Un astéroïde est passé à proximité de la Terre le 25 juillet 2019. L'objet n'a été détecté que peu de temps avant son croisement avec notre planète. Pourquoi certains corps célestes ne sont-ils pas repérés ?

Un astéroïde a frôlé la Terre le jeudi 25 juillet aux alentours de 3 heures du matin. L’objet est passé à 70 000 kilomètres de nous, soit 5 fois moins que la distance entre la Terre et la Lune (384 400 kilomètres). Surnommé Asteroid 2019 OK, le corps céleste n’a été détecté que tardivement. La Nasa l’avait découvert le 28 juin dernier. L’astéroïde, qui fait entre 57 et 130 mètres, est un géocroiseur de la famille Apollo (un astéroïde qui évolue à proximité de la Terre).

La présence de cet astéroïde n’a été correctement identifiée que quelques heures avant son croisement avec notre planète. Pourquoi les scientifiques n’ont-ils pas pris plus tôt la mesure de cet événement ? « C’était inhabituel car il s’approchait de nous et parce qu’il venait pratiquement en direction du Soleil », explique Kris Stanek, astronome à l’université d’État de l’Ohio auprès de Public Radio International. Asteroid 2019 OK n’a semble-t-il pas été identifié plus tôt en raison de sa taille réduite et de la direction dans laquelle il arrivait vers nous.

D’autres objets sont presque passés inaperçus

Ce n’est pas la première fois que les scientifiques ont des difficultés à détecter un objet qui pourrait nous frôler ou nous heurter. En décembre 2018, une explosion de météore était presque passée inaperçue au-dessus de la mer de Béring, en Russie. L’objet a explosé à 25,6 kilomètres d’altitude, entrainant une déflagration équivalente à 10 fois celle provoquée par la bombe atomique à Hiroshima. Il avait fallu 3 mois que pour que l’événement soit enfin détecté. Pourquoi des corps célestes semblent-ils échapper à notre vigilance ?

Les restes du météore qui s’est fragmenté au-dessus de la mer de Béring. // Source : NASA/GSFC (photo recadrée)

Pour le comprendre, il faut rappeler comment sont repérés les astéroïdes dans l’espace. « Un astéroïde plus grand réfléchira plus de lumière solaire et paraîtra par conséquent plus lumineux dans le ciel — à une distance donnée de la Terre. Ainsi, plus l’objet est petit, plus il doit être proche de la Terre avant que nous puissions le repérer », explique Jonti Horner, astronome à l’université de Southern Queensland (Australie), dans un article publié sur The Conversation. Le météore tombé au-dessus de la mer de Béring devait faire entre 10 et 20 mètres de diamètre. L’astéroïde qui a frôlé la Terre jeudi dernier semble aussi avoir été trop petit pour être repéré par les télescopes qui surveillent le ciel à la recherche d’objets potentiellement dangereux.

Ces impacts étranges, plutôt la norme que l’exception

« La grande majorité du temps, [ces objets] sont simplement indétectables. Par conséquent, avoir des impacts comme ceux-là, qui semblent sortis de nulle part est la norme, plutôt que l’exception ! », poursuit le spécialiste, reprenant l’exemple du météore qui a explosé en Russie.

En février 2013, un autre météore s’est fragmenté dans le ciel russe. Baptisé le superbolide de Tcheliabinsk, l’objet mesurait entre 15 et 17 mètres et a explosé à une altitude de 30 à 45 kilomètres. Ce bolide avait un point commun avec Asteroid 2019 OK : il venait de la direction du Soleil. « En se déplaçant sur son orbite autour du Soleil, il s’est approché de nous dans le ciel de jour, totalement caché par la lumière du Soleil », note Jonti Horner.

La trace laissée par le superbolide de Tcheliabinsk. // Source : Wikimedia/CC/Uragan. TT (photo recadrée)

À l’heure actuelle, d’importants moyens sont déployés pour chercher dans l’espace les débris et objets qui pourraient potentiellement menacer la Terre, avant qu’un tel événement ne se produise. Le programme ASAS-SN (« All Sky Automated Survey for SuperNovae », signifiant Relevé automatisé sur tout le ciel de supernovas), dont fait partie Kris Stanek, déploie ainsi 20 petits télescopes pour observer le ciel. Les instruments sont installés à Hawaii, au Texas, au Chili et en Afrique du Sud et un logiciel permet de détecter les éléments lumineux inhabituels dans le ciel.

Si l’objet est détecté tôt, meilleure sera la prédiction

De son côté, la Nasa a répertorié les différents objets géocroiseurs découverts, dont 896 sont des objets qui ont une taille de plus d’un kilomètre et 8 698 mesurent moins de 140 mètres. Lorsque ces objets sont repérés, il est possible d’estimer leurs orbites et de savoir si un impact est probable. « Plus nous pouvons observer longtemps un objet donné, meilleure sera la prédiction », écrit Jonti Horner dans The Conversation.

Mais il reste de nombreux objets qui ne sont pas détectés suffisamment tôt. « Si nous découvrons qu’une collision est prévue dans les prochains jours, nous pourrons déterminer où et quand la collision se produira », explique Jonti Horner. Si l’objet est repéré plus tôt, les scientifiques peuvent plus aisément dire s’il est dangereux ou s’il se fragmentera « de façon spectaculaire mais inoffensive » en arrivant.

Que se passerait-il si nous détections un jour un objet représentant une menace sérieuse ? La stratégie pourrait consister à détourner la course de ce corps. Tenter de le détruire ne serait pas forcément la solution, ont prévenu des scientifiques dans une étude publiée cette année. D’ici 2022, la Nasa a l’intention de s’entraîner à dévier un astéroïde : l’agence visera le système Didymos, qui ne représente pas de danger pour la Terre.

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