Stellantis affirme que les véhicules électriques n’auraient pas de demande hors subventions et que leur vente générerait des pertes. Un discours rodé qui évite surtout de poser la question la plus gênante : celle de la responsabilité du groupe dans ses propres difficultés actuelles.

Dans une interview accordée aux Échos le 15 janvier 2026, Emanuele Cappellano, responsable de l’Europe élargie chez Stellantis, explique que la voiture électrique ne se vendrait qu’à coups de subventions ou « en brûlant le cash » des constructeurs, ce qui menace leur activité. Le groupe veut amener la Commission européenne à revoir ses ambitions sur la voiture électrique.  

Selon lui, augmenter la part de l’électrique ne ferait qu’aggraver les pertes des constructeurs et menacerait l’avenir des constructeurs européens. Le diagnostic est sévère. Cependant, à aucun moment, la stratégie même de Stellantis n’est remise en question. Pourtant, c’est la base du problème.

« Pas de demande naturelle » : un raccourci trompeur

L’affirmation sur l’absence de « demande naturelle » n’est pas entièrement inexacte. La demande de la voiture électrique a bien percé dans les différents pays du monde grâce à des politiques incitatives, de la Chine à l’Éthiopie en passant par l’Europe ou les États-Unis. Afin de mettre le pied à l’étrier pour cette technologie moins polluante, il fallait donner une impulsion. Mais l’avenir de l’électrique n’est pas conditionné aux aides, peu importe la forme qu’elles prennent.

Immatriculation : part des VE chez Stellantis // Source : Raphaelle Baut - données AAA Data
Immatriculation : part des VE chez Stellantis. // Source : Raphaëlle Baut – données AAA Data

Affirmer que la demande ne repose que sur les subventions est faux. Du moins, cela n’est peut-être vrai que pour les modèles de Stellantis, qui ont besoin de ces subventions pour être attractifs aux yeux des clients. Tesla aurait échoué depuis longtemps si la demande ne reposait que sur le subventionnement, or ce n’est pas le cas.

Le marché automobile est historiquement façonné par différents critères : le prix, la fiscalité, les normes, le coût d’usage et l’offre produit. Le thermique lui-même (notamment le diesel) a longtemps prospéré grâce à des avantages fiscaux massifs sur les carburants, des normes laxistes sur les émissions et des investissements publics dans les infrastructures routières. Pointer aujourd’hui les subventions au véhicule électrique sans rappeler ce contexte relève plutôt d’un discours politique, quasi populiste.

Par ailleurs, confondre absence de demande et rejet d’une offre précise est une erreur classique. Les consommateurs achètent un modèle, à un prix donné, avec un compromis donné. Si l’offre est chère, peu efficiente ou mal positionnée, la demande ne se matérialise pas, que le modèle soit électrique ou non. Ce n’est pas un rejet technologique, c’est un arbitrage rationnel. La Renault 5 e-tech est un parfait exemple du fait qu’il est possible de réussir à faire une voiture électrique désirable.

Vendre à perte : une fatalité ou un choix stratégique ?

« Les contraintes réglementaires et fiscales obligent les constructeurs à fixer le prix des véhicules électriques avec une marge négative », a également indiqué Emanuele Cappellano. De nombreux constructeurs ont vendu — et vendent encore — certains modèles électriques avec des marges faibles, voire négatives. Cela n’a rien d’exceptionnel dans l’histoire de l’automobile. Les phases de transition technologique s’accompagnent toujours d’investissements lourds qui peuvent menacer l’équilibre financier des constructeurs.

Production des Peugeot e-3008 à Sochaux  // Source : extrait Youtube 100 bornes
Production des Peugeot e-3008 à Sochaux. // Source : extrait Youtube 100 bornes

Stellantis semble soudainement oublier que les freinages et autres rétropédalages sont encore plus coûteux. Les tergiversations du groupe sur l’électrique et le pricing power sont deux boulets que le groupe automobile traîne encore. Et la stratégie de plateformes multi-énergie, revendiquée pour limiter les coûts, est certainement ce qui lui a porté le plus préjudice : ses modèles sont souvent perçus comme des adaptations contraintes, plutôt que comme des véhicules conçus autour du VE. Au moment du choix, et face à une concurrence plus audacieuse, les modèles électriques de Stellantis perdent la bataille, lorsque les subventions et autres remises ne les remettent pas dans la course. Les chiffres de 2025 montrent en effet le net recul des ventes d’électriques face aux versions thermiques ou hybrides chez Stellantis, ce qui va à l’inverse de la tendance du marché (français comme européen).

Réglementation européenne : contrainte réelle ou excuse pratique ?

La réglementation européenne est exigeante, mais elle est la même pour tous. Renault, Volkswagen ou BMW font les efforts pour réussir leur transition, même si comme les autres, ils auraient préféré que rien ne change. De son côté, Stellantis a décidé de baisser les bras, voire bouder dans son coin, privilégiant maintenant le marché américain, plus simple à reconquérir, à celui européen.

En affirmant qu’il n’existe pas de demande naturelle pour le véhicule électrique, Stellantis continue de déplacer le débat. Le problème n’est pas que les clients refusent l’électrique. Le problème est que l’offre électrique du groupe peine encore à convaincre. Elle ne fait surtout pas rêver, or, la voiture reste toujours un achat coup de cœur pour les particuliers. En lançant une gamme plus abordable, Stellantis avait un potentiel énorme, une occasion gâchée par des modèles inachevés lancés sur le marché trop rapidement, de quoi ternir durablement la réputation des marques (déjà attaquée par les airbags Takata ou le scandale PureTech).

Citroën e-c3 et c3 lors des essais du modèle // Source : Raphaelle Baut pour numerama
Citroën e-c3 a vacciné plus d’un propriétaire à cause de ses nombreux bugs. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Accuser les subventions, la réglementation ou l’Europe permet de gagner du temps. Mais cela n’explique pas pourquoi, face aux mêmes contraintes, certains constructeurs avancent pendant que Stellantis recule. Une petite remise en question ne ferait vraiment pas de mal, mais la nouvelle direction du groupe semble dire que le problème, ce sont les autres, pas eux. Le déni n’arrange pourtant jamais les choses.

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