Une part non négligeable des contaminations se fait par les biais de personnes asymptomatiques, ce qui invite à une vigilance particulière.

« Je n’ai aucune idée de comment j’ai pu attraper le covid. Tout le monde avait l’air en forme au travail et dans mon groupe d’amis.  » Flora est tombée malade en juillet et elle se demande toujours qui lui a transmis la maladie. Il faut dire que le virus se promène souvent masqué, par le biais de personnes qui n’ont aucun symptôme et qui, pour cette raison, ne se font pas tester et ne prennent pas davantage de mesures de précautions autres que celles obligatoires. Qui sont les asymptomatiques ? Peut-on évaluer leur part dans les transmissions ? Et, quid des personnes vaccinées ? Faisons le point.

Vous avez dit « asymptomatique » ?

Voyons déjà de quoi nous parlons, car le terme « asymptomatique » peut recouvrir plusieurs réalités selon les études. On peut distinguer :

  • Les personnes qui sont contaminées, mais n’ont pas et n’auront pas de symptômes tout au long de leur infection. Ce sont à proprement parler les « asymtomatiques ».
  • Les personnes contaminées qui n’ont pas encore de symptômes, mais qui en auront par la suite. On dit plutôt qu’elles sont « présymptomatiques ».
  • Les personnes contaminées qui ont des symptômes tellement faibles qu’elles ne s’en rendent pas vraiment compte. On dit qu’elles sont « oligosymptomatiques ».

Les scientifiques s’accordent, certes, pour affirmer que toute personne porteuse du virus, mais qui ne se sent pas malades à un moment « M », peut transmettre le virus. Mais la distinction sémantique est importante, aussi bien pour la recherche que pour la mise en œuvre de stratégies de contention du virus, comme les politiques de testing et de tracing.

En effet, une personne à proprement parler asymptomatique, si tant est qu’elle ne soit pas cas contact, sera peu susceptible de se faire tester. C’est d’autant plus vrai lorsqu’elle est vaccinée et n’aura pas besoin d’effectuer de test pour avoir de pass sanitaire — nous reviendrons plus tard sur la transmission par les personnes vaccinées qui existe, quoique son risque est largement diminué.

Autre précaution : ce que l’on sait de la transmission d’un virus est valide à un moment précis et selon le variant envisagé. Ainsi, ce qui était vrai pour la souche initiale, puis pour le variant Alpha et aujourd’hui pour le variant Delta est différent, car leur taux de reproduction (R0) est différent. Les spécialistes considèrent que le variant Delta est 60 % plus transmissible, avec un R0 = 8, que le précédent (Alpha) et deux fois plus que la souche historique du virus. En outre, ce variant Delta semble plus prompt à déclencher des symptômes chez les personnes contaminées.

Il faudra garder des mesures barrières à la rentrée // Source : Pexels

59 % des transmissions proviennent d’une transmission asymptomatique

Voyons ce que l’on sait aujourd’hui de la transmission par les personnes asymptomatiques. Le Pr Antoine Flahault est épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève explique : « Une étude parue en janvier 2021 montre que près de 59 % des transmissions proviennent d’une transmission asymptomatique, dont 35 % d’individus présymptomatiques et 24 % d’individus qui ne développent jamais de symptômes. C’est assez contre-intuitif, mais ces personnes qui portent le virus sans être malades prennent moins de précautions et ne s’isolent pas.  »

Dans une revue rapide (une revue d’articles qui permettent dresser un état des faits, à un moment donné, sur un sujet, qui n’est pas exhaustive) de la littérature scientifique portant sur la proportion de personnes asymptomatiques, leur réponse immunitaire et leur potentiel de transmission du Covid-19 et datée du 16 juin 2021, l’Institut National de Santé publique Québec livre plusieurs données intéressantes :

  • Les asymptomatiques représentaient alors entre 15 et 30 % des personnes contaminées.
  • Les personnes asymptomatiques sont généralement soit très jeunes, soit très âgées — leurs symptômes passeraient inaperçus, masqués par des signes de l’âge ou d’autres pathologies préexistantes.
  • Les personnes asymptomatiques transmettent moins le Covid-19 que les personnes symptomatiques ou présymptomatiques.
  • En faisant l’hypothèse, basée sur les différentes études prises en compte dans cette revue, que 30 % des cas sont asymptomatiques et qu’ils sont 75 % aussi infectieux que les cas symptomatiques, on pourrait estimer que 24 % de la transmission serait due aux cas complètement asymptomatiques.

Se comporter comme un vecteur asymptomatique

Que faire de ces données aujourd’hui en termes de santé publique (quoique celles-ci correspondent à un état de circulation où le variant Delta n’était pas dominant) ? Elles nous invitent à nous comporter comme si nous étions vecteurs asymptomatiques, c’est-à-dire que nous continuons de porter le masque, que nous respections les mesures barrières et que nous aérions régulièrement.

Dans le mesure où cette population n’est pas candidate à la vaccination, il faudrait également porter une attention toute particulière aux enfants de moins de 12 ans, moins susceptibles de développer des symptômes, mais néanmoins capables de transmettre le virus s’ils sont infectés. «  On voit aussi l’intérêt des tests de dépistage de masse ainsi que des autotests nasaux à réaliser de manière systématique régulièrement chez soi  », ajoute Antoine Flahault.

Les personnes vaccinées sont moins contagieuses et moins longtemps

Ces préceptes valent également pour les personnes vaccinées. Elle peuvent, en proportions bien moindres que des personnes non vaccinées, attraper le virus et le transmettre. Éric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg, explique : «  Les personnes vaccinées peuvent être infectées, mais elles sont moins contagieuses et moins longtemps, ce qui change tout. »

Données à l’appui, il démontre que le virus reste moins longtemps dans la sphère ORL des personnes vaccinées, mais également qu’il est moins contagieux que chez les personnes non vaccinées. « Cela peut s’expliquer par le fait que les virus retrouvés dans les muqueuses des personnes vaccinées sont déjà partiellement ou totalement recouverts d’anticorps anti-S, réduisant fortement leur capacité d’infection », estime t-il. Si ces propos incluent tous les profils de personnes vaccinées et contaminées, ils correspondent à ce qui est mis en évidence dans un récent article paru dans Nature : si 74 % des contaminations au variant Delta se font lorsque la personne est présymptomatique, les personnes vaccinées sont 65 % moins susceptibles que les personnes non vaccinées d’infecter quelqu’un d’autre.

Alors, si la vaccination n’empêche pas à 100 % le risque de transmission, elle le réduit considérablement. Et, combinée au port du masque et aux mesures barrières, elle constitue une des manières les plus sûres de protéger les autres.

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