La voiture électrique progresse. Ce qui vacille, en revanche, c’est la crédibilité de ceux qui ont promis d’aller trop vite. Après avoir annoncé des objectifs inatégnables pour passer leur gamme au 100 % électrique, plusieurs constructeurs rétropédalent sans surprise. Un comportement que je souhaitais épingler dans l’édito Watt Else du 19 février 2026.

Vous vous souvenez de la période 2021-2023 ? C’était la foire à l’annonce. À celui qui crierait le plus fort : « Moi, je serai 100 % électrique en 2030 ! », « Et moi en 2028 ! ». Il fallait rassurer investisseurs et régulateurs, promettre une transition maîtrisée, presque facile, à coups de milliards savamment redirigés. 

Naïvement, j’avais envie de croire à cette transe collective. C’était pourtant écrit que le mur arriverait bien trop vite. On ne transforme pas une industrie centenaire en un coup de baguette magique. Aujourd’hui, le réveil pique : la demande ne suivrait pas. Alors les mêmes qui jouaient de la flûte rétropédalent aujourd’hui. « Ce n’est pas nous, c’est le marché », « les infrastructures », « les subventions » (excuses interchangeables).

Stellantis - Carlos Tavares vs Antonio Filosa // Source : Montage Numerama
Stellantis – Carlos Tavares vs Antonio Filosa – deux visions de la transition électrique // Source : Montage Numerama

Quand le moteur de l’ambition cale

La bascule vers l’électrique ne pouvait pas suivre le calendrier annoncé. Le renouvellement du parc européen prend largement plus d’une décennie. Les capacités industrielles ne se redimensionnent pas en deux exercices comptables. Les chaînes d’approvisionnement en batteries se sécurisent sur des années. Et surtout, l’expérience dans l’électrique ne s’acquiert pas en lisant les brevets open source de Tesla. 

Tout ça est un peu à l’image d’un sportif du dimanche qui s’achète la panoplie complète en carbone, s’inscrit à l’Ironman (triathlon de l’extrême) et abandonne au bout du premier kilomètre à cause d’un point de côté. L’annonce était présomptueuse avec une préparation aux abonnés absents.

Fixer des échéances spectaculaires sans que l’offre, l’outil industriel et la maturité produit soient alignés, c’était s’exposer au retour de bâton. Quels stratèges ont pu croire que transformer une marque sportive (autant Abarth qu’Alpine ou Lotus) en 100 % électrique en 5 ans se ferait sans passer par une véritable épreuve de rodéo ? 

L'Alpine A290 à l'essai. // Source : Robin San Vicente pour Numerama
Même si Alpine fait 10 000 immatriculations en 2025, sa transition vers le 100 % électrique est menacée // Source : Robin San Vicente pour Numerama

La courbe ne pouvait pas être exponentielle sur un marché aussi lourd que l’automobile. D’autant plus quand les premiers modèles électriques ont parfois été pensés pour préserver les marges, davantage que pour satisfaire les besoins des clients. Pendant ce temps-là, Tesla avançait sans réelle concurrence.

Du grain à moudre pour les opposants 

On ne peut pas promettre une révolution industrielle en conférence de presse, puis expliquer quelques années plus tard que le public n’était pas prêt. Quelle crédibilité reste-t-il dans ces conditions ? Plusieurs de ces constructeurs n’ont pas joué le jeu. Qui voulez-vous convaincre avec des modèles aux performances moyennes dont les prix sont compris entre 45 000 € et 100 000 € ? 

Salon IAA 2019 de Francfort avec le lancement de la Volkswagen ID.3 // Source : Raphaelle Baut
Lancement de la Volkswagen ID.3 et de pleins de projets électriques au salon IAA 2019 de Francfort // Source : Raphaelle Baut

Et au moment où arrivent enfin des modèles plus cohérents, plus accessibles, le discours devient hésitant. On souffle le chaud et le froid. Résultat : les clients doutent. Et dans l’automobile, le doute est paralysant. On ne parle pas d’acheter un simple smartphone.

J’en veux à ces groupes — Stellantis, Mercedes, Volkswagen, Ford pour ne citer qu’eux — qui ont promis la lune au lieu de construire une trajectoire crédible. Il aurait fallu moins d’effets d’annonce, davantage de travail industriel patient, à l’image de cette concurrence chinoise tant redoutée. Car chaque renoncement, chaque objectif 100 % électrique abandonné, alimente le récit des opposants : « Vous voyez, même eux n’y croient plus. » Il y avait déjà un cap clair fixé à 2035 au niveau européen. C’était ambitieux. Suffisamment ambitieux pour ne pas avoir besoin de surenchérir. Le vrai poison, c’est l’inconstance du discours.

Aucune pédagogie

Pendant des années, on a traité l’utilisateur comme une variable d’ajustement. On lui expliquait que ce serait obligatoire. Rarement pourquoi ce serait pertinent. Encore plus rarement pourquoi ce pourrait être agréable. 

On a vendu des promesses technologiques sans répondre aux angoisses très concrètes : le prix, la recharge au quotidien, la fiabilité dans le temps. Et sur le terrain, la pédagogie reste fragile. Entrez aujourd’hui dans une concession au hasard : il est encore possible d’être mal conseillé sur l’électrique. Ce n’est plus acceptable. La transition de cette ampleur ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se finance. Elle s’explique. Elle se rend désirable.

Concession Renault // Source : Renault
Les concessions Renault sont parmi les plus au point sur l’électrique // Source : Renault

La bonne nouvelle, c’est que la trajectoire vers l’électrification n’est pas remise en cause. Elle sera simplement plus progressive, plus complexe, plus nuancée que ce que certaines communications trop optimistes laissaient entendre. La voiture électrique progresse dans le monde, et ce n’est pas près de s’arrêter, n’en déplaise à certains.

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