On y est : Atlanta tire sa révérence, après quatre saisons magistrales. La série imaginée par Donald Glover (ou Childish Gambino) a révolutionné son époque avec des épisodes aussi engagés que complètement absurdes. Une œuvre à part dans le paysage télévisuel, qui mérite un (re)visionnage, alors que la dernière saison est disponible sur OCS.

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En 2014, le comédien Donald Glover quittait l’excellente comédie Community, à notre plus grand regret. Et puis, il a eu la merveilleuse idée de continuer sa carrière musicale débutée sous le nom de Childish Gambino et d’en tirer une série : Atlanta. Sur le papier, la série semble être une œuvre musicale plutôt classique sur le milieu du rap et ses problématiques. On pourrait alors la résumer de la façon suivante : Alfred et Earn, son manager, sont deux cousins qui tentent de percer sous le nom de Papier Boi.

Mais ça, c’est ce qui se passe à la surface. En pratique, tenter de définir Atlanta est mission impossible tant la série s’est permis des incursions osées mais soignées dans tous les genres, tous les formats, toutes les références à d’autres œuvres. Vous serez accrochés par une saga musicale à l’humour grinçant et vous resterez pour des personnages attachants, des épisodes d’anthologie, un propos glaçant sur le racisme et une narration décousue que ne renierait pas David Lynch (Twin Peaks). Alors que la quatrième et dernière saison est enfin disponible sur OCS, il faut se rendre à l’évidence : nous devons dire adieu à Atlanta, l’une des comédies dramatiques les plus audacieuses de ces dernières années.

Une bande excentrique et attachante

Si vous cherchez une plongée sans prise de tête au cœur de la ville d’Atlanta, une virée entre potes sous le signe de la flemme ou une prise de conscience politique, félicitations, vous êtes au bon endroit. La série de Donald Glover réunit tous ces scénarios à la fois dans un ensemble totalement improbable. Mais c’est ce qui fait tout le charme de ces épisodes de 30 minutes, qui ne reculent devant rien. Dans Atlanta, vous allez suivre Paper Boi dans une galère de coiffeur, Earn qui cherche désespérément sa veste perdue lors d’une soirée arrosée, sa copine Van qui tente d’échapper à un dépistage de drogues, ou leur ami Darius qui doit refaire son passeport en quelques heures.

La série Atlanta créée par Donald Glover // Source : FX/Disney
La série Atlanta créée par Donald Glover // Source : FX/Disney

Avec ses épisodes décousus relatant davantage des tranches de vies précises qu’un tableau d’ensemble, cette comédie dramatique capte à la perfection les désillusions et les galères de toute une génération de trentenaires noirs américains. À la manière de séries comme Insecure, Atlanta dresse le portrait de personnages aussi perdus que talentueux, qui se révèlent ultra attachants. À la fin des 41 épisodes de la série, vous demanderez encore à suivre les aventures de cette bande excentrique, on vous le garantit.

Des épisodes hallucinants

Mais si Atlanta a gagné une place de choix dans le paysage sériel et dans le cœur des spectateurs, c’est surtout grâce à son inventivité. Avec une particularité de taille : son originalité est toujours mise au service d’un propos politique, dénonçant majoritairement le racisme aux États-Unis.

Parfois érigée comme la Black Mirror des discriminations raciales, Atlanta a fait exploser de nombreuses contraintes formelles et narratives. Les quatre saisons sont ainsi largement décousues, passant d’épisodes complets autour des personnages principaux à des incursions soudainement plus éloignées de la trame originale. La saison 3 est notamment entrecoupée d’épisodes plus ou moins anthologiques, centrés sur des protagonistes blancs et leur racisme parfois décomplexé. On vous rassure : vous allez parfois être largués en regardant Atlanta, et c’est normal. Disons que cela fait partie de l’expérience surréaliste de Paper Boi.

L'effrayant Teddy Perkins dans la saison 2 d'Atlanta // Source : FX/Disney+/OCS
L’effrayant Teddy Perkins dans la saison 2 d’Atlanta // Source : FX/Disney+/OCS

Mais ce sont surtout deux épisodes en particulier qui ont imposé Donald Glover comme un auteur de série incontournable. B.A.N., le septième épisode de la saison 1, sorte de parodie télévisée entrecoupée de pubs imaginaires, était ainsi le premier pas de côté de la série, un brin déroutant. Pour la réalisation de ce chapitre absurde et expérimental, Donald Glover a gagné un Emmy Award, devenant le premier Noir à gagner dans cette catégorie.

Et puis, en 2018, la deuxième saison d’Atlanta a repoussé les curseurs encore plus loin, avec Teddy Perkins. Ce personnage, ressemblant étrangement à Michael Jackson et incarné par Donald Glover lui-même doté d’une whiteface, a fait basculer la série dans l’horreur le temps d’un épisode percutant. Une masterclass que vous devriez vraiment découvrir, même sans visionner l’intégralité de la série.

De la comédie au drame en un claquement de doigts

Si indéfinissable soit-elle, Atlanta reste avant tout une série sur la musique, sur ses coulisses et ses gros problèmes d’ego. À travers le personnage de Paper Boi, c’est toute une industrie qui est tour à tour mise en lumière puis cyniquement critiquée pour son racisme omniprésent. La troisième saison, en particulier, aborde la tournée européenne du rappeur sous toutes ses coutures, même les moins reluisantes. Atlanta s’est ainsi emparé d’un format classique de comédie, en 30 minutes, pour le transformer en un sommet d’humour noir et de satire, aux épisodes inégaux mais inoubliables.

Earn et Al, les cousins les plus badass du rap US // Source : FX/OCS
Earn et Al, les cousins les plus badass du rap US // Source : FX/OCS

En quatre saisons, Donald Glover a exploré absolument toutes les facettes du racisme de la société américaine jusqu’à ses recoins les plus obscurs, des blackfaces aux violences policières en passant par les récupérations marketing de mouvements politiques.

Le rappeur, acteur, réalisateur et auteur utilise constamment le malaise pour perturber son spectateur et on ne sait jamais si on doit rire ou pleurer devant Atlanta. Ce ton singulier culmine dans la dernière saison de la série, toujours farfelue, qui conclut avec brio cette aventure surprenante. Parfois trop perchée et centrée sur elle-même, la série ne conviendra clairement pas à tout le monde mais pourrait bien vous tenir en haleine jusqu’au bout. Bref, Atlanta est aux séries ce que Paper Boi est au rap : souvent narcissique, parfois flemmarde, mais surtout complètement géniale.

Atlanta, saisons 1 et 2 disponibles sur Disney+. Saisons 3 et 4 à voir sur OCS.

Source : Montage Numerama

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