Quatre mois après la version live de Disney, Netflix dégaine sa propre itération du conte de Pinocchio, dirigée par le cinéaste Guillermo del Toro (La Forme de l’Eau, Pacific Rim). Une adaptation somptueuse visuellement, mais qui ne plaira pas à tout le monde, notamment aux plus petits.

« Ne mens pas ou ton nez va s’allonger, comme Pinocchio ! » Vous avez probablement déjà entendu cette phrase dans votre enfance, telle une menace renforcée par le visionnage du dessin-animé culte de Disney. Le pantin en bois s’invite absolument partout, cette année : dans le jeu vidéo Lies of P, dans une adaptation live avec Tom Hanks sortie en septembre sur Disney+, et désormais dans un film en stop-motion imaginé par Guillermo del Toro. Disponible sur Netflix ce vendredi 9 décembre 2022, cette réécriture du conte de Pinocchio est beaucoup plus sombre que les précédentes apparitions de la marionnette animée. Dès le premier teaser, le réalisateur nous mettait en garde : « Je vais vous raconter une histoire. Une histoire que vous croyez sûrement connaître mais en fait, non, pas vraiment. »

Le ton était déjà annoncé : Pinocchio version Netflix se détachera de la version édulcorée de Disney. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le papa de Pacific Rim ou du Cabinet de Curiosités n’y est pas allé de main morte. Son univers fantastique, mélancolique et parfois franchement inquiétant infuse chaque seconde de ce conte sorti à point pour Noël, mais qui pourrait bien décontenancer les plus petits et leurs parents à la recherche d’un moment feel-good.

Un contexte plus politique

Si vous pensez connaître l’histoire de Pinocchio sur le bout des doigts, vous pouvez immédiatement mettre de côté toutes vos connaissances et vos préjugés. Le classique de la littérature, écrit par Carlo Collodi en 1881, est ici totalement dépoussiéré par Guillermo del Toro. L’intrigue se situe dans l’Italie fasciste des années 1930, tandis que Mussolini monte au pouvoir.

Jiminy Cricket devient philosophe // Source : Netflix
Jiminy Cricket devient philosophe // Source : Netflix

Gepetto est un vieux sculpteur sur bois, solitaire et en plein désespoir depuis la mort de son jeune fils (en VO, vous reconnaîtrez peut-être la voix de David Bradley vu dans Harry Potter et Game of Thrones). Un soir, passablement éméché, il tronçonne l’arbre planté en hommage à son enfant pour en faire une marionnette à son effigie. Une visite de la Fée de la Vie plus tard, et voilà le pantin doté de paroles et de mouvements. Commence alors une folle aventure pour Pinocchio, accompagné de Sebastian J. Cricket, un insecte philosophe qui a élu domicile dans son cœur (interprété en VO par Ewan McGregor d’Obi-Wan Kenobi).

Guillermo del Toro, prof de philo

Entre l’importance de la religion, la guerre en guise de fond historique, la difficile gestion du deuil et les terribles camps fascistes pour enfants, cette nouvelle interprétation de Pinocchio prend clairement un tournant dramatique. Chacun cherche ainsi à tirer profit des capacités extraordinaires de la marionnette, pour sa résistance au combat ou pour son potentiel lucratif dans un cirque. Le propos de Guillermo del Toro sur le monde, sur la vie et la mort, déjà ultra présent dans ses autres films, se renforce encore davantage dans ce Pinocchio extrêmement politique.

Bonne ambiance // Source : Netflix
Bonne ambiance // Source : Netflix

Beaucoup plus engagé que la version de Disney, sortie pourtant en 1940, le film Netflix prend des libertés avec le conte d’origine, pour mieux cadrer avec les ambitions et les convictions de Del Toro. Vous constaterez ainsi que la conclusion du long-métrage est loin d’être similaire à celle que nous connaissons toutes et tous. Le « vrai petit garçon » prend un autre chemin, largement tourné vers l’acceptation de soi et la tolérance. De ce point de vue, Pinocchio est très bien réussi, offrant une réflexion intéressante sur nos existences humaines, quoique parfois trop philosophique.

