Une étude approfondie des gènes des Néandertaliens et des Dénisoviens offre une perspective inédite sur l'évolution des lignées humaines. Ils avaient plusieurs groupes sanguins, comme l'humain moderne.

Il y a eu bien d’autres lignées humaines qu’Homo sapiens. Parmi elles, on retrouve les Néandertaliens et les Dénisoviens, toutes deux éteintes, mais qui ont habitué toute l’Eurasie il y a 400 000 à 30 000 ans. Tout n’est pas encore connu sur ces espèces, même si les recherches archéologiques et génétiques avancent : en 2021, on a appris que Néandertal avait une parole presque aussi « complexe et efficace » que l’humain moderne, ou encore que cette espèce maîtrisait des formes d’expression proches de l’art.

Des scientifiques français adossés au CNRS/Aix-Marseille Université et de l’Établissement français du sang viennent de publier ce 28 juillet 2021, dans la revue PLOS One, une étude génétique inédite sur les lignées de Néandertal et de Dénisova.

Crâne de Néandertal, visible au Musée d’histoire naturelle de Londres. // Source : Flickr/CC/nmmacedo (photo recadrée)

Il y a quelques années, le génome de plusieurs de ces individus a déjà été séquencé. En revanche, après cela, l’étude approfondie des gènes était manquante. C’est là qu’interviennent ces nouveaux travaux : l’équipe de recherche s’est reposée sur le génome d’une Dénisovienne et de trois Néandertaliennes pour identifier et décrypter leurs groupes sanguins, en se basant notamment sur le système « rhésus » (A, B, O, positif, négatif). L’objectif : « en tirer des conséquences sur l’histoire évolutive humaine », explique le CNRS.

Et effectivement, les auteurs de l’étude ont été en mesure de confirmer l’origine africaine de Néandertal et de Dénisova, grâce aux combinaisons de gènes qui permettent d’identifier une origine géographique. D’autres éléments sont ressortis de ces travaux, dont quelques surprises.

Quels liens avec l’humain moderne ?

Les gorilles sont tous du groupe sanguin A, et les chimpanzés du groupe B. Les anthropologues ont longtemps cru qu’il en était de même pour ces précédentes lignées humaines, et que les Néandertaliens, par exemple, étaient tous du groupe O. Le décryptage du génome a montré l’inverse : Néandertal et Denisova possédaient déjà la variabilité du groupe sanguin, comme l’être humain moderne.

En revanche, une découverte génétique vient aussi dissocier les espèces : une combinaison, dans l’un des gènes étudiés, est totalement unique à ces deux lignées éteintes. On ne la retrouve chez aucun humain moderne, sauf chez un aborigène australien et un indigène papou, probablement en raison d’un métissage entre Néandertaliens et Homo sapiens qui aurait eu lieu au Levant lors d’une migration.

Des indices sur la disparition de Néandertal

Les raisons de l’extinction des Néandertaliens restent l’objet d’un important questionnement anthropologique, auquel nous n’avons pas encore de réponse parfaitement arrêtée. Une hypothèse bien installée repose sur une cause génétique à la disparition de cette lignée : un manque de diversité génétique couplé à des difficultés reproductives. Et ces problèmes se seraient accrus lors des accouplements interespèces, les gènes Homo sapiens parvenant de leur côté, en revanche, à perdurer.

Carte montrant la répartition des individus étudiés, la datation de leurs ossements, et leur groupe sanguin. // Source : Stéphane Mazières (photos : Douka et al. / Mafessoni et al. / Prüfer et al. / Green et al.)

L’étude publiée ce 28 juillet 2021 dans PLOS One à partir des gènes apporte des éléments en faveur d’une faible diversité génétique, mais aussi sur la présence possible d’une maladie hémolytique chez les fœtus et les nouveau-nés néandertaliens, «  notamment en cas de mère néandertalienne portant le fœtus d’un Homo sapiens ou d’un Dénisovien (à cause d’une incompatibilité rhésus, aussi appelée incompatibilité fœto-maternelle) ». Effectivement, une telle maladie implique la destruction des globules rouges de l’enfant par les anticorps de la mère, lorsque le sang du fœtus est incompatible avec celui de la mère.

Ces « fragilités démographiques », combinées à une pression sélective exercée par certains virus, dont on retrouve également la trace avec ce décryptage génétique, ont pu contribuer à la disparition finale, il y a quelque 30 000 ans, des humains de Néandertal.

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