Des fossiles découverts en 2010 sont issus d'une nouvelle population d'humains préhistoriques ancestraux. Cette découverte majeure vient ajouter une pièce à l'arbre et au puzzle de l'évolution humaine au cours des centaines de milliers d'années avant notre ère.

La découverte archéologique est majeure. Une nouvelle population préhistorique d’hominidés, datant de l’Âge de pierre, a été mise au jour en Israël. C’est ce que révèlent des travaux publiés ce 25 juin 2021 dans Science, à travers deux études (1, 2). Cette découverte vient enrichir l’arbre Homo, qui commençait déjà à se complexifier depuis quelques années avec l’ajout de l’Homo naledi, découvert en 2013 en Afrique du Sud, ou Homo luzonensis, découvert en 2007 aux Philippines. Pour l’être humain moderne, on trouve, en plus des Sapiens (nous), les Dénisoviens et les Néandertaliens.

«  Notre compréhension de l’origine, de la distribution et de l’évolution des premiers humains et de leurs proches parents a été considérablement affinée par de nouvelles informations récentes », indique l’équipe d’archéologues au début de son étude.

Cette population vivait il y a 400 000 à 100 000 ans

Les fossiles ont été excavés par les archéologues en 2010, à huit mètres de profondeur, dans la région de Nesher Ramla, en Israël — d’où l’appellation Homo Nesher Ramla, ou les humains de Nesher Ramla. Les scientifiques ont été en mesure d’étudier cinq morceaux de boîte crânienne, et une mâchoire inférieure quasiment complète qui contenait aussi une molaire entière. Dans les sédiments, ces restes ont été retrouvés aux côtés de divers outils en pierre et de milliers d’ossements d’animaux.

Les ossements du crâne des humains de Nesher Ramla. // Source : Avi Levin, Ilan Theiler, Tel Aviv University

La datation des ossements remonte de 140 000 à 120 000 ans avant notre ère. Mais, après une étude comparative approfondie de la région par des paléoanthropologues, les restes sont significativement similaires à d’autres ossements retrouvés auparavant dans la région. Certains avaient été datés de 400 000 ans.

En synthétisant tous ces fossiles, les auteurs de l’étude ont été en mesure de les rassembler en une seule et même population. Et ils en déduisent que ces humains habitaient la région il y a 400 000 à 100 000 ans. L’équipe va même jusqu’à considérer que le groupe a pu être particulièrement dominant au Moyen-Orient, et que ces restes tardifs sont ceux des derniers survivants de l’espèce.

Du nouveau sur les interactions et déplacements des humains préhistoriques

Des ressemblances avec certains fossiles retrouvés en Chine et datés d’il y a 200 000 ans permettent aux auteurs de spéculer sur la « distribution » de l’espèce. Il est possible que les Homo de Nesher Ramla aient voyagé jusqu’en Asie de l’Est, et qu’ils se soient alors accouplés avec des groupes locaux.

Mais il y a plus crucial encore dans cette récente découverte. Ces Homo localisés en Israël ont très probablement interagi avec d’autres hominidés vivant à proximité. Malgré l’absence de preuves génétiques sur ce point, des contacts avec Homo sapiens sont postulés par l’équipe de recherche, et plus spécifiquement des échanges dans les techniques de fabrication, car les outils en pierre de l’Homo de Nesher Ramla sont très proches de ceux d’H. Sapiens. Cette proximité ne constitue pas une preuve irréfutable, mais un indice.

Morphologiquement, les humains de Nesher Ramla ont une mâchoire proche des Néandertaliens. Ils s’en distinguent toutefois nettement par l’absence de menton, par des dents plus longues et la forme du crâne. Ils sont plus proches des Homo archaïques que des Homo modernes, tout en ayant des caractéristiques à cheval entre les deux. En bref, il s’agit d’une espèce à la croisée des chemins de l’évolution, peut-être des ancêtres des Néandertaliens.

La mâchoire des humains de Nesher Ramla. // Source : Ariel Pokhojaev, Tel Aviv University

Pourtant, il est plutôt admis que les Néandertaliens sont originaires de l’Europe de l’Ouest. Mais des migrations ont pu avoir lieu, il y a 100 000 ans, du Moyen-Orient vers l’Europe, apportant au cours de l’évolution une contribution au « pool » génétique des humains de Néandertal.

Israel Hershkovitz, principal auteur d’une des deux études, explique sur le site de l’université de Binghamton que cette découverte «  permet de donner un nouveau sens aux fossiles humains précédemment découverts, d’ajouter une autre pièce au puzzle de l’évolution humaine et de comprendre les migrations des humains dans l’ancien monde ». Il ajoute que même si ces humains ont vécu il y a longtemps, à la fin du Pléistocène moyen, « les Nesher Ramla peuvent nous raconter une histoire fascinante, révélant beaucoup de choses sur l’évolution et le mode de vie de leurs descendants ».

Nouvelle « espèce » ou non ?

Il serait tentant de qualifier ces études comme la découverte d’une « nouvelle espèce ». Mais est-ce le cas à proprement parler ? Pas vraiment pour l’instant.

Les auteurs n’affirment à aucun moment qu’il s’agit d’une nouvelle espèce, les éléments ne permettant pas encore d’en arriver à une telle conclusion. En revanche, il s’agit bien d’une nouvelle population avec des caractéristiques spécifiques, centralisée dans une région en particulier, et cohérente avec les autres ossements de cette région sur l’époque concernée (il y a 400 000 à 100 000 ans). C’est pour cette raison que dans les termes et dans l’arbre généalogique, il n’est pas tellement question d’une espèce humaine, mais d’humains et de population.

L’aspect le plus intéressant de ces études est justement que les auteurs envisagent l’existence d’une sorte de « hub » dans cette région à la fin du Pléistocène moyen. Le Moyen-Orient étant au carrefour de trois continents, les scientifiques à l’origine de la découverte estiment que des groupes humains pénétraient dans la région de Nesher Ramla et en sortaient régulièrement, générant un mélange génétique avec les populations locales. Ce serait la raison pour laquelle il existe des variations entre les fossiles découverts chez les humains de Nesher Ramla selon la localité exacte et la datation. Cette découverte pourrait donc constituer une pierre angulaire majeure de l’histoire de notre évolution, en ouvrant de nouvelles voies de recherche.

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