Les femmes sont moins nombreuses que les hommes a avoir fait l'expérience de la réalité virtuelle. Invitée par le Forum des Images à Paris, l'analyste britannique Catherine Allen a exposé les raisons de ce fossé des genres.

La réalité virtuelle n’est malheureusement pas épargnée par ce constat généralement dressé dans l’univers de la tech : comme dans l’entrepreunariat, la cybersécurité ou les sciences, les femmes sont souvent moins représentées que les hommes. À l’heure où les ventes de casques de VR sont enfin encourageantes, l’industrie gagnerait pourtant à inciter davantage de femmes à faire l’expérience de cette technologie.

«  Pourquoi les femmes ont-elles moins expérimenté la VR que les hommes, que pouvons-nous faire pour changer cela ? » : c’est justement l’interrogation qu’est venue soulever, le 6 avril dernier, Catherine Allen lors du Festival NewImages organisé au Forum des Images à Paris.

Un fossé des genres

Originaire du Royaume-Uni, Catherine Allen est conservatrice et productrice de contenus en VR. Elle a notamment travaillé pour la BBC, afin de développer deux programmes de réalité virtuelle pour la chaîne de télévision britannique. Elle fait partie du groupe consultatif sur la VR des British Academy of Film and Télévision Arts (BAFTA). Catherine Allen a également fondé l’entreprise Limina Immersive, dont l’objectif est de démocratiser la VR auprès du grand public.

« 14 % des femmes ont déjà fait de la réalité virtuelle, contre 20 % des hommes », fait observer la spécialiste, convoquant un rapport du cabinet d’audit EY mené au Royaume-Uni. Un écart qu’elle qualifie de fossé des genres, et dont elle estime qu’il est probablement similaire dans d’autres pays comme la France.

Or, dans une étude de marché menée par ComRes en 2017, ce fossé des genres se heurte à un autre phénomène. À cette occasion, 200 personnes ont été interrogés au sujet d’une expérience en réalité virtuelle qui leur avait été proposée. Les femmes et les personnes âgées avaient davantage tendance à se sentir concernées par ce qu’elles avaient vécu.

Les femmes interrogées semblaient se sentir illégitimes à s’intéresser à la réalité virtuelle, répondant que ce « n’est pas leur domaine », ou associant la VR au monde du jeu vidéo — par là même renvoyé à l’image d’un univers majoritairement masculin.

« Pas leur domaine »

65 % des femmes pensent d’ailleurs qu’elles ont peu de chances d’essayer la réalité virtuelle ou la réalité augmentée. Pourtant, les analyses soulignent un nouveau paradoxe : les femmes qui ont tenté l’expérience tendant à la décrire davantage comme « futuriste » ou « décevante » que les hommes. EY constatait également que les femmes trouvaient leur expérience de la VR moins « réaliste » que les hommes.

Par ailleurs, les entreprises qui dépensent d’importantes sommes pour attirer l’attention des futurs consommateurs de réalité virtuelle semblent oublier que leurs messages ne touchent pas de potentielles consommatrices. Catherine Allen rappelle ainsi le constat dressé par EY : 63 % des femmes interrogés n’avaient jamais entendu le nom de cinq entreprises importantes du secteur. Les hommes, eux, ont deux fois plus de chance de les connaître qu’elles.

CC Nan Palmero

Pour ces raisons, Catherine Allen suggère ainsi que les contenus devraient être plus diversifiés, afin qu’ils aient davantage de chances de plaire à une audience féminine. D’ailleurs, la moitié des femmes s’est montré intéressée par l’usage de la VR dans les films et le divertissement en général.

Privilégier les usages

La spécialiste fait également remarquer que, pour démocratiser la VR auprès des femmes, les entreprises devaient moins mettre l’accent sur la technologie que sur les usages qui en sont fait. Les femmes interrogées sont souvent moins sensibles aux arguments des fabricants — par exemple, présenter un casque de réalité virtuelle comme un « must have » — qu’aux utilisations qu’elles pourraient faire, comme utiliser la réalité virtuelle pour faire du sport ou se divertir.

Enfin, Catherine Allen rappelle que d’autres préoccupations ne devraient pas être écartées. Évoquant les événements organisés autour de la VR, elle souligne ainsi qu’il serait judicieux de préciser aux visiteurs « s’il est possible de venir avec leur enfants ».

« Les utilisatrices pourraient également se sentir en confiance si elles savent que leur sac est en sécurité, ou qu’elles ont un minimum d’intimité pendant leur expérience de la VR. Les fabricants pourraient même réfléchir à la problématique du maquillage lors de la conception des casques  », énumère Catherine Allen.

Si ces considérations peuvent sembler triviales, ce sont pourtant de petits gestes qui pourraient inciter les femmes à se sentir légitimes pour découvrir la réalité virtuelle. « C’est à nous de façonner notre futur », conclue-t-elle.

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