Le dérèglement du climat provoque une fonte de la banquise, l'habitat même des Manchots empereurs. Selon une nouvelle étude, cette espèce devrait être classée comme en danger d'extinction.

Le manchot empereur n’est pas encore listé parmi les espèces en danger d’extinction. Ils sont classés au rang « presque menacés  » par l’IUCN. Pourtant, aux États-Unis, ce 4 août 2021, un rapport de l’US Fish and Wildlife Service vient d’être publiquement inscrit au registre fédéral américain pour être discuté. Ce rapport propose que l’espèce soit d’ores et déjà classée dans l’Endangered Species Act — une loi américaine de protection des espèces en voie de disparition.

Cette requête intervient au moment où, ce 3 août 2021, une étude publiée dans Global Change Biology pointe l’inadéquation entre les politiques publiques de protection et les menaces qui pèsent sur les manchots. « Le risque d’extinction des espèces s’accélère en raison du changement climatique anthropique [d’origine humaine]. Il est donc urgent de protéger les espèces vulnérables par des cadres juridiques afin de faciliter les actions de conservation qui contribuent à atténuer le risque », rappellent les auteurs au début de leur papier.

« L’espèce doit être inscrite sur la liste des espèces menacées »

Les manchots empereurs installent leurs colonies sur la banquise de l’Antarctique. Les conditions de la région sont extrêmes, et les humains comme bien d’autres espèces, pourraient très difficilement y survivre, mais ces oiseaux y sont parfaitement adaptés. C’est là qu’ils se reproduisent, qu’ils se nourrissent. Pourtant, «  la plus grande menace que les Manchots empereurs affrontent est le changement climatique ».

Le dérèglement du climat implique le réchauffement de la planète, phénomène qui provoque une accélération des cycles de gel et de dégel aux pôles, ainsi que des épisodes de fonte exceptionnelle des glaces. En plus des glaciers qui perdent de leur masse, la couverture globale de banquise se réduit peu à peu, puisqu’elle n’a pas le temps de se reformer à certains endroits. Cela signifie qu’en Antarctique, l’habitat même de ces manchots se réduit comme peau de chagrin.

Manchots empereurs. // Source : Pixabay

Pour mesurer dans le temps et l’espace l’impact de cette fonte sur les manchots, les auteurs de l’étude ont développé un modèle projetant cette dynamique à toutes les colonies répertoriées. L’objectif est d’étudier le lien entre les évolutions du climat (sur le long terme, tout comme à travers les événements extrêmes qui peuvent advenir) et la densité de population — augmentation ou réduction du nombre d’individus, capacité à survivre.

Les résultats obtenus par les chercheurs sont sans appel : si la banquise continue de diminuer au rythme prévu par les modèles climatiques, et si les politiques publiques restent les mêmes, toutes les colonies de manchots empereurs seront « quasi éteintes d’ici 2100 ». « Nous concluons que l’espèce doit être inscrite sur la liste des espèces menacées de l’Endangered Species Act. »

Au-delà d’une « simple » inscription sur une liste, l’étude vise surtout à montrer que les politiques publiques visant à atteindre des objectifs ambitieux sont nécessaires, et doivent être à la hauteur de l’enjeu. «  Les résultats de l’étude montrent que si le monde parvient à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, en gardant le réchauffement en dessous de 1,5 degré Celsius en comparaison de l’ère préindustrielle, alors cela pourrait permettre de protéger suffisamment l’habitat pour freiner le déclin des Manchots », commente l’un des auteurs.

« Le futur des Manchots empereurs, et d’une grande partie de la vie sur Terre, y compris l’humanité, dépend des décisions prises aujourd’hui », conclut-il. Il n’est pas question de sauver des espèces qui nous semblent particulièrement mignonnes, mais de sauvegarder la biodiversité dans son ensemble.

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