Le 4 mai, c’est le Star Wars Day. Et comme c’est la journée consacrée à Star Wars, on a vu fleurir toutes sortes d’articles et de clins d’œil — y compris sur Numerama : tantôt pour parler du phrasé de Yoda, tantôt pour évoquer l’ordre de visionnage des films, mais aussi pour suggérer des conseils de lecture ou évaluer un Lego Star Wars.
Mais on a aussi croisé des bizarreries en ligne, dont la plus étonnante est cette rumeur prétendant que Disney projetterait d’effacer purement et simplement la postlogie de la chronologie officielle, c’est-à-dire les trois films sortis en 2015 (Le Réveil de la Force), 2017 (Les Derniers Jedi) et 2019 (L’Ascension de Skywalker).
La rumeur de la fin de la postlogie Star Wars
But de ce grand coup de balai ? Repartir sur de meilleures bases, faute d’avoir réussi à emporter l’adhésion du public avec la troisième trilogie.
Sept ans après la sortie de l’épisode IX, celle-ci divise toujours autant les fans, avec des critiques différentes pour chaque long-métrage : trop similaire à Un nouvel espoir pour l’épisode VII, traitement navrant de Luke Skywalker et de Snoke dans l’épisode VIII ou encore récit mal ficelé dans l’épisode IX, avec un retour improbable de Palpatine et une filiation douteuse avec Rey.
Or des sites comme That Park Place et Geeks and Gamers se sont fait l’écho ces jours-ci de cette rumeur. « Exclusif : Les dirigeants de Disney seraient prêts à rebooter Star Wars et à briser la postlogie », dit le premier. « Rumeur : Disney s’apprêterait à retirer la postlogie de sa chronologie pour se recentrer sur les personnages originaux », dit l’autre.


Pour celles et ceux qui n’ont pas suivi l’affaire, voilà la théorie qui cause un certain émoi. Face à des projections au box-office jugées décevantes (80 millions de dollars pour le week-end du Memorial Day concernant le film The Mandalorian & Grogu) et au manque d’intérêt d’une partie du jeune public, Disney paniquerait.
Pour soutenir cette analyse, les partisans de cette rumeur s’appuient sur une étude bien réelle de Puck News, où des adolescents déclarent : « J’aime les vieux trucs, mais les nouveaux… bof. Je ne suis pas très excité par The Mandalorian », ou encore : « Tout ce qui est sorti après ma naissance n’est pas génial. »
La supposée solution secrète de Disney face à cela ? Dave Filoni, le directeur créatif et président de Lucasfilm, exploiterait le Monde entre les Mondes pour isoler ces trois films dans une chronologie alternative, que l’on pourrait opportunément abandonner. Cela offrirait à Disney l’occasion d’enjamber tout ça pour repartir sur de (prétendues) bonnes bases.
Pour le contexte, Le Monde entre les Mondes est un plan mystique. Cette autre dimension, qui a véritablement des allures de carrefour de la Force, a la faculté de relier différents points du temps et de l’espace. L’endroit a été mis en scène dans les séries Rebels et Ahsoka. C’est notamment là que l’on a pu revoir un certain… Anakin Skywalker.

Le monde entre les mondes, une astuce de parc d’attractions
Sur un strict plan factuel, un élément particulier est exploité par celles et ceux qui donnent du crédit à cette théorie : la manière dont Disney gère ses propres parcs d’attractions.
Une vidéo montre des touristes relater les propos d’une employée incarnant Ahsoka à Galaxy’s Edge (la zone Star Wars de Disneyland, en Floride) justifier la présence simultanée de personnages issus d’époques différentes. Son explication face aux visiteurs ? Le Monde entre les Mondes a été brisé, et du coup, c’est normal qu’il y ait un tel mélange.
Pour autant, faut-il y voir un indice secret pointant vers un futur multivers au cinéma, à l’image du Marvel Cinematic Universe ou un reboot de la saga ? Pas vraiment. Dans les parcs Disney, l’immersion opère grâce à un jeu de rôle très encadré : à l’origine, cette zone thématique devait focaliser son récit entre Les Derniers Jedi et L’Ascension de Skywalker.
Mais, évidemment, parce que le public veut aussi apercevoir du Dark Vador, du bébé Yoda, du Chewbacca et ainsi de suite, la direction a évidemment dû revoir ses règles temporelles — les enjeux financiers étant ce qu’ils sont.
Aussi, ce qu’a dit l’employée incarnant Ahsoka dans le parc d’attractions a tout l’air d’une banale astuce narrative pré-approuvée pour répondre aux touristes pointilleux. En l’état actuel des choses, cet indice seul n’est qu’une pirouette argumentative, pas l’annonce cryptique d’un bouleversement canonique de la saga.
En 2014, l’abandon de l’ancien univers étendu de Star Wars
Certes, il est vrai qu’il existe un relatif précédent : en 2014, Disney prend la décision d’abandonner tout l’univers étendu qui a été inventé avant cette date — hormis les films et séries. Sont ainsi passés à la trappe des dizaines de romans, comics, jeux vidéo, BD, jeux de rôle et ainsi de suite. Une remise à zéro totale, qui a justement permis de dégager la voie à la postlogie.
Mais on parle ici de l’univers étendu, c’est-à-dire de tout l’environnement narratif périphérique de Star Wars, dont les films restent le cœur. Tout le contenu de cet univers étendu a été placé dans une autre continuité, qui a reçu le nom de Légendes. Et depuis, un nouveau canon a été mis en place. Un nouvel univers étendu.

