Un nouveau foyer de propagation du coronavirus est apparu à Beijing, en Chine. Une situation décrite comme « extrêmement grave » par les autorités chinoises. Mais est-ce pour autant une raison pour parler de deuxième vague ? La réponse est non.

En France, la sortie du confinement se généralise toujours un peu plus avec, depuis le 15 juin 2020, la réouverture complète des restaurants et des cafés, ou encore la reprise des visites en Ehpad. Les crèches, écoles et collèges rouvriront le 22 juin, tandis que le second tour des municipales est maintenu au 28 juin. La vie semble en partie reprendre son cours, bien que ce soit avec l’omniprésence nécessaire des gestes barrière : si l’épidémie est « contrôlée », le coronavirus continue de circuler en toile de fond. L’inquiétude se maintient envers une possible recrudescence de nouveaux cas, conduisant à l’émergence d’une deuxième vague.

Cette inquiétude est nourrie d’exemples provenant de pays où les chiffres repartent à la hausse, en raison de nouveaux foyers localisés de contamination. Au 16 juin, le nombre de personnes infectées a sensiblement ré-augmenté en Israël. Aux États-Unis, alors même que l’épidémie n’est pas encore totalement contrôlée, de nouveaux pics sont observés dans certains États.

Mais surtout, au centre de l’attention en ce moment, on trouve la capitale de la Chine, Beijing. Celle-ci connaît également une nouvelle hausse du nombre de cas, alors même qu’elle n’en avait aucun depuis plusieurs semaines. Résultat, la ville est en reconfinement partiel, ce qui inclut par exemple la fermeture des écoles, la quarantaine de certaines zones résidentielles et l’annulation de 70 % des vols. Le marché de la capitale est fermé depuis que des traces du pathogène ont été retrouvées sur des surfaces. La situation décrite comme «  extrêmement grave » par les autorités chinoises.

Mais, au-delà de la rhétorique du gouvernement chinois, cette recrudescence peut-elle être assimilée à des deuxièmes vagues épidémiques ?

Le respect du port du masques, notamment dans les transports en commun, fait partie des bonnes pratiques pouvant empêcher l’émergence d’une deuxième vague. // Pexels

Ce sont encore les résultats de la première vague

Sur l’existence ou non d’une deuxième vague en Chine, et notamment à Beijing où l’on retrouve un nouveau foyer, le terme serait clairement mal choisi. Le directeur exécutif du programme d’urgence sanitaire de l’OMS Michael Ryan a tenu à rappeler, lors d’une conférence de presse, que «  la majeure partie du monde est encore aujourd’hui en proie à la première vague de la pandémie ».

« Ce n’est pas nécessairement une deuxième vague »

Les nouveaux foyers qui apparaissent dans le monde en ce moment sont à chaque fois partie intégrante de la première vague, puisqu’ils sont la conséquence logique de la sortie de confinement. Étant donné que le coronavirus ne s’arrête pas de circuler tant qu’il n’y a ni vaccin ni immunité collective, la reprise de rapports sociaux ou la réouverture de lieux de vie en communauté comportent des risques de propagation. «  Il n’est pas du tout surprenant que les pays sortant d’une situation de confinement puissent avoir des foyers de la maladie, (…) ce n’est pas nécessairement une deuxième vague », indiquait Michael Ryan lors de la conférence de presse.

Les nouveaux cas n’illustrent pas d’emballement

Lorsque des projections sont dressées sur l’avenir de la pandémie liée à Covid-19, les scénarios n’évoquent pas de deuxième vague avant la rentrée. Pour que l’on parle véritablement de nouvelle vague, elle doit être précédée d’un creux prolongé et, surtout, condition sine qua non, se caractériser par un véritable retour en force. On est en présence d’une nouvelle vague s’il y a un pic, c’est-à-dire que la fréquence d’augmentation des infections « s’emballe » en se démultipliant (par exemple en doublant chaque jour). L’apparition de nouveaux cas ne relève pas en soi d’un emballement.

En Chine, aucun signal ne montre à l’heure actuelle un tel emballement. La situation apparaît même sous contrôle — entre reconfinement partiel et dépistage massif porté à 90 000 tests par jour (à peu près deux fois plus qu’en France). Ce sont 137 cas de coronavirus qui ont été confirmés en l’espace de six jours. Sur cette échelle de temps, cela ne présage pas un pic dans l’immédiat. Les chiffres sont également assez proches de ce qu’on observe dans beaucoup de pays dont le déconfinement est récent, puisque de nouveaux foyers sont apparus en Italie (à Rome notamment) ou encore en Allemagne. Des foyers réapparaissent aussi en France, par exemple en raison de regroupements familiaux.

Il faut distinguer l’émergence de nouveaux foyers d’une nouvelle vague

En clair, l’idée à retenir est qu’il faut bien faire la distinction entre

  • 1) une deuxième vague signifiant un nouveau pic, et pouvant mener à potentielle saturation des hôpitaux ;
  • 2) l’apparition de nouveaux foyers en raison de la présence, en toile de fond, d’un coronavirus contre lequel nous ne sommes pas immunisés.

Ces foyers, tant qu’ils sont maîtrisés et maîtrisables, ne sont pas l’indice d’une seconde vague. Même l’émergence d’un « cluster critique » nécessitant un reconfinement localisé, comme l’évoquait le Conseil scientifique français, n’illustre pas forcément un début de seconde vague.

Il faut donc garder à l’esprit qu’au-delà de tout alarmisme sensationnaliste et toute projection à long terme, la plupart des scientifiques maintiennent une position selon laquelle aucune réponse tranchée ne peut être légitimement apportée sur les secondes vagues possibles de cette pandémie.

Partager sur les réseaux sociaux