Officiellement, la Nasa enverra des astronautes sur la Lune fin 2025. Dans les faits, cette échéance apparaît de plus en plus intenable. La cour des comptes américaine anticipe un glissement à début 2027. La Nasa est confrontée à trop de difficultés pour tenir son calendrier.

Le retour des astronautes américains sur la Lune dès 2025 est un calendrier jugé de plus en plus irréaliste à Washington. C’est en filigrane ce qui ressort d’un rapport du Government Accountability Office, l’équivalent de la Cour des comptes aux États-Unis. Cette mission habitée, programmée actuellement à décembre 2025, risque en réalité de glisser à début 2027.

Publié le 30 novembre, il fait suite à un précédent point d’étape datant du mois de septembre 2022. Durant cette période de pratiquement un an et trois mois, le GAO reconnaît les efforts de l’agence spatiale américaine (Nasa) et de ses sous-traitants pour faire avancer le programme Artémis — le nom donné aux missions habitées à destination du satellite.

Il y a eu notamment la réussite de la mission Artémis 1, qui a permis de tester la fusée Space Launch System (SLS) en conditions réelles, tout comme la capsule Orion, qui accueillera plus tard un équipage (lors de ce vol, elle était inhabitée). Elle a été l’occasion de s’entraîner à se placer sur une orbite lunaire, avant de revenir sur Terre.

Des défis en cascade sur le programme, le Starship, les combinaisons…

C’est bien, mais c’est trop peu. La Nasa et ses partenaires « restent confrontés à de nombreux défis dans le développement du système d’atterrissage humain et des combinaisons spatiales », écrit la cour des comptes américaines. Il y a notamment de nombreux obstacles qui doivent encore être franchis, qui rendent improbable un alunissage dans deux ans.

Parmi les éléments préoccupants figure le calendrier de la Nasa pour boucler le développement de son système d’atterrissage humain. L’agence s’est donnée 79 mois pour y parvenir, mais la cour des comptes relève que c’est 13 mois de moins que la moyenne de ses autres grands projets. Or, un vol habité sur la Lune est un projet extraordinairement ardu.

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Le décollage du SLS. // Source : Joel Kowsky

« La complexité du vol spatial habité rend peu réaliste l’objectif de terminer le développement plus d’un an plus rapidement que la moyenne », écrit ainsi le GAO. Cela, d’autant que du retard a déjà été accumulé, y compris sur des évènements clés du programme. En date de septembre 2023, huit des treize évènements concernés ont été retardés au moins six mois.

Par ailleurs, « deux de ces événements ont été reportés à 2025 », qui est pourtant l’année prévue pour les débuts de l’atterrisseur lunaire. Cela offre nettement moins de marge de manœuvre en cas de difficulté. Cela vaut aussi pour SpaceX, qui est un partenaire clé de la Nasa. Il s’est écoulé sept mois entre le premier essai du Starship et le suivant. Et ce n’est pas encore concluant.

C’est justement un autre élément de méfiance mis en avant par l’organisme : SpaceX « doit boucler un grand nombre de travaux techniques complexes pour soutenir la mission d’atterrissage lunaire Artemis III, notamment en développant la capacité de stocker et de transférer du propergol en orbite ». Or, d’après la Nasa, SpaceX « a fait des progrès limités » dans ce domaine.

Le développement du Starship est aussi une source de préoccupation. Certes, il y a eu du mieux avec le deuxième essai du mois de novembre 2023. Plusieurs étapes supplémentaires ont pu être validées. Mais là aussi, on se demande si SpaceX aura assez de temps pour valider toutes les étapes requises pour avoir une fusée capable de faire la navette lunaire.

Combinaison spatiale Axiom Space AxEMU. // Source : Axiom Space
Combinaison spatiale Axiom Space AxEMU. // Source : Axiom Space

La fabrication des nouvelles combinaisons spatiales est aussi un challenge. « La conception initiale de la NASA ne prévoyait pas le minimum d’équipements de survie d’urgence nécessaire pour la mission Artemis III », pointe le GAO. Dès lors, Axiom, qui s’occupe de ces combinaisons, « pourrait revoir la conception de certains aspects », ce qui entrainerait un autre retard.

Tous ces éléments mis bout à bout rendent le respect initial du calendrier de la Nasa assez illusoire. Pour le GAO, en tout cas, c’est « peu probable que l’alunissage en équipage d’Artémis III ait lieu en 2025 ». Il faudra rajouter au moins une année de plus pour résoudre les difficultés actuelles et parer d’éventuels imprévus.

Artémis III glisserait donc de décembre 2025 à début 2027, selon les estimations du GAO. Il reste à voir si la Nasa finira par s’aligner sur ce nouveau planning. Pour ce qui est de la mission précédente, en revanche, l’échéance reste pour le moment la même : Artémis II est censée avoir lieu à la toute fin de l’année 2024. Il s’agira de reproduire le vol d’Artémis I, mais avec un équipage.


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