Mais la comparaison s’arrête là. D’un côté, on parle d’œuvres annexes (qui étaient certes passionnantes et réussies, mais s’adressant à un auditoire plus restreint). De l’autre, on parle de longs-métrages qui ont coûté des centaines de millions de dollars à produire et ont généré des milliards au box-office, et qui ont touché un public immense.
Rayer d’un trait de plume ces longs-métrages est une tout autre affaire que d’écarter des romans ou des jeux. Sans parler des investissements colossaux consentis dans les parcs d’attractions : les zones Galaxy’s Edge dans les parcs sont des empreintes physiques de la postlogie qui ne vont pas disparaître du jour au lendemain.
Les séries actuelles font tout l’inverse d’un effacement
L’agitation autour de cette prétendue décanonisation est d’autant plus illogique que Lucasfilm fait exactement l’inverse à l’écran.
Les créations actuelles passent le plus clair de leur temps à solidifier le canon de la postlogie pour lui donner du liant, comme nous le soulignions déjà en 2023 lorsque The Mandalorian essayait visiblement de justifier le scénario loupé de l’épisode IX. Même chose avec la série animée The Bad Batch, toujours au sujet du retour mal fichu de Palpatine.
C’est ainsi que le projet Nécromancien a commencé à infuser dans ces deux séries, afin de donner de l’épaisseur au retour de l’Empereur par clonage. On peut aussi citer la série Ahsoka, qui pointe une certaine faiblesse militaire de la Nouvelle République. Parfait pour justifier plus tard la puissance du Premier Ordre dans Le Réveil de la Force.

Par ailleurs, le moulin à rumeurs hollywoodien se contredit lui-même. Comment croire à l’effacement pur et simple de cette époque quand d’autres bruits de couloirs murmurent régulièrement un potentiel retour de John Boyega (Finn) dans la franchise (bien que celui-ci demeure très critique, à la fois vis-à-vis du traitement de son personnage et du casting original) ?
Surtout, Lucasfilm a officiellement un long-métrage en développement avec Daisy Ridley, censé se dérouler quinze ans après l’épisode IX. Même si les projets de films Star Wars avancent laborieusement, et que certains autres projets ont fini par être délaissés (on pense au film Rogue Squadron, qui est dans les limbes), celui-ci figure toujours au planning.
Le vif rejet d’une frange de la communauté
En définitive, il convient aussi de s’interroger sur l’émergence et les relais d’une telle rumeur. Même si « toujours en mouvement est l’avenir », dirait un certain Yoda, et que ce type de scénario n’est pas absolument impossible, il paraît cependant hautement improbable. Surtout, ce bruit de couloir est peut-être surtout une autre manifestation.
Depuis près de dix ans, une frange très audible de la communauté entretient une véritable croisade contre la postlogie et, par extension, contre la présidente de Lucasfilm, Kathleen Kennedy, qui a fini par passer la main en début d’année.

Les ressentiments d’une partie des fans sont multiples : les héros originaux n’ont pas été assez bien traités ; les trois films de la postlogie manquent de cohérence scénaristique ; Star Wars est devenu trop woke (un reproche qui a été particulièrement vif avec la série The Acolyte, annulée après une seule saison) ; parce que les Jedi ne sont pas censés être des perdants, et ainsi de suite.
Que l’on n’aime pas la direction prise par ces trois films est parfaitement compréhensible, vu les errements scénaristiques évidents de cette trilogie. Mais pour une partie des spectateurs, cette déception a viré à l’obsession personnelle, comme si l’objectif final visait à tordre le bras de Disney et de Lucasfilm pour qu’ils proposent une toute nouvelle copie.
Indubitablement, Disney traverse une phase de réflexion et de doute pour relancer l’intérêt autour de Star Wars au cinéma.
Le choix de relancer la saga avec The Mandalorian & Grogu est clairement une prise de risque qui pourrait mal tourner. Difficile, en effet, de croire au succès massif d’un film qui dépend de trois saisons d’une série accessible uniquement sur abonnement en SVOD, et dont la dernière saison est datée maintenant (2023).
C’est précisément ce défi colossal au box-office qui explique pourquoi Disney tâtonne et multiplie les clins d’œil rassurants à la trilogie originale pour limiter la casse. Mais il y a un gouffre industriel entre jouer la carte de la nostalgie pour vendre des billets, et effacer purement et simplement trois épisodes majeurs de la saga.
Pour le meilleur et pour le pire, la postlogie est gravée dans le marbre de la franchise.

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