Oui, The Orville est un chef-d’œuvre de la science-fiction contemporaine. Pourtant, la toute première bande-annonce et le début de la série laissaient croire à une parodie de Star Trek. Il n’en est rien : la série signée Seth MacFarlane est un bijou avec une évolution exceptionnelle.

Tout a commencé comme une blague — ou ce qui était présenté ainsi. Qui pouvait imaginer, en regardant la première bande-annonce de The Orville, en 2017, que cette série de la FOX se transformerait en monument de la science-fiction contemporaine ? Qui aurait cru alors que cette série de Seth MacFarlane deviendrait meilleure que toutes les productions récentes de Star Trek et de Star Wars réunies ou que bon nombre d’autres œuvres SF ?

Initialement, The Orville était en effet vendue par la FOX comme une forme de pastiche de Star Trek. On retrouvait un vaisseau explorant l’univers inconnu, en compagnie d’un équipage aux combinaisons colorées et d’un robot dénué d’émotions, au cœur d’une société futuriste utopique qui n’est plus guidée par l’argent. La ressemblance est frappante, à la différence que les premiers épisodes de The Orville sont remplis de gags à chaque instant.

Une parodie ? Pas si vite ! Dans l’histoire de cette série, il y a un twist. The Orville est très vite devenue bien davantage qu’une comédie (et encore moins une parodie), jusqu’à s’imposer comme ce qu’il se fait de mieux en matière de SF. Et on le doit à l’équipe créative — des vétérans de la SF télévisuelle mus par une passion profonde pour ce genre.

The Orville est le nom du vaisseau spatial au coeur de la série. // Source : Disney+/Hulu
The Orville est le nom du vaisseau spatial au cœur de la série. // Source : Disney+/Hulu

Il y a plus de Star Trek dans The Orville… que dans les nouveaux Star Trek

Si Seth MacFarlane est devenu connu comme créateur des films potaches Ted et de la sitcom animée American Dad, il est également un fan éperdu de Star Trek, où il a fait quelques caméos début 2000. Et surtout, on lui doit aussi la coproduction d’un chef-d’œuvre absolu de la vulgarisation scientifique : Cosmos : A Spacetime Odyssey et Cosmos : Possible Worlds. Sur ces deux séries documentaires iconiques de National Geographic, il a collaboré avec Brannon Braga…. producteur et scénariste des séries Star Trek historiques (Next Generation, Voyager, etc.).

Moult autres membres de l’équipe de The Orville sont issus des anciennes séries Star Trek et de la série documentaire Cosmos. Parmi eux, par exemple, Andre Bormanis, à la fois producteur exécutif et consultant scientifique — c’est-à-dire en charge de la cohérence scientifique dans l’écriture d’une fiction ou d’un documentaire.

L'équipage à bord de l'Orville. // Source : Hulu/Disney+
L’équipage à bord de l’Orville. // Source : Hulu/Disney+

Ce qu’il s’est passé est presque comique. Car, tandis que les nouvelles séries (Discovery, Picard…) et films (ceux de J.J. Abrams) s’éloignaient de l’état d’esprit de Star Trek avec de nouveaux producteurs, une bonne part de l’équipe originelle de la franchise… s’est retrouvée à collaborer à nouveau sur The Orville. Résultat ? Disons-le franchement : The Orville, c’est Star Trek. En mieux, même, si l’on compare aux productions actuelles (exception faite de Strange New Worlds). On le doit à une évolution hors du commun.

Derrière l’humour, une profondeur d’écriture inattendue

Le contrat entre la Fox et Seth MacFarlane était de produire une série humoristique. Donc, oui, les premiers épisodes sont essentiellement potaches. Le résultat est efficace, l’humour fonctionne. Cela étant, très vite, les téléspectateurs et téléspectatrices ont remarqué une profondeur inattendue dans les scénarios : de la SF d’exploration, grandiose, humaine, comme l’on en trouve peu à l’écran. En atteste l’épisode 12 (Mad Idolatry), presque déjà un classique : lors de leur visite sur une planète où un peuple est au stade préhistorique, un membre de l’équipage sauve la vie à un enfant, devant d’autres personnes. Comme le temps passe plus vite dans cette région spatiotemporelle, on assiste au développement d’une religion autour de ce personnage. De même avec l’épisode 7, Majority Rule, une planète où le destin de chaque personne est décidé par des votes virtuels.

Puis la saison 2 a fait office de réelle transition. Plusieurs épisodes réduisent grandement leur dose de gags pour laisser place à une écriture plus complexe et digne de ce que la SF peut offrir de meilleur. The Orville livre alors, plus encore, des histoires touchantes, des relations développées entre personnages, des réflexions éthiques de nature sociale, scientifique, technologique. Le double épisode Identity, par exemple, a pris tout le monde de court : une immense fresque SF passionnante s’achevant sur une longue bataille spatiale épique aux effets spéciaux de haut vol.

