Le dernier groupe de mammouths s'est éteint il y a 4 000 ans, sur une île de l'océan Arctique. Cette fin fut brutale, et non pas progressive comme sur d'autres îles. Une nouvelle étude scientifique tente d'en expliquer les raisons.

Les imposants mammouths laineux ont autrefois peuplé en masse la planète. L’espèce est aujourd’hui entièrement éteinte. Le clap de fin pour l’ancêtre de l’éléphant a eu lieu il y a de cela 4 000 ans. C’est à cette époque, récente à l’échelle terrestre, que les derniers survivants se sont éteints, isolés sur la petite île de Wrangel, dans l’océan Arctique. Pourquoi le glas a-t-il sonné si vite pour ce dernier groupe ? Une enquête archéologique a été menée, dont les résultats ont été publiés le 15 octobre 2019 dans Quaternary Science Reviews.

L’extinction massive des mammouths laineux s’est déclenchée il y a 15 000 à 12 000 ans avant notre ère, lorsque la fin de l’âge de glace a signé le début d’une augmentation des températures, ce qui est venu s’ajouter à leur chasse intensive. Le réchauffement a entraîné une réduction des surfaces habitables, principalement à cause de la montée des eaux. Il y a 10 000 ans, des petits groupes de mammouths résistent encore, répartis et piégés sur différentes îles. Le processus d’extinction s’est poursuivi jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul groupe, sur l’île de Wrangel.

Les mammouths laineux ont commencé à disparaître il y a entre 15 000 et 12 000 ans avant notre ère. // Source : Flying Puffin

Le scénario d’extinction diffère des autres groupes de mammouths

Ce petit groupe de survivants a vécu longtemps en autonomie, loin des chasseurs humains, et dans un contexte environnemental stable. Pourtant, les preuves archéologiques montrent que leur extinction a été rapide, brutale il y a 4 000 ans : « le mammouth laineux sur l’île de Wrangel est mort abruptement, sans signe préalable d’un déclin de la population », indique le papier. Les scientifiques ont donc voulu comprendre ce phénomène.

À partir de l’analyse isotopique des ossements du corps, des défenses et des dents de 77 spécimens provenant de l’île, et en les comparant avec d’autres groupes sur une grande échelle de temps (40 000 à 4 000 ans avant notre ère), aucun élément n’a été trouvé prouvant une mauvaise alimentation ou un mauvais habitat chez ces derniers représentants de leur espèce. C’est même le contraire, les mammouths de Wrangel menaient plutôt la belle vie, là où d’autres mammouths, ailleurs dans le monde et avant eux, sont progressivement morts de faim, ou bien ont vu leur habitat se réduire toujours un peu plus avec le réchauffement.

Ils étaient génétiquement affaiblis

Les explications pour l’île de Wrangel seraient multiples. Premièrement, les études génétiques montrent que cette petite population de mammouths faisait face à une forte consanguinité, ce qui les a rendus plus vulnérables. Effectivement, la détérioration génétique causée par la reproduction consanguine a altéré la capacité des mammouths à métaboliser des réserves de graisse. Ils pouvaient donc moins facilement supporter le froid. Ensuite, un niveau soudainement élevé de sulfure et de sodium a été relevé dans les os, ce qui suggère que les roches se sont abîmées (probablement à cause de pluies répétées), en relâchant des substances nocives dans les ressources en eau.

Cette étude a été réalisée à partir des ossements de 77 spécimens. // Source : Pixabay

Finalement, si les mammouths de Wrangel se portaient bien en soi, leur capacité de résilience et leur système immunitaire étaient faibles. Il ne fallait donc pas qu’un événement météorologique trop intense advienne. Or, ce fut justement le cas, selon les chercheurs.

Il ne fallait donc pas qu’un événement météorologique trop intense advienne. Or, ce fut justement le cas.

Puisqu’il semblerait que les mammouths soient tous morts durant l’hiver, l’une des explications avancées par les scientifiques est une pluie hivernale : un tel phénomène transforme l’eau en glace, ce qui gèle les sols. Résultat, l’accès à la nourriture est impossible. Et puisqu’ils étaient déjà génétiquement affaiblis dans leur capacité à faire des réserves de graisse, et probablement en partie empoisonnés par l’eau, alors ils n’ont pas pu survivre à cette période extrême.

Les auteurs de la recherche ne veulent pas entièrement écarter la piste d’un rôle quelconque des humains, mais il n’y a aucune preuve : les premières traces d’humains sur cette île datent de centaines d’années après cette extinction.

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