Le visuel avant tout

Pour servir ce fond plutôt sombre, Pinocchio est sublimé par une forme animée en stop-motion. Guillermo del Toro est ainsi accompagné de Mark Gustafson à la réalisation, un habitué de cette technique visuelle, qui a notamment travaillé sur Fantastic Mr Fox de Wes Anderson. Le stop-motion, qui donne du volume aux personnages en suivant des figurines et maquettes réelles, animées au fur et à mesure devant la caméra, donne un aspect à la fois glauque et très original à Pinocchio. Vous en prendrez plein les yeux, vous êtes prévenus. Le pantin est notamment très réussi, tandis que les émotions de Gepetto sont magnifiquement transmises (et il pleure beaucoup, donc préparez les mouchoirs).

Les deux fées canons et Tilda Swinton à la voix : que demander de plus ? // Source : Netflix/Montage Numerama
Les deux fées canons et Tilda Swinton à la voix : que demander de plus ? // Source : Netflix/Montage Numerama

À travers des décors uniques, Guillermo del Toro exprime toute sa créativité aux frontières de l’étrange. On reconnaît bien sa patte artistique et on décèle même, ça et là, des airs plus macabres que n’aurait pas renié Tim Burton. Mais le plus réussi reste sans conteste les deux figures de la vie et de la mort, créées par Del Toro pour l’occasion. Deux fées, deux sœurs opposées mais complémentaires, toutes deux interprétées par la fabuleuse Tilda Swinton en VO (Snowpiercer, Le Monde de Narnia). Avec leurs immenses sabliers et leurs morales énigmatiques, ces protagonistes resteront longtemps gravées dans vos mémoires.

Pinocchio n’est pas un film mignon de Noël

Ce projet musical de Guillermo del Toro, développé depuis près de 15 ans par le cinéaste, a failli ne pas voir le jour, faute de financement, avant que Netflix ne sauve la mise. On peut aisément comprendre pourquoi en découvrant la singularité de ce Pinocchio, dont on ne parvient pas réellement à déterminer le public. Si l’aspect visuel est incontestablement réussi, les personnages sont parfois insupportables (surtout Pinocchio) et il est difficile de s’attacher à eux (sauf Gepetto). D’autant que le film dure tout de même deux (longues) heures…

Il faut avouer que Pinocchio a une bouille mignonne // Source : Netflix
Il faut avouer que Pinocchio a une bouille mignonne // Source : Netflix

Sorti pile à temps pour les fêtes de fin d’année, on imagine pourtant difficilement une soirée de Noël passée devant ce conte politique un brin perturbant. Clairement trop ténébreux pour de jeunes enfants, on ne le recommanderait pas forcément avant 10 ans, tant l’intrigue et même l’animation peuvent parfois donner des frissons. Si vous vous attendiez à un dessin-animé feel-good à déguster au coin du feu en famille, vous pouvez passer votre chemin. Par contre, si vous êtres un fan absolu du travail de Guillermo del Toro, le Pinocchio de Netflix sera peut-être votre plus beau cadeau au pied du sapin.

Le verdict

Il faut avouer que Pinocchio a une bouille mignonne // Source : Netflix
6/10

Pinocchio par Guillermo Del Toro

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Sur le papier, le Pinocchio de Guillermo del Toro semblait déjà prendre le chemin de l’obscurité et de la mélancolie. Et à l’écran, cette impression est largement confirmée. Cette relecture du conte italien par le papa du Labyrinthe de Pan est un délice visuel, sublimé par une animation en stop-motion plus vraie que nature. Pinocchio y prend à nouveau vie dans un contexte totalement inédit : celui de l’Italie fasciste des années 1930. Mais ce parti-pris esthétique et politique interroge sur le public visé par le film. Trop effrayant pour les tout-petits, parfois trop enfantin pour les ados, Pinocchio bascule sans cesse d’un de l’un à l’autre et pourrait bien dérouter les parents non avertis, qui ne savent pas dans quoi ils mettent les pieds.

Source : Montage Numerama

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