La France vit un épisode de chaleur remarquable en plein mois d’octobre. Toutefois, il est erroné de parler d’ « été indien ». L’expression est dénuée de sens de notre côté de l’Atlantique.

« Toute la semaine, ce sera l’été indien ». L’expression d’ « été indien » a ressurgi, alors que la France connait un nouvel épisode de chaleur, avec des températures atteignant les 30° C, en plein mois d’octobre. Depuis le samedi 15 octobre, une masse d’air chaud remonte sur le pays, par le sud-ouest, avait anticipé Météo France. Il s’agit incontestablement d’un épisode de chaleur remarquable pour la période automnale. Mais, cela n’a pas réellement de sens de le décrire comme un « été indien ».

L’ « été indien » n’existe qu’en Amérique du Nord

Contacté par Numerama, le service de presse de Météo France a confirmé que l’expression n’est pas utilisée à bon escient. Parler d’ « été indien » pour désigner une période de beau temps à l’automne en France est malvenu. L’expression renvoie à une particularité du climat en Amérique du Nord. L’origine du terme remonte à la fin du 18e siècle. « Il s’agit d’une période de temps très doux, ensoleillé et sec qui se produit après les premiers gels, en octobre ou novembre au Canada, résume Météo France dans une page de son site dédiée au phénomène. La température dépasse alors 18 °C et le ciel est limpide. Ces périodes de douceur tardive varient de 3 à 8 jours. »

La France est certes située à la même latitude (distance à l’équateur) que le sud du Québec, mais il n’y a pas d’été indien pour autant dans l’hexagone. Le climat est différent en France, avec « un caractère continental beaucoup moins marqué, sous influence océanique », indique Météo France. Les gelées sont plus tardives en France qu’en Amérique du Nord, et les épisodes de redoux sont moins marqués. « La variabilité climatique y est simplement plus faible qu’en Amérique du Nord, et une situation de type ‘été indien’ utilisant la définition nord-américaine y est ainsi improbable. »

Une « plume de chaleur encordée » : qu’est-ce que c’est ?

Alors, à quel genre de phénomène assiste-t-on en France en cette mi-octobre 2022 ? Cette nouvelle salve de chaleur vient d’une remontée d’air chaud en provenance du Maghreb. Le climatologue Christophe Cassou parle de « plume de chaleur encordée » — il avait déjà évoqué le phénomène de plume de chaleur en juin. « La plume de chaleur correspond au transport/advection d’un air chaud et sec par des vents de sud », décrit l’expert sur Twitter. On voit notamment cette aspiration d’air sur la carte suivante.

L'air chaud aspiré vers le nord, une « plume de chaleur ». // Source : Via Twitter @cassouman40
L’air chaud aspiré vers le nord, une « plume de chaleur ». // Source : Via Twitter @cassouman40

Mais, ce n’est pas tout : il y a dans le même temps « un vaste système dépressionnaire […] sur le Proche Atlantique qui génère des vents cycloniques ». Ce système joue un rôle d’aspirateur de l’air. « La vague de chaleur de cette semaine a une origine d’échelle planétaire », selon Christophe Cassou.

Il résume la situation ainsi : « La plume de chaleur de cette semaine est le résultat d’une circulation dynamique ondulatoire d’échelle planétaire dont la source se trouve dans le Pacifique, avec amplification sur l’Atlantique le long de la propagation de l’onde. »

Quel est l’impact du changement climatique dans cet épisode de chaleur ?

Quel est le lien avec le changement climatique ? Le scientifique rappelle bien que ces dynamiques de nord-sud à l’origine de vagues de chaleur ou de froid ne sont pas créées par l’influence humaine. Ce sont « des processus de fluctuations naturelles du climat ». Mais, les activités humaines ont bien une influence sur les effets de ces phénomènes, notamment la température et l’humidité. « [L’influence humaine] renforce les conditions chaudes et sèches dues à la seule circulation atmosphérique (d’origine naturelle) et à l’opposé, elle atténue les conditions froides. »

Il y avait déjà des épisodes extrêmes comme celui-ci avant que l’humain ait une incidence sur le climat. Cependant, désormais, « l’influence humaine […] favorise l’émergence de phénomènes exceptionnels, même avec le réchauffement planétaire actuel. » Et, cela ne devrait pas s’améliorer à l’avenir : d’ici à la fin du 21e siècle, l’impact du réchauffement planétaire s’annonce bien pire en France que prévu.

Pour Christophe Cassou, il ne fait aucun doute que « nous vivons un avant-gout de notre futur climatique » lors de ce type d’épisode de chaleur. Peut-être qu’au lieu de parler d’été indien sans fondement, il serait donc plus judicieux de se concentrer sur les priorités : réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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