Une étude publiée le 22 octobre montre un lien entre consommation de produits bio et risque de cancer. Mais gare à l'emballement.

Manger des radis bio ne va pas vous éviter un cancer. Du moins, ce n’est pas aussi simple que l’ont présenté de nombreux médias suite à la publication d’une étude française le 22 octobre dans la revue Jama Internal Medicine.

Un « risque » 25 % moins élevé ?

Dans le cadre de leur étude, les chercheurs ont interrogé environ 70 000 Français et Françaises sur leur alimentation, durant 7 années consécutives. Une liste de 16 aliments avait été établie. À chaque entrevue, ils devaient indiquer si ils les consommaient bio « occasionnellement », « la plupart du temps » ou « jamais ».

Le rayon bio d’un supermarché. // Source : Pixabay / currentisnow

Parmi les 70 000 personnes, 1 340 ont développé un cancer en sept ans. La plupart étaient des cancers du sein (459 cas), de la prostate (180), et de la peau (135). On comptait aussi 99 cancers colorectaux, 47 lymphomes non-hodgkiniens (type de cancer du système lymphatique), et 15 autres lymphomes.

L’étude se conclut sur le constat qu’une consommation importante d’aliments bio permet de réduire le risque de cancer – ce qui serait lié à la quantité plus faible de pesticides. Les personnes en mangeant le plus verraient ainsi ce risque chuter de près de 25 % par rapport à ceux qui en mangeaient le moins.

Ce chiffre a de quoi donner envie de tout de suite filer au supermarché et de dévaliser le rayon bio. Sauf qu’à bien y regarder, les faits sont un peu plus complexes.

Un écart limité qui ne vaut que pour deux types de cancers

Derrière l’écart de 25 % déjà, se cache un autre chiffre, moins enthousiasmant : chez les non-consommateurs ou petits consommateurs de produits bio, on ne compte en fait que 6 cancers de plus pour 1000 individus (soit une réduction du risque de seulement 0,6 % en terme absolu).

Par ailleurs, il est difficile d’établir un lien de cause à effet direct entre les produits bio ingérés et le risque de cancer en ne se basant que sur cette étude, comme l’ont d’ailleurs souligné nos confrères du Figaro.

Un panel de volontaires éclairés

Les 70 000 personnes sur lesquelles elle portait ont été sélectionnées parmi un panel de consommateurs bien précis, sur NutriNet, un site où chacun peut s’inscrire pour participer à des études sur l’alimentation, ce qui dénote déjà d’un intérêt pour le sujet et pour la santé en général, et ce qui fausse donc un peu la représentativité de l’échantillon (selon les chercheurs, il serait composé de personnes adoptant des comportements alimentaires plus sains que la moyenne des français).

Ensuite, la baisse du risque de cancer ne s’observe en fait que sur deux types de cancers : le cancer du sein post-ménopause, et les lymphomes, précise une note signée par des chercheurs de l’Université de Harvard qui accompagne l’étude.

Les « faiblesses significatives » de l’étude

Ces derniers invitent à interpréter « prudemment » les résultats de l’étude, à laquelle ils prêtent des « faiblesses significatives ».

Les chercheurs français de leur côté, reconnaissent également quelques biais. En plus de ceux cités ci-au-dessus, ils regrettent de ne pas avoir pu quantifier de manière précise la quantité de produits bio ingérés (le terme « la plupart du temps » n’indique ainsi qu’une proportion de carottes bio, mais pas le nombre précis de carottes avalées au total).

Par ailleurs, ils estiment que le mode de vie des personnes interrogées a pu jouer sur le risque de cancer. Les personnes qui consomment plus de bio sont généralement susceptibles de manger beaucoup de légumes, ou d’avoir une hygiène de vie saine et sportive. Certains de ces facteurs ont été pris en compte, mais il est parfois difficile de les isoler complètement, ce qui a pu fausser en partie les résultats.

À lire sur Numerama : L’IA de Google détecterait les cancers du sein mieux que les médecins

Crédit photo de la une : CC Brooke Cagle

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