Des résultats prometteurs sont publiés pour la phase 1 d'un essai clinique pour un vaccin universel contre la grippe.

Pendant que les essais cliniques pour trouver un vaccin contre le coronavirus SARS-CoV-2 suivent leur cours, et que certains ont abouti, les recherches vaccinales pour d’autres maladies se poursuivent. Parmi les défis médicaux de longue date : identifier un vaccin universel contre la grippe. Un vaccin dit « universel » serait efficace chaque année, sans être renouvelé, contre toutes les souches grippales. Étant donné que la grippe touche jusqu’à 8 millions de personnes chaque année en France, causant 10 000 à 15 000 décès, ce serait une avancée déterminante. Dans le monde, plus de 650 000 décès par an sont attribués à la grippe.

« Un vaccin contre le virus de la grippe conférant une large immunité protégerait probablement contre tout nouveau sous-type ou souche de virus de la grippe et améliorerait considérablement notre préparation à une pandémie », explique le microbiologiste Florian Krammer sur le site de l’hôpital Mount Sinaï. Il est l’auteur d’un papier publié dans Nature Medecine, le 7 décembre 2020, présentant les résultats d’essais cliniques de phase 1 d’un vaccin universel contre la grippe.

Pour Florian Krammer, ce candidat vaccin « constitue une avancée majeure par rapport aux vaccins classiques qui sont souvent mal adaptés aux souches de virus en circulation, ce qui nuit à leur efficacité. En outre, la revaccination annuelle des individus est une entreprise énorme et coûteuse. »

Phase 1 des essais cliniques

Le candidat vaccin dont Florian Krammer se félicite prend pour cible l’hémagglutinine, la protéine que l’on retrouve à la surface du virus de la grippe. C’est elle qui va s’accrocher aux récepteurs des cellules humaines pour démarrer l’infection. Les vaccins grippaux ciblent habituellement la tête de cette protéine, à son extrémité, quand celui présenté par Florian Krammer et son équipe cible la base de la protéine, à l’interaction entre la protéine et le « corps » du virus.

Virus de la grippe. // Source : CDC

L’avantage de cibler la base et non plus la tête ? Cette tête est sensible aux mutations. En cas de « glissement antigénique », le génome du virus va muter, faisant évoluer le bout de la protéine qui s’accroche aux cellules humaines. De fait, le corps reconnaît moins facilement le virus. Raison pour laquelle il faut renouveler le vaccin pour chaque souche. La base de l’hémagglutinine, qui peut se percevoir comme une racine, ne change pas. Le glissement antigénique n’a pas d’impact sur cette région de la protéine. Les microbiologistes essayent donc ici de cibler cette partie universelle.

Les travaux publiés dans Nature Medecine sont issus de la phase 1, ce qui signifie qu’il s’agit de la toute première étape des essais cliniques humains dans l’élaboration d’un vaccin. Le but est d’évaluer que la substance génère une réponse immunitaire sans causer de risques importants pour la santé. L’échantillon de participants est donc assez réduit. Pour cet essai, l’échantillon est constitué de 65 personnes. Aucun effet secondaire significatif n’a été détecté. Bien que la sécurité représentait l’objectif premier de l’essai, les chercheurs relèvent que l’immunité universelle semble persister au moins 18 mois.

L’efficacité du vaccin doit être étudiée dans les essais cliniques de phase 2 et 3, où le nombre de participants passe à des centaines puis à des dizaines de milliers de personnes. Mais ce résultat de phase 1 est très prometteur. « Cette phase de nos travaux cliniques fait progresser de manière significative notre compréhension de la réponse immunitaire en termes de longévité, et elle est grandement encourageante pour de futurs progrès de ce vaccin potentiellement révolutionnaire. »

Crédit photo de la une : Pexels

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