16 ans après le premier iPhone, Apple pourrait accepter de faire ce qu’il a toujours refusé : ouvrir son appareil aux applications tierces indisponibles sur l’App Store. D’autres changements colossaux seraient prévus, comme l’ouverture de plusieurs éléments clés.

L’iPhone s’apprête-t-il à connaître une révolution ? Selon les informations du très bien renseigné Mark Gurman de Bloomberg, le 13 décembre 2022, Apple a ordonné à plusieurs de ses hauts responsables de superviser l’un des changements les plus importants de l’histoire de son smartphone.

Pour se mettre en conformité avec le Digital Market Act européen, qui devrait rentrer en application en 2024, Apple pourrait autoriser l’installation de logiciels en dehors de l’App Store dès iOS 17, en 2023. Ce changement pourrait permettre à des géants comme Epic Games (Fortnite, Fall Guys…) ou Spotify, qui réclament depuis longtemps la mort du « monopole de l’App Store », de lancer des magasins parallèles sur iOS et iPadOS.

La fin de l’App Store, vraiment ?

Le sideloading est la pratique qui consiste à installer une application sans passer par l’App Store.

Interrogé sur le lancement d’un iPhone avec un port USB-C pour répondre aux exigences européennes, Apple avait répondu par la voix de son vice-président Greg Jozwiak en octobre 2022 : « Évidemment, nous devrons nous y conformer ». Sans surprise, la doctrine semble la même avec le DMA. Après des années de lobbying pour convaincre les pouvoirs publics, les médias et ses clients que le « sideloading » détruirait la sécurité de l’iPhone, Apple aurait décidé de ne plus bloquer cette transition.

Si Mark Gurman semble sûr de son scoop, énormément de mystères entourent le fonctionnement de cette ouverture de l’écosystème le plus fermé de la planète. iOS 17 devrait permettre l’installation de magasins concurrents de l’App Store et d’application en dehors de la boutique d’Apple, mais on ne sait pas réellement comment. Par exemple, Apple va-t-il accepter de renoncer à sa commission sur les ventes, ou va-t-il tout de même en imposer une pour les applications vendues ailleurs ? Légalement, Apple est censé autoriser les paiements alternatifs, comme il le teste déjà en Corée du Sud. Mais, s’il autorise les applications alternatives sous condition d’une signature vendue aux développeurs (notamment pour des raisons de sécurité, c’est ce qu’il propose sur Mac), il pourrait alors imposer ses propres règles.

Autre interrogation : ce changement sera-t-il mis en avant par Apple comme une nouveauté, ou caché aux consommateurs ? Bloomberg laisse entendre que seuls les iPhone européens pourraient bénéficier de cette plus grande ouverture, ce qui laisse imaginer qu’Apple ne s’en vantera pas sur scène.

Le logo de l'App Store. // Source : Numerama
Le logo de l’App Store. // Source : Numerama

Dans l’hypothèse où l’App Store ne serait plus le seul magasin pour télécharger des applications sur iPhone ou iPad, de nombreux développeurs pourraient débarquer sur iOS et iPadOS. Il y a évidemment les catalogues de jeux vidéo (Xbox Game Pass, Epic Games Store, Steam), des émulateurs, mais également certains développeurs interdits sur l’App Store aujourd’hui (la pornographie, les crypto-monnaies, le téléchargement P2P…).

D’autres, comme Spotify, Netflix, Tinder ou Twitter, pourraient en profiter pour lancer des versions plus avancées de leurs applications sans certaines protections d’Apple (et sans la commission de 30 %). On imagine cependant mal Apple laisser tout ça se passer sans la moindre résistance. Depuis le tout premier iPhone en 2007 et les premiers jailbreaks (les piratages du système pour installer des magasins alternatifs), Apple a toujours tout fait pour bloquer les contournements de son écosystème.

Quid de Google, l’autre acteur avec qui Apple est accusé d’entretenir un duopole ? Si Google doit lui aussi se mettre en conformité avec le DMA, tous les changements évoqués par Bloomberg sont déjà présents dans Android. Le concurrent d’iOS, qui a le Play Store en magasin principal, n’a jamais empêché l’installation de logiciels depuis un simple lien.

Paiement sans contact, navigateur web et iMessage… Les autres attaques de l’Europe

Puisque les juristes d’Apple ont vraisemblablement bien lu le DMA, ils savent qu’ouvrir l’iPhone aux applications tierces ne suffira pas à calmer les ardeurs de l’Union européenne. Pour éviter une amende pouvant aller jusqu’à 20 % de son chiffre d’affaires mondial, Apple devra effectuer d’autres changements. Bloomberg en cite au moins trois sur lesquels Apple serait prêt à lâcher du lest :

  • Aujourd’hui, tous les navigateurs web sur iPhone utilisent le même moteur : WebKit. Autrement dit, les personnes qui pensent utiliser Google Chrome sur iPhone ne l’utilisent pas vraiment. Ils utilisent un navigateur web identique à Safari, avec une interface et des fonctions de Chrome. Avec iOS 17, Apple pourrait ouvrir pour la première fois son iPhone aux moteurs alternatifs, comme Chromium.
  • Aujourd’hui, la puce NFC de l’iPhone est bridée. Elle peut lire un contenu, mais ne peut pas être utilisée par un développeur pour envoyer un signal. Seul Apple, avec Apple Pay et Apple Wallet (les tickets de cinéma, par exemple), a accès à la puce NFC. Avec iOS 17, une banque européenne, comme la Société Générale, pourrait créer sa propre application de paiement et ne plus avoir à utiliser Apple Pay. Le risque ici est que plusieurs banques renoncent au service d’Apple, qui fait plutôt l’unanimité en raison de son universalité. Un tel changement permettrait aussi, sur le papier, à une entreprise comme Île-de-France Mobilités de dématérialiser le passe Navigo sans partenariat avec Apple. Mais, les deux entreprises travaillent déjà ensemble.
  • Apple pourrait aussi ouvrir son réseau Localiser, qui permet aux objets comme les AirTags de fonctionner, à tous les objets du genre. Des marques comme Tile se plaignent des avantages qu’Apple se réserve.
Apple Pay utilise la puce NFC de l'iPhone, à laquelle les autres développeurs n'ont pas droit. // Source : Apple
Apple Pay utilise la puce NFC de l’iPhone, à laquelle les autres développeurs n’ont pas droit. // Source : Apple

En revanche, Apple ne souhaiterait pas infléchir sa position vis-à-vis d’iMessage, qu’il réserve depuis 2011 aux iPhone. Le DMA le force à ouvrir son service aux autres services, pour qu’un message ne soit plus jamais réservé à une seule application. Cette règle poserait un problème à Apple et l’obligerait à diminuer le chiffrement des conversations, ce qu’il refuse de faire. La marque peut d’adopter le RCS, le remplaçant du SMS déjà adopté par Google, mais ne souhaiterait pas faire de fleur à son rival. Il est probable qu’Apple soit obligé d’adapter sa position sur le sujet à un moment donné.


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