Que faut-il retenir de The 100, qui s'est achevée ce 30 septembre 2020 au terme de la saison 7 ? Chronique sur la saison 7 et bilan de la série.

«  Vous pensez que c’est une guerre parce que vous voulez que ce soit une guerre. » Cette phrase de Madi, dans l’avant-dernier épisode de The 100, est probablement l’une des plus importantes de la série. Depuis de nombreuses saisons, jusqu’à cet ultime chapitre, ce récit post-apocalyptique diffusé sur The CW (Netflix en France) s’échine à décrire une sorte de cycle perpétuel de la violence humaine, comme si elle ne pouvait jamais s’arrêter. Une guerre s’en substitue à une autre. Une terre paisible ne l’est jamais vraiment ou ne le reste jamais bien longtemps. Les relations amicales, amoureuses, familiales sont sans cesse écrasées par l’horreur.

The 100 avait commencé comme une série ado relativement classique, prenant la forme d’un survival horror dans le futur, où des jeunes au brushing parfaitement maintenu malgré le contexte doivent survivre sur une Terre dévastée. Pourtant, année après année, la série a pris en maturité et en complexité, jusqu’à construire un monde post-apocalyptique avec ses propres codes, ses propres tribus, ses propres langages, une histoire et une origine toujours plus enrichies. The 100 est ainsi devenue une excellente série de science-fiction, apte à porter un propos pertinent et évolutif. Mais que faut-il en retenir ?

Lorsque la série a tué l’un de ses personnages principaux, en plein milieu de la saison 2, ce fut un point de rupture : on savait qu’on entrait dans une sorte de logique à la Game of Thrones où n’importe quel personnage pouvait mourir, n’importe quand, n’importe comment. C’est aussi à ce moment que la série a commencé à approfondir les nouvelles sociétés qui se sont développées sur Terre après l’apocalypse. Très vite alors, cela a créé une tension entre deux éléments : une forme d’horreur permanente, face la volonté de vivre, de construire. Dépasser la survie est en fait le leitmotiv des personnages… et ils n’y arrivent jamais.

Durant cette saison 7, Clarke évoque le fait qu’elle perd sans cesse celles et ceux qu’elle aime. // Source : The CW

Tout au long des 7 saisons de The 100, une guerre s’enclenche, dévaste tout, déshumanise les héros et héroïnes dans leurs actes, puis se résout. À chaque fin de cycle, ils et elles prennent la décision d’éviter que cela recommence, avant qu’ils soient embarqués dans un nouveau cycle de violences. La saison finale de la série, en revanche, est très importante puisqu’elle n’est pas présentée comme un énième cycle, mais d’emblée comme le cycle final avec cette secte qui prétend qu’une « dernière guerre » doit advenir pour sauver l’humanité.

Briser le cycle de la violence

Si l’on pouvait croire que Clarke et Bellamy sont les personnages les plus centraux, c’est pourtant bien le destin d’Octavia qui est probablement le plus important de toute la série. Tout du moins, dans ce qu’elle représente pour le propos de The 100. Au début de la saison 7, Clarke semble sur le point de briser le cycle de la violence. Elle s’y refuse temporairement, avant de finalement y sombrer à nouveau. Bellamy, quant à lui, est sans doute l’un des personnages les plus honorables de The 100, mais sa tentative de briser le cycle pour protéger les siens le perdra — et pas vraiment par sa faute, ni sans avoir totalement tort au fond, il se retrouve victime du cycle de la violence. Quant au sort de l’humanité à la fin… disons qu’il est fidèle à une certaine continuité.

Octavia est, quant à elle, celle qui a réussi à briser le cycle… car elle l’a d’abord fait en son for intérieur, après en avoir été à la fois victime et actrice. Son évolution globale, comme une quête initiatique, symbolise en fait toutes les étapes majeures de la série. D’abord enfant, elle a été cachée par son frère pour qu’elle puisse survivre face au régime autoritaire. Puis, sur Terre, elle va suivre un parcours d’initiation au combat auprès des Grounders. Elle apprend aussi à aimer, avant de perdre cet amour. Brisée, sa colère la ronge jusqu’à la fameuse saison où elle devient une reine sanguinaire, sans pitié, haïe de presque tout le monde, même un temps de son frère. Son chemin pour la repentance la mène jusqu’à cette saison 7. Octavia y est plus apaisée, et bien décidée à opter pour les liens humains au-dessus de tout le reste. En refusant d’en vouloir à Clarke pour son acte, par exemple, elle reprend le pouvoir sur sa vie, et elle prend la première décision pacifique importante de toute la série. Elle brise le cycle.

Le parcours d’Octavia prouve que le cycle de la violence ne se brise pas tant grâce une « dernière guerre », qu’importe la réalité des propos de Cardogan et l’issue de l’humanité en tant que collectif. Le destin d’Octavia montre que ce cycle se brise par un choix, qui est individuel, profond, avant d’être collectif. C’est la décision de pardonner, d’accepter les différences de points de vue, de vouloir le meilleur, qui change tout et pourrait peut-être influencer le collectif ensuite. Cette décision individuelle est celle qu’a incarnée Octavia durant cette ultime saison, peut-être parce qu’ayant été victime et actrice de ce cycle de la violence, elle en connaissait mieux que personne le mécanisme insidieux. Elle avait une motivation, aussi : elle ne voulait pas d’un tel monde pour Hope, qui est presque sa fille, et dont le parcours a démarré comme le sien (elle a grandi à part du monde pour en être protégée, avant d’être finalement embarquée soudainement, brutalement, dans celui-ci).

Au final, The 100 rejoint alors la tradition des œuvres post-apocalyptiques visant à prouver qu’après l’échec d’un modèle de société, l’humanité pourrait renaître grâce aux liens humains, sur lesquels elle peut se reposer pour construire un nouveau modèle. Le destin de l’humanité se joue dans les petites décisions individuelles, les petites prises de consciences intérieures, que chacun et chacune peut avoir. Si tous les personnages avaient pris cette même décision profonde, quelle aurait été l’issue pour l’humanité ?

Crédit photo de la une : The CW

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