Le patron de Ford a dévoilé qu’une petite équipe travaille depuis deux ans à l’écart de l’entreprise pour créer la nouvelle génération de voitures électriques. Des modèles à bas prix qui devraient relancer le constructeur américain.

« Nous avons fait le pari du silence il y a deux ans » a lancé le patron de Ford, Jim Farley, lors de la conférence aux investisseurs du 6 février. Alors que de nombreux constructeurs s’expriment assez librement sur les innovations et la manière dont ils vont les intégrer à leur plan produit, Ford s’est en effet montré particulièrement discret sur les projets de la marque. Une position qui pouvait inquiéter les investisseurs qui naviguaient un peu à vue sur les développements de la voiture électrique chez le géant américain.

Jim Farley voulait cacher son jeu à ses principaux concurrents, c’est apparemment réussi. Même avec l’annonce officielle de ce 6 février, le projet reste flou et aucun calendrier officiel ne permet réellement de savoir quand cette nouvelle génération de véhicule va voir le jour.

Que réservent ces véhicules de nouvelle génération ?  

Le patron de Ford, Jim Farley, n’a finalement que teasé ce que seront les véhicules « gen 2 » comme ils les ont appelés lors de la conférence. Cela reste particulièrement vague, mais suffisamment intriguant pour capter l’attention des investisseurs et des médias.

Ford véhicules électriques de première génération // Source : Ford
Ford véhicules électriques de première génération // Source : Ford

Ford va mettre de côté les gros véhicules électriques (pickups et camionnettes) pour les réserver qu’à des marchés spécifiques. La marque va se concentrer à créer des voitures électriques plus petites et plus abordables : « Ces produits auront une efficacité révolutionnaire par rapport à nos produits de la génération 1, et ils seront dotés d’innovations que les clients seront ravis de payer. »

« Nous avons mis sur pied une équipe de super techniciens très talentueux pour créer une plateforme de VE à bas prix » a précisé Jim Farley avec fierté. L’idée était que cette petite équipe de mercenaires de la voiture électrique soit composée des meilleurs ingénieurs au monde. Cette équipe ainsi constituée, elle a travaillé indépendamment du reste des équipes de Ford dédiées à la voiture électrique. Une sorte de startup indépendante qui doit révolutionner la manière de concevoir les véhicules chez Ford. Bien loin des habitudes des constructeurs historiques qui s’appuient sur plusieurs décennies de développements automobiles et ont du mal à sortir des schémas classiques.

Ford a en fait choisi de s’attaquer à la fabrication des voitures électriques en suivant les principes que maitrisent Tesla et les marques chinoises pour optimiser les coûts de fabrication. D’une page blanche, l’équipe a dû créer une nouvelle plateforme flexible qui sera déployée sur plusieurs types de véhicules et centrée sur la partie logicielle. Jim Farley a bien retenu la leçon infligée par la première génération de modèles électriques : « Toutes nos équipes EV se concentrent impitoyablement sur le coût et l’efficacité de nos produits EV, car la concurrence ultime sera celle de la Tesla abordable et des équipementiers chinois. »

Une première génération de véhicules électriques peu rentables

Les équipes dirigeantes de Ford le reconnaissent, des erreurs ont été faites pour lancer premiers véhicules électriques de la marque. Le directeur financier l’avoue sans détours : « Nous les avons mis sur le marché très rapidement et ils ne sont pas optimisés du point de vue des coûts ». Ford le paye au prix fort avec des revenus qui se sont effondrés en même temps que la demande et une concurrence accrue sur les prix.

Ford Explorer au salon de Lyon // Source : Raphaelle Baut
Ford Explorer au salon de Lyon // Source : Raphaelle Baut

Ford a aussi souffert de difficultés d’approvisionnement pour répondre à la demande. C’est ce qui devrait changer en 2024 : une année pleine, avec des capacités de production qui peuvent suivre la cadence, et un nouveau modèle, l’Explorer, prévu au second semestre en Europe.

Pour améliorer la rentabilité, les Ford Mustang Mach-e et le F-150 Lightening ont été améliorés depuis leur lancement pour faire baisser progressivement le nombre de pièces nécessaires et donc jouer sur les coûts de production et les marges. Ces véhicules électriques de première génération ont permis à Ford de prendre conscience des défis que cette nouvelle technologie allait impliquer pour l’industrie automobile traditionnelle.

Ford F-150 Lightning // Source : Raphaelle Baut
Ford F-150 Lightning et Mustang Mach-e en essai // Source : Raphaelle Baut

La deuxième génération sera lancée lorsqu’elle sera rentable

Les équipes de Ford ont appris de leurs erreurs. Ils ont décidé que la seconde génération (« gen 2 » ) ne sera lancée « que lorsqu’elle pourra être rentable et offrir le type de rendement que nous voulons. »

Par ce biais, le constructeur historique veut rassurer les investisseurs que sa branche dédiée à la mobilité électrique sera une activité « autonome et rentable ».  Ford est le premier constructeur à avoir fait le choix de découper en 3 filiales distinctes ses opérations, avec d’un côté l’activité historique, de l’autre les développements des véhicules électriques, et au milieu la branche dédiée aux pros. Renault a depuis adopté une stratégie assez similaire avec la création d’Ampère pour développer la branche électrique et logicielle.

Il n’en reste pas moins que le calendrier du constructeur américain est un peu flou, et le responsable de la branche électrique n’a pas souhaité confirmer une arrivée des modèles en 2026. Espérons que Ford ne loupe pas un coche important en voulant trop prendre son temps à rentabiliser l’activité. Les autres constructeurs avancent, eux aussi, particulièrement rapidement, notamment du côté de la Chine. Un pays qui a par ailleurs beaucoup impressionné Jim Farley et son directeur financier, assez pour qu’ils lâchent un « holy cow ! » en décrivant ce qu’ils y ont observé.


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