Jared Leto et Anne Hathaway incarnent avec conviction Adam et Rebekah Neumann, un couple iconique pour leur mauvaise gestion de la startup américaine WeWork. Leur histoire improbable est racontée dans la mini-série WeCrashed. Mais où est l’autodérision ? Notre critique de cette production aux épisodes… interminables.

En 2019, la compagnie de coworking WeWork virait son CEO et co-fondateur, Adam Neumann, après douze ans d’une odyssée financière douteuse. Comment en est-on arrivés à cette chute d’un empire et d’un entrepreneur si sûr de lui qu’il s’en est brûlé les ailes, tel un Icare moderne et narcissique ? C’est tout le sujet de WeCrashed, la nouvelle production de la plateforme Apple TV+. Adaptée du podcast éponyme diffusé par Wondery aux États-Unis, cette mini-série dresse le portrait peu flatteur d’Adam Neumann, jeune israélien plein d’ambition, et de sa femme, Rebekah Neumann, qui l’a suivi dans tous ses projets. Une histoire d’amour naïve aux conséquences financières catastrophiques, pour une entreprise qui valait autrefois 47 milliards de dollars.

Licornes et poudre de perlinpinpin

Si WeCrashed débute par le déclin de WeWork dès ses premières minutes, elle ne tarde pas à nous ramener au quotidien d’Adam Neumann, douze ans auparavant. À l’époque, le trentenaire est un minable vendeur de produits en tout genres, des genouillères pour bébés aux talons incassables. En parallèle, il suit des cours d’économie, où il rencontre Miguel McKelvey, qui deviendra son partenaire financier et son plus fidèle ami.

Ils fondent d’abord Greendesk, un espace de coworking aux accents écolos, avant de se lancer dans l’aventure WeWork. D’investisseurs luxueux en bâtiments rénovés, ils parviennent à réaliser leur rêve : une entreprise de coworking avec des bureaux aux quatre coins du monde et des millions de dollars en jeu.

WeCrashed
Les fondateurs de WeWork démarrent leur startup dans un placard à balais // Source : Apple TV+

Mais au fil des premiers épisodes, on comprend très vite qu’Adam Neumann n’est qu’une licorne : trop beau pour être vrai. L’animal fantastique est même au centre du générique loufoque de la série. Il faut dire que l’entrepreneur israélien a souvent été mis sur un piédestal et fait l’objet de comparaisons majestueuses. WeCrashed s’attelle justement à montrer l’autre visage de cette poudre de perlimpinpin.

Une version sérieuse du Palmashow

Adam Neumann est alors présenté comme un homme égoïste, flemmard, qui n’est bon qu’à vendre et faire la parlotte. Il sait convaincre et manipuler une audience, personne n’en doute. Mais le vrai travail derrière WeWork est plutôt assuré par ses collaborateurs, qu’il fait travailler à sa place en leur glissant deux ou trois compliments pour faire passer la pilule. Même ses interactions amoureuses sont laborieuses : à son premier rendez-vous avec Rebekah, il se pointe avec trois quarts d’heure de retard en ayant soi-disant oublié son portefeuille. Pourtant, les deux tourtereaux vivent une relation passionnée et ils passent leur temps à se convaincre qu’ils sont des stars, des supernovas. Rebekah est d’ailleurs considérée comme l’âme de l’entreprise, celle qui provoque leur chance à coups de « Namasté » et de cours de yoga.

Le duo transpire l’égocentrisme et l’individualisme, détruisant tout autour d’eux, y compris eux-mêmes. Mais leur volonté d’entreprendre fera gagner des millions à WeWork. Clairement, leur couple est détestable et l’on est très régulièrement agacés par leur manque de recul constant. Leur excès de confiance en eux est tel que la série en devient parfois gênante. On se surprend même à comparer l’avidité ridicule de Rebekah et Adam Neumann à celle de Stéphane et Daniel, les Vedettes du dernier film du Palmashow. Le seul problème, c’est qu’en opposition à la comédie du duo humoristique, WeCrashed ne fait pas beaucoup preuve d’autodérision avec ses personnages, et le ton sérieux de l’ensemble est parfois déconcertant. On ne sait plus si l’on doit rire ou pleurer devant ce fiasco annoncé.

