avenir de ces véhicules onéreux, Gates formule une dernière critique : la voiture électrique, pour lui, doit être plus accessible si elle veut définitivement remplacer la voiture thermique. C’est encore une critique juste, dans la mesure où le marché se constitue aujourd’hui autour de modèles premium et d’énormes SUV complètement inadaptés aux villes. Quand on ne parle pas de pickups.

Évidemment, le choix d’une voiture allemande a été pris pour un camouflet par Elon Musk, qui ne rate jamais une occasion d’ouvrir Twitter.  À ce musketeer qui lui montre l’interview dépité, le fondateur de Tesla répond : « Toutes mes conversations avec Gates ont été décevantes, pour être honnête  ». Sans réponse sur le fond, Musk préfère attaquer l’intelligence de Gates, quand bien même ce dernier a reconnu dès ses premières phrases que le marché de la voiture électrique ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans Tesla.

Crédit photo de la une : Porsche

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