Le géant des jeux vidéo vient de se faire racheter par encore plus gros que lui. Microsoft a annoncé l’acquisition d’Activision Blizzard pour 70 milliards de dollars. Cela pourrait bien redorer l’image de l’éditeur.

Activision Blizzard vit une période mouvementée depuis juillet 2021. Attaquée en justice par l’État de Californie pour harcèlement et agressions sexuelles, très critiquée en interne par ses employées, accusée par ses actionnaires de ne pas en avoir fait assez pour lutter contre les discriminations, l’entreprise accumulait les difficultés. Malgré le départ de certains cadres, l’ombre de Bobby Kotick, le PDG d’Activision Blizzard accusé d’avoir participé à l’ambiance sexiste au sein de l’entreprise, planait toujours sur la société.

Et si, au final, le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft, annoncé le 18 janvier 2022, était une opportunité de faire table rase du passé ?

Un nouveau départ pour Activision Blizzard

Le rachat va-t-il permettre à Activision Blizzard de prendre un nouveau départ ? Pour l’instant, Microsoft a précisé dans un communiqué de presse que les deux groupes continueraient à être gérés séparément, en attendant la fin des opérations bancaires — une étape qui peut être longue de plusieurs mois. Mais à la fin de cette période, « Activision Blizzard sera sous mes ordres, en tant que CEO de Microsoft Gaming », a précisé Phill Spencer dans le même communiqué de presse.

Dans un premier temps, peu de choses devraient donc changer pour les employés d’Activision Blizzard, et pour Bobby Kotick, qui pour l’instant garde son poste de CEO du groupe. Mais tout cela pourrait évoluer dès que les transactions seront finies — ce qui permettrait de tourner la page une fois pour toutes pour le groupe.

Les employés demandent depuis plusieurs mois déjà le départ de Bobby Kotick. Le dirigeant est notamment accusé d’avoir caché certains des agissements des employés aux autres membres de la direction, alors qu’il avait clamé ne pas avoir été au courant des problèmes de harcèlement au sein du groupe. Le PDG aurait de plus permis à un salarié, accusé d’avoir harcelé sexuellement une de ses collègues, de rester dans l’entreprise, contre l’avis du service des ressources humaines.

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World of Warcraft // Source : Blizzard

Discrimination et harcèlement au sein des studios

Pour Activision Blizzard, les troubles ont commencé à l’été 2021. Une enquête lancée par l’État de Californie a permis en juillet de jeter la lumière sur les conditions de travail au sein de l’entreprise. Elle avait notamment dévoilé que de nombreuses employées auraient été régulièrement victimes d’attouchements sexuels de la part de leurs collègues masculins, et que les plaintes qu’elles avaient déposées auprès du service des ressources humaines n’auraient jamais abouti, car les hommes mentionnés auraient été protégés. Le management du studio aurait également refusé à de nombreuses reprises de promouvoir des employées à des postes à responsabilité.

Mais les problèmes ne s’étaient pas arrêtés là. Depuis, d’autres révélations sordides ont marqué l’entreprise, notamment l’existence d’une « chambre Cosby », nommée d’après le comédien condamné pour agressions sexuelles, et dans laquelle l’un des cadres de l’entreprise aurait tenté à plusieurs reprises d’embrasser des employées.

Depuis ces révélations, de nombreuses têtes sont tombées. J. Allen Brack, le président de Blizzard, a été la première personne à partir après l’explosion de l’affaire. Quelques jours plus tard, c’était au tour du réalisateur de Diablo 4, Luis Barriga, du lead designer Jesse McCree, et du designer de World of Warcraft, Jonathan LeCraft, de quitter le groupe pour de bon — même si la raison de leur départ n’a jamais été précisée par l’entreprise.

Surtout, les réponses de l’entreprise à la crise n’ont jamais réussi à convaincre les employés, qui ont organisé une grève, un fait extraordinaire aux États-Unis. Toutes ces accusations et les déboires de l’entreprise n’avaient pas mécontenté que les employés. Il y a seulement quelques mois, en novembre 2021, Phil Spencer, le dirigeant de Xbox (qui va donc prendre la tête des studios d’Activision Blizzard dans quelques mois), expliquait avoir été très choqué. « Je suis dérangé et profondément troublé par les évènements et les actions terribles », avait-il expliqué par mail.

Il avait également écrit qu’il « réévaluait tous les aspects de [leur] partenariat avec Activision Blizzard », et qu’il allait opérer des « ajustements à ce niveau ». Au début du mois de janvier, il avait à nouveau déclaré lors d’une interview au New York Times que Microsoft avait « changé sa façon de travailler avec Activision Blizzard ». Des déclarations qui ont tout de suite beaucoup plus de sens, maintenant que le rachat a été rendu public.