Alors que les lycéens s’apprêtent à plancher sur le bac de philo, j’ai moi aussi une question quasi métaphysique à soumettre : comment définir une bonne voiture électrique ? Je pourrais vous dire que vous avez trois heures pour répondre au sujet. En tout cas, même en suivant le plan thèse, antithèse, synthèse, la tâche est considérable.
Au moment de l’écriture de cet édito, je suis entre deux sessions d’essai pour les eTrophées de l’Association des Médias Auto et Moto. Pendant deux jours, 28 voitures vont passer entre mes mains et celles de 27 confrères. C’est le speed dating de la voiture électrifiée. J’ai quelques minutes au volant pour me forger une première opinion. Verdict immédiat, sans appel possible. De l’Alpine A390 à la Zeekr 7X, celles qui séduiront le plus de journalistes remporteront un prix.

Quels sont les critères cruciaux ?
Le coup de cœur pour une voiture se joue d’abord sur ses lignes extérieures. La plus parfaite des fiches techniques ne compensera jamais un design mal né. Certaines marques en savent quelque chose. N’est-ce pas, Ferrari ? Il en va de même pour la perception de l’intérieur. Finalement, cette notion de goût personnel s’invite sur tous les critères.

Alors qu’avec d’autres jurys, on critiquait le châssis de certains véhicules chinois sur les petites routes, déjà les avis divergeaient sur la perception du modèle. Chacun, avec son passif et ses attentes, juge le confort, la consommation, la tenue de route… et il y a autant d’avis que de personnes. Et le client final est souvent d’autant plus éloigné de nos considérations.
Il y en va de même si l’on tente de hiérarchiser les critères : est-ce que l’autonomie doit primer sur le confort ? Une voiture puissante vaut-elle mieux qu’un modèle efficient ? Une consommation plus élevée peut-elle être pardonnée par un bon toucher de route ou des aides à la conduite réellement abouties ? Vaut-il mieux une recharge rapide ou une plus grande autonomie ? Il n’y a aucune certitude universelle. Chaque critère sera pondéré par chacun, pour coller à son image de la voiture idéale. Ce qui peut d’ailleurs mener à des débats stériles.
La fiche technique ne fait pas tout
Sur le papier, on observe que certains modèles ont tout pour plaire. Pourtant, tant que l’on n’a pas pu les tester, cela reste la roulette russe, car au-delà des données de la fiche technique ou du prix, il y a tout un monde. J’admire d’ailleurs ceux qui précommandent des véhicules à l’aveugle en ne se basant que sur des données théoriques. Il y a quand même un risque que le véhicule déçoive une fois livré.
Une anecdote vécue lors des essais d’hier l’illustre parfaitement. Sur le papier, la MG4 Urban offre un excellent compromis : rapportées au prix, ses caractéristiques techniques en font un choix particulièrement cohérent. Pourtant, après quelques minutes de route, un détail me gêne vraiment. Et celui-là ne figure dans aucune fiche technique.

La position de la ceinture de sécurité, ainsi que sa forme, me meurtrit la hanche une fois attachée. Disons-le franchement : j’ai des hanches généreuses et le siège de ce modèle est particulièrement étroit, guère plus accueillant que certains sièges baquet.
Est-ce que cela suffit à disqualifier la MG4 Urban ? Probablement pas. Est-ce que cela suffit à me donner envie de sortir de la voiture au bout de vingt minutes ? Beaucoup plus. Une voiture peut cocher toutes les bonnes cases sur le papier et malgré tout ne pas convenir à certains conducteurs pour des raisons triviales.
Une question finalement sans réponse
De bonnes caractéristiques, un bon tarif et même un bon développement du véhicule ne font donc pas tout. L’appréciation d’une voiture me semble être encore plus personnelle que celle d’un smartphone.
Plutôt que de chercher à définir la meilleure voiture électrique, la vraie question est peut-être de savoir s’il existe encore de mauvaises voitures électriques. Il y a toujours quelques modèles qui ne brillent aux performances, à la fiabilité et aux caractéristiques plus modestes. Ces voitures se font quand même de plus en plus rares.

Il y a en revanche une question à laquelle je n’ai jamais réussi à répondre : quelle est ma voiture électrique préférée ? Je suis incapable de n’en retenir qu’une seule. Non pas parce que je les aime toutes, loin de là. Mais parce que la voiture électrique parfaite est une licorne. Il n’existe que des voitures plus ou moins adaptées à chacun d’entre nous. Et c’est sans doute ce qui rend cette question si difficile à trancher.
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