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Malgré des performances un brin caricaturales, Jared Leto et Anne Hathaway portent WeCrashed // Source : Apple TV+

La queen Anne Hathaway

Cette confusion est alimentée par la performance de Jared Leto et Anne Hathaway, également producteurs exécutifs de la série, dans le rôle de ce tandem tragi-comique. De Dallas Buyers Club à Suicide Squad, le leader du groupe 30 Seconds to Mars avait déjà prouvé son talent pour la métamorphose impressionnante. Il tente ici de le démontrer à nouveau, et il est vrai que son visage est méconnaissable. Mais son accent anglais caricatural, à couper au couteau, et son excessivité ne parviennent pas vraiment à convaincre. Certes, Adam Neumann était lui-même très excentrique. Mais les moyens employés par Jared Leto, à grands renforts de prothèses et de maquillage, semblent un brin démesurés.

À ses côtés, Anne Hathaway distille un humour et un décalage bienvenus à son personnage. La comédienne d’Interstellar et de The Dark Knight Rises parvient à nous faire ressentir une sympathie empreinte de pitié pour cette femme à l’ambition débordante. Son jeu nous captive, grâce à une simplicité et une subtilité parfaites, qui confirment le grand talent de l’actrice pour se fondre dans n’importe quel rôle.

Un récit sans saveur

WeCrashed possède des qualités indéniables : un art du storytelling accrocheur, une bande originale contenant tous les titres branchés de l’époque, de MGMT à Katy Perry, un pitch séduisant sur le papier… Mais à l’écran, l’ensemble souffre quand même d’un manque d’originalité criant. Les huit épisodes de la saison ne resteront clairement pas inoubliables, la faute à une narration confuse. Si les chiffres annonçant le succès ou l’échec de WeWork défilent devant nos yeux à une vitesse folle, il est plus difficile d’en comprendre réellement les mécanismes.

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Anne Hathaway et Jared Leto forment un couple déjanté et démesuré // Source : Apple TV+

La mini-série effleure de nombreux sujets sans jamais véritablement les creuser. Le troisième épisode aborde par exemple les agressions que subissent chaque jour les femmes sur leur lieu de travail très masculin. C’est à cet instant que le vernis clinquant de WeWork commence à se fissurer, mais les effets n’en sont jamais montrés. WeCrashed dresse des constats importants, sur la place des femmes dans les milieux financiers ou le sexisme intériorisé de certaines femmes, comme Rebekah. Mais toutes ces thématiques restent en surface, et on termine la série en manquant d’explications sur l’échec de l’entreprise. Résultat : le récit manque de saveur et on peine à s’investir dans les événements montrés à l’écran. WeCrashed ne s’écrase pas totalement, mais sauve seulement de justesse un ratage complet.

Les trois premiers épisodes de WeCrashed sont déjà disponibles sur Apple TV+. La suite de la saison sera diffusée au rythme d’un épisode, chaque vendredi.

Le verdict

Leur histoire d’amour est belle, passionnée, et surtout, elle vaut des milliards : WeCrashed s’attarde sur la romance d’Adam et Rebekah Neumann, deux entrepreneurs à la mégalomanie aussi grande que leur avidité. Ensemble, ils vont fonder WeWork, une compagnie de co-working qui finira par perdre des milliers de dollars chaque jour. La mini-série plonge dans les arcanes financières de cette défaite, mais peine à réellement fasciner, en restant en surface des enjeux soulevés. Reste une bande originale entraînante, une analyse pertinente des années 2010 et une interprétation convaincante d’Anne Hathaway.

Si vous souhaitez regarder une série intéressante sur l’économie et ses défis, vous pouvez passer votre chemin. Par contre, si vous cherchez simplement un divertissement en huit épisodes, facilement oubliable, vous êtes au bon endroit.

Source : Montage Numerama

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