Des trottinettes qui sonnent ou ralentissent toutes seules quand elles détectent des mouvements qui s'apparentent à de l'ivresse ? C'est une possibilité envisagée par Lime, l'une des plus grosses entreprises de trottinettes électriques en libre service.

Est-il possible de détecter qu’un conducteur de trottinette électrique en libre-service est en état d’ivresse ? Brad Bao, cofondateur de Lime, est persuadé que oui. Dans une interview accordée à The Verge le 17 avril 2019, il affirme qu’il serait possible de «  ralentir le véhicule automatiquement en cas de détection de conduite irrégulière ».

Des trottinettes Lime à Paris // Source : Marie Turcan pour Numerama

Mais comment l’engin pourrait-il détecter le taux d’alcoolémie d’un usager ? Il ne s’agit pas ici d’ajouter un éthylotest à chaque trottinette : la procédure, en plus d’être très peu fiable, serait trop complexe à mettre en œuvre pour les milliers de véhicules en circulation dans chaque ville.

En revanche, les équipes de Lime travailleraient à une autre solution, explique Brad Bao : « Nos trottinettes ont tous des détecteurs de mouvements qui peuvent savoir quand le véhicule roule en ligne droite, ou quand il oscille. On pourrait alors envoyer un signal sonore. On pourrait aussi ralentir l’engin. » Si cette réflexion est encore en cours, elle montre que les entreprises de trottinettes électriques partagées disposent de beaucoup d’informations sur les conducteurs et leurs pratiques.

Les entreprises s’adaptent a posteriori

Cela montre également combien ces startups ont une stratégie d’action a posteriori  : d’abord, elles inondent les rues de leurs deux-roues en libre-service, puis ensuite adaptent leur modèle en fonction des usages constatés. Ce processus est très risqué : aujourd’hui, de nombreux utilisateurs conduisent par exemple sans casque (bien que les entreprises précisent dans leur app que son port est conseillé, et que Lime ait récemment lancé une campagne d’apprentissage à la sécurité), et souvent sur les trottoirs, alors que c’est interdit.

Comme c’est le cas pour tous les véhicules, même les vélos, la conduite en état d’ivresse est prohibée par la loi. Mais il est aujourd’hui impossible de s’assurer que les personnes qui empruntent des trottinettes électriques respectent les limites de taux d’alcoolémie. Or à mesure que les accidents en trottinette électrique se multiplient, l’obligation d’apporter des solutions claires aux enjeux de sécurité se fait de plus en plus pressante — surtout au vu de la lenteur du processus législatif. À Los Angeles, où les Lime sont très présentes, «  la demande de la ville concerne avant tout la protection des utilisateurs », conçoit le cofondateur Brad Bao, toujours dans son interview à The Verge.

Lime a un avantage, comme c’est le cas de Bird qui a récemment changé toute sa flotte : ses trottinettes sont personnalisées en interne, ce qui permet à la société d’avoir beaucoup plus de prise sur les appareils, mais aussi de collecter plus de données. En Californie, l’entreprise Lime estime qu’il est important de partager certaines données de géolocalisation avec les villes pour qu’elles puissent « améliorer les transports urbains », mais sans pour autant donner les informations précises sur l’identité des usagers. La collaboration n’en est encore qu’à ses balbutiements.

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