La « course » pour trouver un vaccin contre le coronavirus SARS-CoV-2 commence à porter ses fruits. De premières inquiétudes sont alors exprimées par certains : serait-il dangereux d'aller si vite pour un vaccin ? La réponse est non, et cette émulation scientifique est même plutôt bénéfique et rassurante.

La pandémie provoquée par la maladie Covid-19 a déclenché une « course au vaccin » historique. Alors que l’éventualité d’un vaccin nous paraissait si loin il y a encore quelques mois, l’automne 2020 a été marqué par des annonces prometteuses de plusieurs laboratoires. Pfizer et Moderna ont tout deux annoncé des résultats préliminaires affichant plus de 90 % d’efficacité. De nombreux gouvernements ont alors commencé à donner les contours d’une stratégie. La France a confirmé que la vaccination ne sera pas obligatoire.

Si la rapidité avec laquelle avance la recherche est impressionnante, cette même rapidité pourrait soulever des questionnements, voire des inquiétudes. Un vaccin est habituellement développé et mis sur le marché en plusieurs années, alors, les vaccins contre le coronavirus pourraient-ils être risqués si leur distribution advient si tôt ? Comme nous l’affirme Nathan Peiffer-Smadja, infectiologue à l’Hôpital Bichat, il n’y a clairement pas lieu de s’inquiéter de cette rapidité. En dehors des étapes méthodologiques nécessaires, incontournables, et l’attente des publications complètes finales avant de déchiffrer l’efficacité ou les risques, « il n’y a pas de règle chronologique pour établir un vaccin ».

« C’est une course commune »

Non seulement la course au vaccin n’est pas inquiétante, mais elle est même favorable : « On est face à une situation où l’ensemble des labos de recherche et entreprises qui produisent des vaccins se sont mis sur les mêmes objectifs. Il y a une partie concurrentielle, mais aussi une partie commune de recherche scientifique », explique l’infectiologue à Numerama. Les découvertes donnent lieu à des publications accessibles à toute la communauté scientifique. Pfizer a publié ses recherches dans The New England Journal of Medecine, et Moderna a fait de même. « C’est une course commune, dont les premières étapes sont partagées. C’est ce qui permet d’aller très vite. Les moyens sont maximaux, c’est du jamais-vu. »

Coronavirus SARS-CoV-2. // Source : Pexels

À cela, Nathan Peiffer-Smadja ajoute d’autres éléments venant expliquer la vitesse d’avancée des vaccins. Il y a tout simplement le virus lui-même : la famille des coronavirus est relativement connue par les scientifiques, et la structure du SARS-CoV-2 est « favorable » au développement d’un vaccin. « Sa protéine Spike, qui forme sa couronne, est accessible pour en produire avec de l’ARN, et elle ne mute pas. Cette protéine est facilement présentée aux cellules (elle sert à l’entrée virale dans les cellules humaines), ce qui permet de développer une réponse immunitaire efficace. » Les vaccins basés sur l’ARN messager ont donc été assez logiquement les premiers à aboutir à des résultats prometteurs, d’autant qu’il s’agit d’une technique assez « simple » à réaliser. Finalement, « tous les éléments sont rassemblés pour pouvoir faire des vaccins rapidement ».

La présence d’une « erreur » dans l’étude clinique d’AstraZeneca n’a quant à elle rien de vraiment inquiétante. « Ça arrive, le plus important reste que ce soit enregistré », relève Nathan Peiffer-Smadja, car cela signifie tout simplement que l’étude est correctement surveillée. D’ailleurs, un nouvel essai va avoir lieu pour ce candidat vaccin. Quant aux études mises en pause temporairement après le soupçon d’effets secondaires lourds, il n’y a rien de bien exceptionnel non plus. Quand 40 000 personnes sont vaccinées, beaucoup de choses peuvent advenir chez des patients pour diverses raisons, et ce n’est pas toujours en lien avec le vaccin. En l’occurrence, lorsque des essais ont été mis en pause dernièrement, ce n’était finalement pas lié au vaccin : ils ont donc repris. Pour l’instant, tous les candidats vaccins les plus avancés ont des résultats mettant en avant leur innocuité (absence de dangers significatifs).

« Les vaccins sont parmi les traitements les plus sûrs de l’histoire de l’humanité »

« Globalement, les vaccins sont parmi les traitements les plus sûrs de l’histoire de l’humanité », tient à nous rappeler Nathan Peiffer-Smadja. Les effets secondaires graves provoqués par des vaccins restent rares, tant et si bien que les inquiétudes ne sont pas justifiées. « Les gens se sont emballés pour des traitements dont la toxicité est infiniment supérieure aux vaccins », pointe l’infectiologue. L’hydroxychloroquine, présentée à tort il y a quelques mois comme un remède miracle, augmente la mortalité et sa toxicité cardiaque est très élevée. Le rapport bénéfices/risques est souvent beaucoup plus favorable dans les vaccins que dans les médicaments, conclut-il sur ce point.

De la vitesse, pas de la précipitation

La course au vaccin représente ce que Nathan Peiffer-Smadja nous décrit comme une « émulation ». Puisqu’il y a une conscience de l’urgence dans la recherche, toutes les informations circulent mieux et plus rapidement, ce qui accélère mécaniquement l’avancée de toutes ces recherches. Il s’agit bien de rapidité, et non de précipitation. La différence est importante, aucun vaccin ne sera bâclé (et encore moins mis sur le marché si c’était le cas). Ainsi, toutes les phases habituelles ont été scrupuleusement respectées. « Cela a été vite, mais tout est très standard », relève Nathan Peiffer-Smadja. Avant d’en arriver aux pourcentages préliminaires d’efficacité qui ont été diffusés par certains laboratoires, il y a eu d’abord une étude préclinique, puis une phase 1 avec de petits groupes, puis une phase 2 avec bien davantage de personnes, puis enfin la fameuse phase 3 avec des dizaines de milliers de patients.

« l’enjeu est tel que ce sera encore plus regardé, scruté, détaillé et analysé que d’habitude  »

Ce respect scrupuleux des phases et de la méthode doit aussi conduire à rappeler que tous les résultats de phase 3 qui ont été diffusés à ce jour — Pfizer, Moderna, AstraZeneca — sont des résultats préliminaires, et non pas finaux. Il s’agit donc exclusivement, en cette fin novembre, de communiqués de presse. Nous n’avons pas accès à ces données. Elles seront publiées plus tard, lors de la finalisation des études. « Avant de tirer des conclusions, il faut attendre les publications scientifiques », rappelle Nathan Peiffer-Smadja. Quant à l’homologation, elle sera faite dans les règles « voire avec plus encore d’exigence ».

Car cette rapidité dénuée de précipitation concerna également la régulation des autorités sanitaires. Les autorisations seront fournies dans l’urgence, car les procédures d’acceptation seront simplifiées sur le plan administratif — sur le plan administratif seulement. « Ça ne veut pas dire que ce sera fait de façon moins fiable, au contraire : l’enjeu est tel que ce sera encore plus regardé, scruté, détaillé et analysé que d’habitude », estime Nathan Peiffer-Smadja. La pression du contexte pandémique décuple la nécessité, pour les laboratoires et pour les autorités, de faire preuve de méthode.

Voilà une énième occasion de rappeler, d’ailleurs, que le suivi d’une méthode rigoureuse sert à sauver des vies, et même lorsque le processus est accéléré, il s’agit d’accélérer la méthode, pas de faire cavalier seul.

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