Il ne fait pas de doutes que la maladie Covid-19 est aujourd'hui plus grave que la grippe. Une nouvelle étude, française, le rappelle.

C’est l’un des grands refrains de certains « rassuristes » niant la gravité de l’épidémie : la maladie Covid-19 ne serait qu’une « grippette ». C’est bien évidemment faux, ne serait-ce parce que les symptômes peuvent être graves et laisser des séquelles. En matière de mortalité, la différence avec la grippe est également notable. Une nouvelle étude française, parue le 17 décembre 2020 dans The Lancet Medicine, vient le rappeler.

L’équipe française de recherche adossée à l’Inserm et au CHU de Dijon s’appuie sur la base de données administratives nationale française PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information). Ce fichier recense les hospitalisations dans tous les hôpitaux français, qu’ils soient publics ou  privés, ainsi que la raison de leur admission et les soins fournis. Cette étude repose alors sur l’analyse des admissions de 130 000 patients : ceux admis pour le coronavirus au printemps 2020, et ceux admis pour la grippe saisonnière entre le 1er décembre 2018 et le 28 février 2019.

Situation des hospitalisations au 17 décembre 2020. // Source : Guillaume Rozier / CovidTracker / Données Santé publique France

Il est logique que les chercheurs n’aient pas analysé les admissions à la même époque : la période particulière de l’épidémie a eu un impact sur la grippe, notamment freinée par les gestes barrières appliqués contre le coronavirus. Pour comparer de manière crédible les taux de mortalité provoqués par les deux maladies, il faut un échantillon témoin pour la grippe, sur une durée similaire, donc dans une période « en temps normal ».

3 fois plus de décès pour le coronavirus que la grippe

« Cette étude est la plus importante à ce jour permettant de comparer les deux maladies et confirme que la Covid-19 est beaucoup plus grave que la grippe », commente la Pr Catherine Quantin, chercheuse à l’Inserm, dans un communiqué envoyé à la presse. Les statistiques obtenues par l’équipe de recherche montrent des différences significatives, à la fois sur les hospitalisations et sur les complications.

En nombre d’hospitalisations, par rapport au pic épidémique de la saison grippale 2018/2019, près de deux fois plus de personnes ont été hospitalisées en raison d’une infection au coronavirus lors du pic pandémique du printemps 2020. Concernant les complications, l’étude relève plusieurs différences :

  • Davantage de patients atteints de Covid-19 ont dû être hospitalisés en soins intensifs. En effet, à l’échelle du nombre de personnes infectées, davantage de patients Covid-19 ont souffert d’une forme grave de la maladie : 14 585 patients atteints par le coronavirus sur 89 530 ont été admis en soins intensifs (16,3 %) ; tandis que 4 926 patients atteints par la grippe sur 45 819 y ont été admis (10,8 %) ;
  • La durée moyenne du séjour en soins intensifs est deux fois plus longue pour les patients atteints par le coronavirus (15 jours pour la maladie Covid-19, 8 jours pour la grippe) ;
  • Le taux de mortalité parmi les patients hospitalisés pour le coronavirus est trois fois plus élevé que celui de la grippe saisonnière : 15 104 décès sur 89 530 hospitalisations pour la maladie Covid-19 (soit 16,9 %), 2 640 décès sur 45 819 pour la grippe saisonnière (soit 5,8 %).

La maladie Covid-19 n’a jamais rien eu d’une grippette

Cette étude a deux limites, que les auteurs rappellent eux-mêmes. La méthode de dépistage pour la maladie Covid-19 était la même partout, sur la période de ces données, quand le dépistage pour la grippe peut varier d’un hôpital à l’autre. Ensuite, la grippe étant ancienne, les différences peuvent aussi s’expliquer par l’immunité plus importante dans la population pour la grippe. Quoi qu’il en soit, ces deux limites n’affaiblissent pas vraiment la portée des conclusions quant à la plus forte dangerosité du coronavirus à l’heure actuelle.

« Pris ensemble, ces résultats indiquent clairement que la Covid-19 est beaucoup plus grave que la grippe saisonnière, insiste Pascale Tubert-Bitter, directrice de recherche à l’Inserm. Alors qu’à l’heure actuelle, aucun traitement ne s’est encore avéré efficace pour prévenir la maladie grave chez les patients atteints de Covid-19, cette étude souligne l’importance de toutes les mesures de prévention (mesures barrières) et met en évidence la nécessité d’avoir accès à des vaccins efficaces. »

Plus de 1,6 millions décès du coronavirus dans le monde cette année

En tout cas, il est très clair depuis plusieurs mois que la maladie Covid-19 n’a rien d’une grippette. Dès mars 2020, on savait que le coronavirus était bien différent de la grippe, ne serait-ce que par sa nouveauté, sa contagiosité, et d’ores et déjà son taux de létalité. L’étude menée par les chercheurs de l’Inserm et du CHU de Dijon est cohérente avec ce qu’on sait de la maladie et avec travaux statistiques. Une étude britannique concluait en octobre 2020 que le taux de mortalité lié à la maladie Covid-19 est trois fois plus élevé que pour la grippe ou la pneumonie.

Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, il y a eu plus de 1,6 million de décès liés au coronavirus en 2020, alors que la grippe cause entre 290 000 et 650 000 décès par an. Rappelons par ailleurs que la nouveauté du coronavirus reste encore valable : il est trop récent pour qu’une immunité naturelle, de groupe, serve à le freiner. Il n’y a par ailleurs encore médicament scientifiquement prouvé comme efficace, et les premiers vaccins viennent tout juste d’arriver.

N’oublions jamais par ailleurs que derrière les chiffres, il y a des êtres humains. Le calvaire des personnes touchées par le coronavirus SARS-CoV-2 ne doit jamais être mis de côté dans la façon de présenter l’épidémie. Alors que la deuxième vague en France est loin d’être terminée et repart à la hausse, il faut garder ces enjeux humains à l’esprit et veiller au respect des gestes barrières.

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