Les humains de Néandertal étaient-ils capables de produire des objets à portée symbolique ? Une forme d'art ? Une découverte dans la Grotte de la Licorne montre que c'était probablement le cas, et qu'ils ne produisaient pas seulement des « copies » des sculptures d'humains modernes.

« Alors qu’il existe de nombreuses preuves d’art et de comportement symbolique chez les premiers Homo sapiens en Afrique et en Eurasie, les preuves similaires liées aux Néandertaliens sont rares et souvent contestées dans les débats scientifiques », introduit une étude parue le 5 juillet 2021 dans Nature Ecology and Evolution.

Grâce à une datation inédite, ces travaux mettent justement en évidence une nouvelle preuve d’un développement artistique, ou a minima « symbolique », chez les Néandertaliens — une espèce cousine des humains modernes.

La Grotte de la Licorne, en Basse-Saxe (Allemagne). // Source : Wikimédias

Les archéologues à l’origine de cette étude ont découvert un os de cerf, qu’ils ont pu dater de 51 000 ans grâce à une technologie radiocarbone perfectionnée. Il a été mis au jour dans la Grotte de la Licorne (dans le nord de l’Allemagne) où il est attesté, grâce à la découverte antérieure d’outils, qu’elle a été habitée à cette époque par des Néandertaliens. Mais ce n’est pas un os comme les autres.

Des marques « clairement décoratives »

Après avoir minutieusement retiré la terre recouvrant l’os, les scientifiques ont vu apparaitre un motif angulaire formé de six encoches. « Nous avons vite compris qu’il ne s’agissait pas de marques faites lors du dépeçage de l’animal, mais qu’elles étaient clairement décoratives », racontent-ils dans un communiqué sur leurs travaux. Il leur fallait cependant vérifier qu’il y a, derrière ces marques, un acte volontaire. Comment ont-ils procédé ?

L’équipe de recherche s’est en partie reposée sur d’autres os de bovins, afin de déterminer quand quelles conditions il est possible de les marquer ainsi. Dans leur étude, ils montrent qu’il fallait, le plus probablement, faire bouillir l’os dans de l’eau, afin qu’il ramollisse et que, grâce à des outils en pierre, il soit alors possible de graver un motif dessus. Un tel travail prend entre une à deux heures. De quoi en conclure qu’il s’agit, le plus possiblement, d’une véritable « sculpture », et donc d’un objet symbolique proche de l’art.

L’objet sculpté (un os de cerf géant) par Néandertal. // Source : V. Minkus, © NLD

Quant à la portée symbolique de l’objet, elle est difficile à déterminer, tant la culture des Néandertaliens reste encore peu étudiée. Mais les scientifiques ont pu relever que l’os appartenait à un cerf géant : le Megaloceros giganteus. Aujourd’hui éteint, ce fut l’un des plus grands cervidés de tous les temps. Ses bois pouvaient atteindre 3,5 mètres de long. «  Ce n’est probablement pas une coïncidence si Néandertal a choisi l’os d’un animal impressionnant doté d’énormes bois pour sa sculpture », remarquent les scientifiques.

La découverte est majeure, car elle bouleverse partiellement notre compréhension des humains de Néandertal. Les seuls objets « décoratifs » identifiés chez Néandertal remontaient pour l’instant d’il y a 40 000 ans, soit vers l’âge tardif de cette espèce qui s’est éteinte il y a environ 30 000 ans — après quelque 400 000 ans d’existence. Ces objets étaient essentiellement des pendentifs, considérés par les archéologues comme des copies des petites sculptures créées par les humains modernes durant cette période de transition.

« Le fait que la nouvelle découverte de la grotte de la Licorne date d’il y a si longtemps montre que les Néandertaliens étaient déjà capables de produire de manière indépendante des motifs sur les os, et probablement aussi de communiquer à l’aide de symboles, des milliers d’années avant l’arrivée des humains modernes en Europe », expliquent les scientifiques à l’origine de cette découverte.

Cet os de cerf, sculpté, découvert dans la Grotte de la Licorne, représente donc « l’une des plus importantes découvertes de la période néandertalienne en Europe centrale » en faisant quelque peu évoluer l’histoire préhistorique.

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