La baisse de luminosité de l’étoile Bételgeuse, qui a suscité tant d’intérêt, a pu être étudiée avec un moyen d’observation assez inédit en astronomie. Un satellite météorologique a assisté à cette perte d’éclat, par hasard.

Les scientifiques n’en ont pas fini avec Bételgeuse. L’impressionnante baisse de luminosité de cette grosse étoile, constatée entre fin 2019 et début 2020, avait suscité beaucoup d’intérêt. Sa perte d’éclat avait même pu faire penser que l’astre était sur le point d’exploser, et que nous pourrions alors assister à une supernova. Finalement, il s’est avéré que l’étoile Bételgeuse a été temporairement dissimulée par un nuage de poussière.

De nouveaux travaux, publiés le 30 mai 2022 dans Nature Astronomy, parviennent à la même conclusion. Si les résultats ne sont donc pas vraiment nouveaux, c’est la méthode qui est particulièrement originale et mérite qu’on s’y attarde.

L’assombrissement de Bételgeuse a pu être surveillé tout à fait par hasard, grâce à un satellite météorologique. L’équipe de recherche a eu l’idée ingénieuse de collecter ses données et de s’en servir à des fins astronomiques.

Utiliser des satellites météo comme des télescopes spatiaux

C’est Himawari 8, un satellite opéré par l’Agence météorologique du Japon, qui a été mobilisé. Il évolue en orbite à presque 36 000 kilomètres au-dessus de l’équateur terrestre. Depuis 2015, ce satellite prend des images de l’ensemble du disque de la Terre toutes les 10 minutes. « Le satellite Himawari 8 observe également la région de l’espace extra-atmosphérique autour du disque terrestre lors de chaque balayage, peut-on lire dans l’étude. Cela nous a motivés à développer un nouveau concept : utiliser des satellites météorologiques comme des ‘télescopes spatiaux’ pour l’astronomie. »

bételgeuse étoile
Images obtenues par le satellite Himawari 8 en janvier 2020, avec Bételgeuse en haut à droite de la Terre. // Source : Nature Astronomy

En observant les images obtenues par ce satellite, les auteurs ont fait un constat : « Plusieurs étoiles brillantes, dont Bételgeuse, apparaissent parfois dans les images ». Ce suivi fréquent de Bételgeuse a été rendu possible par le fait que cette étoile n’est pas loin de l’équateur terrestre, explique sur Twitter l’astrophysicien Miguel Montargès, qui n’a pas participé à ces travaux, mais est l’auteur de la précédente étude révélant l’existence du nuage de poussière devant Bételgeuse. « Pour un satellite géostationnaire observant la Terre, elle passe dans le champ prêt du limbe terrestre un peu moins qu’une fois par jour », résume-t-il.

Les scientifiques ont donc entrepris de mesurer la quantité de lumière provenant de cet astre pendant plusieurs années, entre janvier 2017 et juin 2021, telle qu’elle a été perçue avec Himawari 8. L’éclat de l’étoile a pu être scruté dans plusieurs longueurs d’onde de la lumière, du visible à l’infrarouge — de quoi recueillir des informations sur l’environnement de l’astre et sur la dynamique de Bételgeuse elle-même. Leurs conclusions confirment bien que la baisse de luminosité de l’étoile a été obscurcie par un amas de poussière. Mais les moyens d’observations, eux, sont plutôt inédits en astronomie.