« Ils n’ont pas les moyens d’acheter une voiture d’occasion récente ? Qu’ils roulent en électrique neuve ! » : c’est l’étrange logique du gouvernement français. De quoi inspirer l’édito de la newsletter Watt Else du 26 février.

Malgré les croyances de nos dirigeants, le marché automobile tient sur deux piliers : le neuf et l’occasion. Or, à force de concentrer les bonus écologiques et le leasing social sur les seuls véhicules électriques neufs, l’équilibre se fragilise. Un marché qui n’avance que sur une jambe finit toujours par boiter. Il devient urgent de ne pas laisser de côté l’électrique d’occasion, qui a un rôle déterminant à jouer dans la transition.

Je les imagine bien, nos ministres avec une moue dubitative, comme si la voiture électrique d’occasion n’était pas aussi prestigieuse que celle qui sent encore l’odeur du plastique fraîchement sorti d’usine (de préférence européenne). Les VO, comme on les appelle, ne font pas les gros titres avec des records de ventes, ne permettent pas d’annoncer des créations d’emplois industriels, et servent moins efficacement la communication politique. Pourtant, cette catégorie invisibilisée de véhicules pourrait déplacer des montagnes pour faire changer les mentalités sur l’électrique. À condition de lui donner un minimum d’attention.

À quand des aides sur les électriques de seconde main ? 

Dans une lettre ouverte à la ministre de la Transition écologique, Vincent Salimon, directeur du groupe BMW France, a proposé plusieurs pistes pour accélérer l’électrification du parc. Parmi elles : « Fluidifiez le 100 % électrique d’occasion par un bonus financé via une baisse partielle du bonus sur le véhicule neuf, lancez un leasing social sur le véhicule d’occasion. » Deux mesures qui, à mes yeux, méritent d’être prises au sérieux.

La Renault Zoé n'a jamais été produite en Roumanie // Source : DR
La Renault Zoé encore prisée d’occasion // Source : DR

Depuis les premières annonces d’Emmanuel Macron sur ce qui deviendra le leasing social, une question me taraude : depuis quand les ménages modestes roulent-ils en voiture neuve ? En dehors de rares exceptions historiques comme la 2CV ou la Logan — des achats rationnels pensés pour durer —, la réalité du parc français (hors entreprises) est celle de la seconde main pour beaucoup de Français, dont je fais partie. D’où vient cette lubie de pousser des ménages précaires à adopter une voiture électrique rutilante pour 3 ans ?

Que près de 100 000 personnes en bénéficient aujourd’hui est une bonne nouvelle. Mais faut-il vraiment reconduire un mécanisme coûteux et complexe, alors que le marché de l’occasion électrique manque cruellement d’un signal public fort pour décoller ?

Vouloir convertir la France à la voiture électrique en ne jurant que par le neuf, c’est un peu comme exiger de tous qu’ils s’habillent en haute couture pour sauver l’industrie textile. Une prime à la conversion orientée vers l’électrique d’occasion, ou un bonus dédié à ce segment, constituerait sans doute un levier bien plus efficace pour structurer durablement le marché.

Quand le déclic coince  

Alors qu’une majorité de clients passent désormais par le leasing pour leur véhicule électrique neuf, sans intention d’acheter le véhicule à la fin du contrat, le marché de l’occasion doit absorber ce flux entrant. Si ces voitures ne trouvent pas preneur, c’est tout l’équilibre du système qui vacille. La passerelle entre le neuf et la seconde main est devenue stratégique. 

Essai de la Citroën ë-C3 // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Les retours de leasing des Citroën ë-C3 risquent de poser problèmes // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Le retour des premiers véhicules issus du leasing social va d’ailleurs constituer un test grandeur nature. Il faudra des acheteurs en nombre prêts à reprendre, à l’achat ou en location, ces modèles d’entrée de gamme affichant plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. 

Les offres attractives de leasing ne tiennent que si les valeurs résiduelles résistent. Or, pour éviter l’accumulation de stock, les prix baissent parfois plus vite sur l’électrique, fragilisé par les doutes persistants sur la durée de vie des batteries (à tort). Si la cote chute, c’est toute l’équation financière du neuf qui se tend. 

Le marché de l’occasion électrique existe. Il souffre surtout d’un déficit de confiance : transparence sur l’état de santé des batteries (plus important que le kilométrage), visibilité sur l’obsolescence logicielle, lisibilité des garanties. Tous les acheteurs ne recherchent pas le modèle dernier cri pour leurs trajets du quotidien, mais ils ont besoin d’être rassurés pour franchir le pas. 

Un soutien public ciblé sur l’occasion électrique pourrait jouer ce rôle d’accélérateur, notamment si des aides à l’achat lisibles et concrètes apportent ce coup de pouce bienvenu. Sans second marché solide, la transition restera bancale.

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