Comment Facebook a-t-il géré l'afflux de fake news sur le Covid-19 ? Le Wall Street Journal a enquêté sur les pratiques du réseau social, qui a multiplié les initiatives. Mais elles n'ont pas été suffisantes.

On le sait depuis quelques années, Facebook est l’un des réseaux sociaux où les « fake news », s’échangent le plus. Et, depuis le début de l’année 2020 et la pandémie de Covid-19, les fausses informations au sujet du coronavirus et des vaccins ont envahi la plateforme. Les équipes de Facebook ont, dès le début de l’épidémie, essayé de limiter la propagation des fake news. Mark Zuckerberg a même publié sur son compte Facebook personnel un message, expliquant que la plateforme s’engageait à aider ses utilisateurs a avoir accès à des informations fiables sur le Covid-19 et les vaccins. «  Nous avons déjà permis à 2 milliards de personnes d’avoir accès à des informations de qualité sur le Covid-19 », écrivait-il en mars.

Mais les efforts de Facebook pour limiter les fausses informations n’ont pas été suffisants, comme le montre le Wall Street Journal. Le journal américain a pu avoir accès à de très nombreux documents et mémo internes, et en a tiré une série d’enquête, les Facebook Files.

Le Wall Street Journal a ainsi révélé que les célébrités de la plateforme n’étaient pas soumises aux mêmes règles de modérations, qu’Instagram savait que ses utilisateurs souffraient à cause de leur plateforme, ou encore que Facebook avait favorisé les contenus violents afin de générer de l’engagement. Dans une nouvelle enquête, dédiée au nombre impressionnant de fake news sur le Covid qui ont circulé sur Facebook depuis le début de la pandémie, le journal montre que la création de Mark Zuckerberg lui a échappé.

Une vraie volonté de modération

Il serait faux de dire que rien n’a été fait pour lutter contre les fake news portant sur le Covid-19. Le Wall Street Journal souligne que Mark Zuckerberg est personnellement impliqué dans l’accès aux vaccins et aux soins de santé. Et, si le CEO a parfois hésité un long moment à bannir certains types de contenus sur sa plateforme — comme les groupes QAnons, qui n’ont été supprimés qu’en octobre 2020 — il a dès le début montré son soutien aux vaccins. La protection des campagnes de vaccination a même été décrite comme l’une des «  top priorités » de Facebook, explique le Wall Street Journal.

L’app Facebook // Source : Joshua Hoehne / Unsplash

Les premières mesures prises par le réseau social furent donc de supprimer immédiatement les publications promouvant de fausses informations sur le Covid, et sur les vaccins. Des mesures ont également été prises pour limiter la viralité des publications les plus dangereuses, mais sans beaucoup d’effet : le film conspirationniste Plandemic (l’équivalent américain du film Hold Up) a été massivement partagé sur le réseau social, et un rapport d’août 2020 indiquait que les fake news sur le Covid-19 étaient vues par 4 fois plus de personnes que les informations vérifiées.

Mark Zuckerberg était, au début, peu enclin à prendre des décisions supplémentaires. Mais avec le début des campagnes de vaccination et l’explosion du nombre de fake news à propos des vaccins, le choix a finalement été de renforcer la modération. « Facebook a supprimé ou réduit la visibilité de plus de 185 millions de publications portant sur le covid », raconte le Wall Street Journal. Mais c’est à ce moment-là que les équipes de Facebook se sont rendu compte que la machine qu’elles avaient créée n’était pas forcément contrôlable.

Les équipes dépassées par les événements

En plus de supprimer les publications mensongères et les fake news, Facebook a également promu les posts de certaines ONG apportant de l’information de qualité sur les vaccins. Mais le réseau social a, très rapidement, été confronté à un problème de taille, qu’elle n’avait pas anticipé : même sous les publications expliquant l’intérêt des vaccins, les commentaires anti-vaccins affluaient. Or, l’un des scientifiques travaillant pour le réseau social s’est rendu compte à ce moment-là que la capacité de Facebook à détecter les contenus dans les commentaires était «  mauvaise en anglais, et inexistante dans les autres langues ».

Les utilisateurs de Facebook ont vu des publications au sujet des vaccins près de 775 millions de fois par jours, explique un mémo interne à Facebook que le Wall Street Journal a pu consulter. Et les chercheurs de la plateforme s’inquiétaient du fait qu’une large proportion des commentaires sous ces posts était négative. « Les commentaires allaient de personnes exprimant leur opposition aux vaccins à des théories du complot », est-il écrit. En tout, un autre rapport estime de 41 % des commentaires sous les publications au sujet des vaccins risquaient de décourager les gens de se faire inoculer.

«  Nous avons créé la machine, et nous ne pouvons plus la contrôler »

L’Unicef, dont les publications ont été mises en avant par Facebook, s’est inquiété de cette tendance auprès des équipes du réseau social, qui lui ont juste conseillé de continuer à publier. L’Unicef a écoute leur conseil, et a persévéré, les statistiques montrant que les campagnes de publicité permettaient tout de même de donner confiance dans les vaccins. Mais, à quel prix ? « Personne ne peut dire à quel point ces campagnes auraient pu être encore plus efficaces si elles n’avaient pas été noyées par des commentaires anti-vaccins », a expliqué un employé de l’Unicef lors d’une interview avec le Wall Street Journal.

Mais le fait que Facebook n’ait pas pu contrôler le flot de commentaires négatifs sur des publications voulant informer sur l’efficacité des vaccins est inquiétant, et surtout très révélateur. Facebook n’a pas su anticiper les réactions de ses utilisateurs, et s’est laissé dépasser par les événements et la viralité de son propre site. Le Wall Street Journal raconte également une réunion au siège de Facebook, qui se serait déroulée au début du mois de septembre, et pendant laquelle plusieurs employés se seraient demandé si Facebook n’était pas devenu trop gros pour être contrôlable. «  Nous avons créé la machine, et nous ne pouvons plus la contrôler », aurait dit un employé.

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