Kelly (Adrianne Palicki) et Bortus (Peter Macon) dans la saison 3 de The Orville. // Source : Hulu/Disney+
Kelly (Adrianne Palicki) et Bortus (Peter Macon) dans la saison 3 de The Orville. // Source : Hulu/Disney+

C’était alors acté : oui, The Orville est drôle, mais les scénarios et l’écriture des personnages suivent la cadence à la perfection. On se retrouve avec une série de SF fraîche, terriblement attachante, et redoutablement intelligente. Sans compter la bande originale orchestrale, là encore de haut niveau. Mais la belle histoire de The Orville ne s’arrête pas là.

New Horizons : une saison 3 phénoménale

Lors du renouvellement de la saison 3, il est annoncé que la série n’est plus produite ni diffusée par la Fox, mais par Hulu (un service SVOD disponible aux États-Unis et partenaire de Disney+). Le budget est encore accru pour les effets spéciaux — absolument sublissimes soyons clairs — et, cerise sur le gâteau, la liberté créative est quasi totale. Seth MacFarlane n’est plus contraint d’enrober son travail dans le format humoristique.

La saison 3 comporte alors 10 épisodes, dont la durée fait pâlir le monde des séries : la plupart font plus de 1h… et deux d’entre eux dépassent même les 1h20. De vrais téléfilms. Les scénaristes ont pu adapter le timing aux besoins de l’écriture. Une nouvelle ère pour The Orville, caractérisée d’ailleurs par un sous-titre : New Horizons.

Les paysages bluffants de The Orville. // Source : Hulu/Disney+
Les paysages bluffants de The Orville. // Source : Hulu/Disney+

S’ajoute une évolution troublante dans l’écriture. L’épisode 1 de la saison 3 évoque la question du suicide et se trouve dépourvu du moindre trait d’humour. Même constat récit après récit, bien que l’humour perdure selon l’épisode, le ton de la série a radicalement changé. Les blagues se font plus rares — beaucoup plus rares. D’une certaine façon, on pourrait considérer que The Orville est devenue « sérieuse », sans se départir toutefois d’une forme de fraîcheur.

Cette saison 3 délivre de grandes histoires science-fictionnelles et s’achève sur un season finale à la narration hors du commun : brisant volontairement le show don’t tell, l’épisode mise sur des dialogues, sans sortir du vaisseau, pour mettre en réflexion sa société utopique — l’absence de l’argent ou encore la règle de non-contamination culturelle dans l’exploration spatiale (l’interdiction d’intervenir dans le cours des choses sur d’autres planètes). L’épisode est brillant, et parvient même à mettre en perspective son propre contexte futuriste d’une manière que les anciennes séries Star Trek n’avaient jamais tenté.

La SF dans toute sa splendeur

L’existence de The Orville en serait presque émouvante. On ne manque pas de bonnes séries de SF ces dernières années, certes, mais la série pilotée par Seth MacFarlane dispose de ce petit quelque chose en plus en misant sur la SF d’exploration. Et, si elle reprend des codes anciens, ce n’est pas pour autant « de la SF à papa », tant elle est moderne et dans l’air du temps — dans sa qualité de production ou ses sujets abordés.

En fait, The Orville est de la SF dans toute sa splendeur, une masterclass totale : la découverte bienveillante de l’altérité, le plaisir de s’immiscer dans l’inconnu, la quête de compréhension des relations humaines, le regard politiquement piquant sur le présent à travers le spectre futuriste. C’est aussi lorsque le lieutenant Malloy — interprété par Scott Grimes — sort sa guitare acoustique, à plusieurs reprises, que l’on vit parmi les meilleurs moments de la série.

Le lieutenant Malloy (Scott Grimes) durant l'un de ses instants musicaux dans The Orville. // Source : Disney+/Hulu
Le lieutenant Malloy (Scott Grimes) durant l’un de ses instants musicaux dans The Orville. // Source : Disney+/Hulu

Qu’une œuvre comme celle-ci puisse avoir été renouvelée sur 3 saisons dans une époque d’ultra production de séries TV, et où ce type de SF plus humaine n’est pas sur le devant de la scène au profit d’œuvres plus sombres et explicites, relève du miracle. The Orville est une série rescapée qui n’a cessé de nous surprendre. Si le season finale peut servir de conclusion, tant d’arcs narratifs restent à explorer. Une saison 4 prolongerait la belle histoire.

En France, les saisons 1 et 2 de The Orville sont sur Disney+. La saison 3 est disponible sur Disney+ en Belgique, et, en France, elle sera prochainement diffusée par WarnerTV avant d’être disponible sur le service SVOD courant 2023.

Le verdict

The Orville a démarré comme une comédie dans l’espace, avant de connaître l’une des évolutions les plus surprenantes de l’histoire des séries TV. La fin de la saison 1, puis toute la saison 2, ont infusé des histoires de plus en plus matures, dignes de ce que la SF peut faire de mieux. Ce, avant l’apothéose en saison 3, où chaque épisode est digne d’un petit film. C’est ainsi que The Orville parvient concurrencer et surpasser qualitativement une bonne part des productions actuelles en science-fiction.

L’existence d’une série de SF mettant l’accent sur l’exploration, la bienveillance, l’éthique, la science fait chaud au cœur. D’autant que The Orville est facile d’accès, ne relevant pas d’une SF qui ne s’adresserait qu’à des passionnés du genre.

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