On connait un peu mieux les caractéristiques de 2020 CD3, cette « mini-lune » qui a temporairement été capturée par la Terre. Des scientifiques estiment qu'on peut exclure l'hypothèse d'un objet artificiel : pourquoi ?

Entre 2016 et 2020, un petit objet a été momentanément capturé par la Terre : une « mini-lune » baptisée 2020 CD3. On en sait désormais davantage sur les caractéristiques de ce satellite temporaire. Une équipe de scientifiques, qui a publié le 23 novembre 2020 dans The Astronomical Journal, estime qu’il ne peut pas s’agir d’un objet artificiel, a repéré Universe Today.

« 2020 CD3 est un objet naturel », peut-on lire dans l’étude (dont une prépublication est consultable sur arXiv). Pour les auteurs, il s’agit d’un astéroïde composé de silicates, qui doit appartenir soit au groupe des astéroïdes de type S (pour « silice »), soit à celui des astéroïdes de type V (pour « Vesta », un astéroïde de la ceinture principale). Dans le premier cas, il s’agit d’astéroïdes très brillants et riches en métaux. Dans le deuxième cas, il s’agirait de fragments de l’astéroïde Vesta.

Orbite de 2020 CD3 (en rose) autour de la Terre (en bleu). La Lune est en jaune. // Source : Wikimedia/CC/Phoenix7777

Si 2020 CD3 était artificiel, comment le Soleil influencerait-il son orbite ?

« La découverte d’un objet sur une orbite géocentrique fait toujours soupçonner une origine artificielle, mais pendant les 2,5 semaines suivant sa découverte, 2020 CD3 n’a pas pu être lié à un objet artificiel, ni exclu d’avoir une origine naturelle », écrivent les scientifiques. Comment peuvent-ils être si sûrs que l’objet n’est pas un morceau de fusée ? Après tout, ce ne serait pas un cas isolé : récemment, plusieurs indices ont laissé soupçonner qu’un autre objet capturé par la Terre, baptisé 2020 SO, était très probablement un morceau de fusée.

Les auteurs ont établi une comparaison entre la surface et la masse de l’objet. Pour un objet artificiel comme un propulseur de fusée, le rapport entre la surface et la masse est élevé, puisque l’objet est creux (contrairement à une roche). Par ailleurs, tous les objets du système solaire subissent des effets liés à la présence du Soleil, proportionnels à leur surface. Si 2020 CD3 était artificiel, le Soleil devrait avoir une influence sur son orbite bien plus importante : c’est pourquoi les scientifiques pensent qu’il est plutôt solide. C’est d’ailleurs le même raisonnement qui a en partie été utilisé pour estimer que 2020 SO est très certainement artificiel. La Nasa comparait alors cela à une canette vide, qui serait plus facilement portée par le vent qu’une pierre.

Toute une population de « mini-lunes » à découvrir ?

Pour détailler les caractéristiques de cette « mini-lune », les scientifiques ont travaillé à partir de données collectées entre février et mai 2020, à l’aide de plusieurs observatoires : le Télescope optique nordique (îles Canaries), le télescope Canada-France-Hawaï, l’observatoire Lowell (Arizona), le télescope de 88 pouces (2,2 mètres) de l’Université d’Hawaï, ou encore l’observatoire de Calar Alto (Espagne).

Les scientifiques pensent que davantage de découvertes de « mini-lunes » comme celle-ci sont à prévoir à l’avenir : « La découverte et la caractérisation de 2020 CD3 ouvrent la voie à l’observation des mini-lunes en tant que population, plutôt qu’en tant que curiosité avec des découvertes fortuites », écrivent-ils. Le futur observatoire Vera-C.-Rubin, en cours de construction au Chili, pourrait permettre de découvrir davantage de satellites temporairement capturés par la Terre. Les scientifiques concluent en disant que de telles découvertes pourront peut-être encourager des projets de missions vers « ces objets inexplorés à la frontière entre l’astéroïde et le météoroïde ».

Crédit photo de la une : Capture d'écran orbitsimulator.com

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo